Ici dans la ville le souvenir emplit l’est
comme il n’est rarement osé
de se le remémorer l’histoire,
et cet évènement insu de tous
notre commune catastrophe humaine:
d’un côté les ateliers municipaux,
voies ferrées, talus, entassements de pierres
comme tas de dents, chaussures, chignons
préfabriqués dormants le long des rangées
de roses trémières du Gal Mc Arthur
de nos visites,
bruleries diverses une zone de nuit
de jour aux allures de peur et douleur
de la mémoire
– la municipalité veut détruire etc.

De l’autre le camp moderne
petits baraquements où,
sous le prétexte de les soigner,
de les garder des êtres mal nourris
mal logés
maltraités, sans droit,
une administration de la torture
neuroleptique, opère,
sommeillent et nous souffrons,
deuxième personne de la solidarité
de 2010, depuis 1930,
depuis tous les eugénismes,
depuis que quelqu’un a dit que Juif,
fou, ou saint ou mômô ou pédé ou coco
était le nom de la différence avant toute chose,
et qu’il fallait la réduire
en préambule à toute habilitation
possible.

Entre les deux le fleuve
le Gange aussi bien
ou le Fleuve Jaune
ou le cours du temps
immuable rappel
à de la permanence
dans le changement

Là-bas les voies de chemin de fer
désertes la nuit sous les lumières tungstène
ont un éclairage noir et blanc
de l’âme qui glace le sang du visiteur,
et le silence est peuplé de la rumeur
de millions d’être là-bas
que nous n’entendons pas
déclamer la liste
métaphysiquement inconcevable
de la dispersion dans le nuage mémorial
de ciel bleu.

Ici des pas dans les couloirs
indéfiniment les mêmes
de la débâcle de l’âme
et du corps, arpentés à l’année
par des fantoches sans vie
minéraux comme écrasés
de leur destin de petits ventres ronds
neuroleptiques, et dont la liste est proscrite
par le droit au respect à une “vie décente”
et le secret médical

Comment ne pas faire le lien
entre ces deux réalités bien tangibles,
il existe dans cette psychogéographie
de la ville un parallèle immense
entre les camps d’hier
et le cantonnement de toujours,
et sinon sujet à moqueries
et sarcasmes,
rien de ce qui en est exprimé
ne saurait passer le front cognitif
de l’impensable victimisation
à concurrence de néant;
il ne s’agit pas tant de mettre en évidence
le fait que l’on expérimente,
assassine,
extermine ici ET là une “vermine” semblable,
que de noter les lignes parallèles
le long d’une équerre au sol
sous le soleil du midi de la page blanche,
et lecteur est le nom assez
souvent mémoriel d’un être
qui se repèrera facilement
aux montants de la grille
ainsi découverte sous le cousu
du monstre hypothétique
que la frêle ligne dévoile:
nous revenons des camps modernes,
camps à tiroir où l’on nous emprisonne
depuis si longtemps
que les traitements nous absolvent
du commun de la récrimination morale
– a qui vient-il à l’idée de s’appesantir
sur la possibilité d’une faute morale
de ceux-ci, et qui voudrait étendre le procédé
sans procès à ceux-là?
Nous ne fumes jamais coupable
du moindre crime, et pourtant…

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