1983. J’ai dix ans. L’année des enfants à l’Unesco-je croît, Pif Gadget m’indique-t-il, à côté de Picsou magasine, de Gaston et de Lucky Luke, Philémon et Boule et Bill, l’ordre du monde, à côté de la boite de Lego dans laquelle je ferais polytechnique et les pirates Playmobil, le chimiste et l’électronicien. Le camion du bibliobus visite le trottoir devant l’école, et dans la cour aux heures du matin je joue au Game&Watch et autre console de Nintendo, quand je ne joue pas au foot, au Big Jim Action Man, ou à créer des suites mathématiques lorsque le cours ne m’a pas suffi. J’ai reçu l’année précédente un prix de dissertation, et comme notre maître d’école s’apprête à prendre sa retraite, je me prépare à lui en écrire une dernière au sujet libre où je lui expliquerai, substance, que je connais un maitre d’école qui est un Juste dans cette école privée où la vie fut rude parmi les enfants des notables de la ville nantie de richesses honteusement acquises. Le livre de ce prix? Le Grand Meaulne, je le lirai un peu plus tard, en conserverai un souvenir ébloui. Je joue beaucoup au jeu de l’action/vérité avec les filles du calme quartier résidentiel où nous sommes venus nous installer il y a cinq ans, ce qui permet de leur demander un baiser en gage lorsqu’elle ne veulent pas répondre à la question, invariablement la même, de qui es-tu amoureuse? Nous faisons des bêtises dans les chantiers des routes alentour, rien de grave, et des promenades aux allures d’épopées à vélo dans un arrondissement champêtre et qui se peuple à mesure que nous le déchiffrons. Bientôt j’aurai un vélo bicross au cadre Haro Master chromolybdène et toutes pièces assemblées de légèreté manivelles triangulaire et rotor Odyssea et même des roues OGK tons bleu vert et rose, et je m’aventurerai le long des dix kilomètres nous séparant du centre ville où nous venons assez souvent pour que le monsieur de la petite ruelle dans son bouge à sandwich hots-dogs et américains se souvienne de mon sourire, lorsque j’aurai le temps le midi, à l’université déjà, de venir y implorer le plus gros casse-croute sans concession avec un supplément de frites, que je mangerai aux côté de Maya, Frantz ou Emilie, au café mitoyen où l’on joue aux chevaux toute la journée. Dépaysement impeccable de cette enfance si riche en action, aux arborescences de découvertes innombrables! Je suis un bon élève je collectionne à dix ans les dix sur dix en grammaire et je ne travaille jamais déjà, impeccable de ne pas saisir — et le meilleur est que l’on ne sait me l’expliquer clairement — le sens de la locution “faire un effort”; j’écoute attentivement les professeurs, tous excellents, qui nous forment; et si quelques uns portent ombrage à nos réalités sauvages de gosses des rues un peu chic, c’est que nous ne le méritons pas sans doute, et des noms non je n’en ai pas. Je découvre avec l’age que le nombre de leçons est très mince, selon et malgré les connaissances engrangées, une solide culture générale sans rien y perdre de temps, je suis comme cet écrivain je les lirai plus tard les deux mille volumes du débutant, très vite, à vingt ans quel retard toute cette vie sera l’expérience de ce retard non! Exemple leçon d’histoire n°1 dissertation générale argument PUIS exemple jamais l’inverse leçon n°2 direction générale de l’esprit il est inutile de faire des hypothèses sur des hypothèses ou pourquoi l’uchronie reste un sous-genre de la littérature générale. Disent sans cesse mes bonnes ficelles de programmeur, attends ton heure et je programme moi comme un éternel réviseur de la mécanique de la pensée, je suis chétif sur le point de cette culpabilité de n’avoir été qu’un enfant génial sans application, au point que l’on me demande conseil souvent sur des lectures je réponds n’ai pas lu ne sais pas avant que de revenir d’escalier en escalier pour fournir tout un cadre de pertinence et de référentialité forte que l’on s’empresse de noter tout de même, c’est comme ça, la culture est un aperçu sur le puits d’ignorance qu’elle partage avec le monde connu, et je suis très cultivé assis sur la margelle.

Je parle un peu de mes amoures d’enfance, eh bien voilà une scène il se trouve être vers les onze heures du soir cette année-là une autre et la fin de l’été nous a renvoyé des jours à l’école, et les enfants du voisinage sont venus jouer dans le jardin tout l’été au point que les arbres du quinquennat sont tous étêtés à présent du ballon du frisbee du coup de coude pied karaté-kid et balançoire d’où à pleine course se jeter dans les airs de la pelouse roussie de tontes fraîches et les salamandres le long des murs les émois des mantes au verger sur le versant est et des silex taillés trouvés dans les terres où Action Big Jim roule en Jeep contre les avances des Barbies des filles et me gratte comme j’écoute la radio sur mon baladeur de cassettes made in Japan qui dispose d’une radio FM au LED rouge et si magnétique déjà dans la nuit de Pierre Bellemarre et de la musique si lointaine des Pink Floyd et de la radio qui continue d’exister et qui émet depuis le lieu d’où date mon premier souvenir vivant: Jet Fm 91.2. Quelque chose me gratte et je retire mon pyjama, et je me frotte aux draps, je découvre un sens du tissu, et bientôt viendra le jeu de nouveau, et l’école, et des affaires de l’adolescence, ce continu continent d’enfance poursuivie sans interruption jusqu’à ce jour, oui, mais oui le seul être adulte réel de rire, de danser, de changer, d’être soi sans être personne, grande personne au costume fixe ou stricté contristé de son rôle de son genre de son emploi, et si cela ne vous sied pas, changez de trottoir c’est la vie de vous se rejoint de l’autre côté.

Déjà dix ans je pose une écoute électronique qui ne fonctionnera qu’à capter les chansons du groupe A-Ah dans la chambre contigüe de ma sœur et une alarme électronique par contact à la porte de ma chambre qui ne sonnera jamais |la problématique insiste|, et les plans s’accumulent qui ne furent jamais écrits des vaisseaux spatiaux de Lego et la moquette est un océan piraté pour l’équipe Playmobil que nous finirent par tirer à la carabine dans le jardin à la grande frayeur de la chienne colley border Olga, of Scotland mais qui parle le français comme tout un chacun avant que je la fume comme une mode à cet âge non pas la chienne mais la moquette of course.

Et des fiertés de tenir tête aux chefs d’établissement qui punissent un peu vite les actes d’insoumission citoyennes déjà, et des félicitations pour se faire des mêmes au bureau de répéter le refus jeune homme je dois vous punir mais sachez que vous avez raison de refuser ce qui vous parait injuste continuez comme ça et vous finirez par avoir raison, et les premières manifestations lycée cassé par la grève marché par des élèves avides de révolutionner l’ordre qui ne nous étreint même pas, mais en souvenir du Che et d’une époque dont nous vécurent je le pense le dé-drame de 1986 à 1995, et chaque décade son lot dé-dramatique l’effectible réalité de progrès et de luttes, un ensemble entre le assez fanzine et l’insuffisance expression directe à la tribune et la prise de portes et de pavés des cavalcades dans les rues enfumées une formation à n’être pas dupe du revers un jour je me souviens de ces inconnus qui nous tirent par la manche sous une porte cochère qui s’ouvre sur un appartement premier étage tandis que la police spéciale ramasse ceux qui traine le long des trottoirs en complément de l’action centrale de la charge des CRS-SS comme nous avons mis le feu finalement au bus de la régie des transports faute de pouvoir le verser sur le poteau caténaire du tramway nommé pas de quartier et qui sera interrompu ce soir derechef depuis maintenant cinq jours parce que nous n’acceptons pas l’ordre de cette société Lutte Ouvrière de son côté vendra des exemplaire du côté bobo des lycées du centre et nous organiserons des réunions noires et clandestines où nous fomenterons des actions drolatiques et finalement, sans conséquence sur le train des réformes de l’Education nationale.

Brave aventure inépuisable ce sable en effet limoneux qui remonte en limonade et bières partagées de premières cigarettes, tout un foin à taire eh! mais comment donc cela n’aura pas d’impact sur le futur cette vie vécue entièrement jusqu’aux aventures de bagnoles et de re-Pink Floyd à 160 à l’heure sur les départementales des dealers d’herbe et des plans flyers des free-parties où danser toute la nuit au mécanique d’une Acid-Goa coupée à une tête d’épingle ou au cacheton triphasé Mitsubishi de psychiatrie avant l’heure les enfants ne faites jamais cela mais faites-le quand même il vous faut l’empirie de première main — avant que de sombrer dans la dépression et la psychose à l’heure de réaliser que ce certain point de rêver était incompatible avec la marche du train des autres à leur mercato de concours et de places, et des mariages et des enfants bientôt avant l’heure cèleront les pactes des soirées dans les champs au feu de bois des grillades de deux cents personnes aux bengales dans le champ loué du paysan du coin par l’un de nous pour que sa femme accepte plus tard de l’épouser, et des pelletées de ce foin remontent par vagues et il faut pas tout raconter comme ça mais vous rêvez une enfance normale au temps des normaliens de l’époque qui s’enfermaient hors les bars à concerts et poulets rôtis au pain à l’aïl en roulant des joints sur les tables du fin fond du port de notre Eldorado Chimay Telenn Du whisky Baileys Martini blanc sur tranche d’ivresse du samedi soir et des filles qui se laissaient amouracher comme dans un film de Garrel tandis que la gazoline du Solex finit par un coup à l’éther le temps de griller le moteur à 110 dans la ligne droite devant l’arrière portail du collège le soir de la décision du conseil des profs histoire de se faire peur un peu plus et des descentes chez Mobo des fêtes où Le Roy finissait toujours avec les lunettes cassées dans la chambre des parents jamais là de toute façon nous étions les héros de leurs vies sacrifiées voici maintenant du vrai dire: ces gens sont tous devenus des trentenaires réalistes très bien comme il faut je suis le seul peut-être à part celui qui s’était suicidé peut-être le seul à être toujours épris d’autant de liberté de désir d’en découdre par du dire le seul sans enfant peut-être à part celle qui était devenue lesbienne le seul à n’avoir pas cédé mais pas faute de le vouloir mais d’un sens restreint d’accès aux réalités de la vie des gens comme ils vivent, et le Sieur Sécu de l’ALD qui me confèrera pour vingt ans encore renouvelable de cette légère différence dans les lobes frontaux et que l’on nomme bipolaire.

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