Le quartier, que nous habitâmes à l’époque et qui fit florès de nos jours dans la banque et connut bien plus tard, à l’époque des grandes purges, une renommée sinistre, fut organisé en petits immeubles de toits pentus, que des garages en toits ondulés prolongeaient de voitures. Nous aimions à cette époque nous rencontrer avec de jeunes travailleurs, dont nous étions les aînés et, pour le rythme du gabarit, les serviteurs immodérés de tendresse. Ils venaient là souvent essayer leurs parures et de vraies raisons emportaient des fois leurs mouvements d’autorité quand, certains prenant le fer de notre mors à belle cravache, nous engueulaient d’être pauvres, crasse, et mal-pensants, c’est à dire incapables de parler cette langue qui les généra, et qui s’entend dans le sens du mot à présent : cool. Cette beauté que le français recèle dans le coin de son âme dictionnaire, interprète ce sens comme le terme d’une canette de bière qui se décapsule au fil de l’eau quand, parti à l’été des canoes sur la rivière, il faut pagayer pour descendre le cours du temps. Nous avançâmes seuls dans ces réceptions hebdomadaires, ne doutant pas de nos sens ni du devoir exécrable de nous amuser dans ce temple des injections électroniques et des turbos surflattés. Il vint des troubles de voisinage lorsque les villes voisines décidèrent d’exporter notre festivité estudiantine au bout du canon d’un jeu de caméras de télésurveillance, qui prit place, ainsi que les êtres costumés de Klein et d’autres marques tout aussi chics et mais produites pour des supermarchés, et les dents rayant les parquets dans la cour, une arrogance nouvelle qui nous dévisageait. Nous nous cachâmes un temps sous les petits toits ondulés, puis vint le soir et la prière vive que nos amis durent vraiment s’en aller. Une triste après-midi d’octobre, lors qu’à l’heure des cafés dans les bureaux du grand buildong de verre en face qui nous mirait, je transgressai la voix des appels des hauts-parleurs de sécurité, pour m’installer au piano, en espérant, comme la prochaine fois, que leur haine essentielle de cette vie musicalement, saurait se traîner loin dans des prolongement de boule-quiès ou de rires animaux vainqueurs qui nous auraient oubliés. La musique est un art qui se pratique en liberté. Difficile parmi les meubles de trouver un peu de joie sans que des portes ne claquent, des scies ne ronflent, des sirènes hurlent, des pales d’hélico, chasseurs et rangements de verre brisés, des brutalités de tous ordres à l’enfer de la délicatesse musicale, et quand bien même ce contre-rire comme un démenti si proliférant dans le souffle ravageur du bonheur que nous ressentîmes tout de même, l’on nous écouta bientôt de nouveau pour nous refaire taire de plus belle, comme le piano excédait le travail du bruit de la cafetière, les commissions de sécurités du bruit des règlements des bureaux des miradors alentour, et gênait les dactylos qui n’entendaient plus dès lors leurs machines, aspirateurs, sèches-cheveux, montant de fenêtres à entrechoquer les parquets, et nous engueulaient par des meurtières d’autorité. Une finance assourdissait l’emploi de toute beauté, de toute facilité d’art comme de toute faculté, car le risque que nous sentions si proche de la porte comme un SWAT depuis des mois penché derrière les armoires techniques de ces mouvements de clés, réverbérations de cage d’escalier, et la musique immonde de cette langue zagzonnée qui nous brayait de la haine même en se taisant, faisant couiner son aspirateur, sa cloison, son robinet tant et plus à nous bannir de l’idée musicienne un seul jour de plus de nous exprimer. Je fus devenu musicien sensible si la torpeur de la planque et des flics qui vous guettent de ne pas savoir où chercher l’ordre qu’ils ont eux-mêmes d’abord bien pris le soin de troubler, comme quand les enfants s’accusent qui n’ont pas déjà retenu la leçon de l’existence d’autrui et de la séparation d’eux-mêmes et des autres, mais alors oui je voulus bien oui je me tus. (du verbe se taire, nde) Je cherchai un moment le moyen de faire parvenir quelques oranges à des amis anonymes qui ne savaient pas même qu’ils existaient, et je pris un livre au hasard sur le meuble près de la frontière.

<< "la maîtrise des flux migratoires", combien
<< d'années de domestication faut-il
<< pour entendre derrière cette expression si policée
<< autre chose, justement, que l'exercice
<< de la police des frontières?

MàJ 18 juin 2010 15h30

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