L’ironie, c’est quand les dents grincent sous le front

L’extinction du temps
et que nous croyons le fait
définitif n’a pas eu lieu
car l’histoire est un revenir
permanent au travers les ages
de figures différentielles

Une heure que nous voyons
être la même à nos dépends
le leurre essentiel nous prend
de croire que nous sommes là
les mêmes, inaccostés sauvages
côtes de continent reclus
de la civilisation
or de l’est des nuages
les mêmes c’en sont d’autres
toujours revenants de quelque
tragédie de skieur de fond
de l’époque présente le relent
d’ingloire la misère accablante
nous poursuit une rivière de sang
et des cendres attestent un mouvement
par-delà le destin de pierre
de ne plus être au monde
nous sommes les survivants?
Nous sommes les bourreaux
d’un trépas distribué en partage
aux quatre coins du camp
humanité sans trêve et sans remords
la beauté nous est étrangère
et ici le sens d’un autre nous se répand

La vie sans trêve que nous fumes
et qui nous rappelle à son heure
tenant lieu de mémoire
nous avons passé l’époque
de la plainte sempiternelle
infligée au néant.

Au pays du paradis psychotrope
il est aisé d’oublier
la souffrance du nerf principal
moteur des émotions

Je fus tant de fois déjà
interrompu dans une ascension difficile
de la montagne du paradis terrestre
qu’il me faut entrevoir
une raison de continuer
par delà ces coupures

Le monde ne veut pas
d’un demi-lieu abstrait
encourageant ses sphères
à retenir son emploi seul,
il désire un héros abouti
de ses prières, entier là,
tenant debout ses assertions
comme la geste de son misérabilisme
défait

Et quelle grandiloquence une fable
pareille à la rumeur des cascades
retiendra-t-elle, sinon le fruit
de sa macération dans les cages
où l’on tient pour rien des enfants
malappris des concerts, déracinant
les appellations mensongères de tout
un fatras de socialité vague,
et nécessaire pis-aller de sauvagerie
première et véritable,
la vie des familles nous enterre
sans cesse et sans pour autant
se sentir coupable de ses assassinats

Je suis une force brute au langage
comme au monde un titan relatif
à ce dire sans éclat mais qui gronde
sans cesse le dessous des cartes:
vous entretenez dans vos rêves
des polices sans preuves,
incendiant les églises de vos espoirs
vaniteux, et dans une prière telle
un sacre des démons qui vous tiennent
le ventre, vous vibrez au rythme
des lanières dont vous déchirez
à grands coups la beauté et l’amour,
le rire qui débâcle vos minuties
et vos appels incertains à du pire

Mais le pire n’est jamais tenu
de se manifester, et nous saurons toujours,
ensemble des mois libres qui se tiennent
assujettis à leur propre entièreté
de ne pas se scinder selon l’ordre
des intérêts premiers, nous saurons toujours
vous renier les droits que vous revendiquez
sur nos lobes, de les tenir hors le lieu
de la prédication des termes aboutis
et fièrement nécessaires

Or aujourd’hui puisqu’il faut redescendre,
un empire de consolation s’offre
à des appétits de vous de nous tenir
frais sous les tempes du juste droit

Vous accaparez les espaces
de vos prédications mensongères,
vous ergotez un droit de meurtrir
tant et plus les fiertés d’être pauvre,
d’être autrement riche que de famille
au portique de tout un vent naturel
et normatif, vous heurtez des susceptibilités
autres et nous ne sommes pas pour autant
de ces hordes à faire la frayeur des journaux
et des conversations des cafés

Nous saurons toujours échapper
à ces appels sans résistance
à de la belle simplicité fausse,
à de la sophistication sans arrière-plan,
une mode trop première
pour satisfaire à nos désirs
d’avenir flamboyant, une manière primitive
par-delà les flonflons
et nous avons davantage de ressource
à partager que vos peurs: adieu
monde de méchants!

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