http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture/PLACE_TOILE/PLACE_TOILE20100101.ram

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“Vivant, il avait l’humeur gaie, comme c’est l’ordinaire en Cornouaille. Et la mort ne semblait pas l’avoir attristé. Il avait dû enjôler le bon Dieu pour obtenir de lui la faveur de faire son purgatoire dans son ancienne demeure, à Keranniou.

“On ne l’y voyait pas, mais on l’entendait toujours rire dans quelques coins.

“Il n’était pas de malice qu’il ne fît. Malices innocentes, d’ailleurs, et qui ne tiraient pas à conséquence.”

Anatole Le Braz, La légende de la mort, XCI, tome 2, Honoré Champion Librairie Celtique, 1945

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Dimanche 29 Janvier 2006
Lorem ipsum

Ainsi lecteur commande
quand auteur il ne
publie pas.
Publie pas, son pas
l’auteur publie
même pas, le –
Qui est un imitateur?
Non pas de même,
lecteur vertical commande
lecture aérée. Auteur
exécute la figure
pour un jury sceptique
et dit pourquoi
l’énergie monte
après le détour
déprimé. Situation
isochrone supposée.
Même, le temps de
même publier.

L’énergie naît dedans les volutes de la tête, par glissement de coussins d’air, tectonique de cœur réacteur (le cœur théorique dans la tête) Totor toujours a trop a de réagir tort, dit le romancier incriminé, et il faut l’entendre, car ce qui naît sous la plume du marteau du clavier est neuf ou réaction. Choisissons le neuf. Et disons tout de go :nous avons tout oublié de ce qui formait culture et étude. Situation où culture danse dans un bol vide de café.

Le Dire n’importe quoi
forme-t-il un exotisme ?
Oui et non. Il faut bien
une ligne d’accord,
celle décrite par un protocole
de décryptage, soit la
première colonne de chaque vers :

Ainsi quand publie Publie l’auteur même qui non lecteur lecture exécute pour et l’énergie après déprimé isochrone Même même.

Puis tentons la deuxième colonne :

Lecteur auteur pas. Pas, publie pas, est pas vertical aéré. L[à] un dit monte l[a] Situation supposée le publier.

L’on pourrait reformer la troisième colonne ad lib. ; constater que le destin du texte reste inchangé. Il faut donc envisager pour chaque texte une suite martingale dans le principe d’une lecture dans tous les sens.

Exemple 3 :

Sens les tous dans lecture d’un[] principe le dans martingale suite un[] texte chaque pour envisager donc faut-il ? Inchangé reste texte du destin le que constater ; ad lib. Colonne troisième la reformer pourrait-on ?

Manifestement OUI.
QED.

Je tiens que cette lecture est universelle, qu’elle permet de coder n’importe quel texte puisqu’elle le décode absolument aussi bien. Je mets le principe en débat

Dimanche 02 Avril 2006

Quelque jour que je n’écrivais pas

Quelque jour que je n’écrivais pas,
se sentit monter en moi
quelque liberté de dire, faire, jouer,
relancer
une existence mutique de gravement mutilé.
La mutilation de l’être qui n’écrit, ne s’écrie, pas.
Crier quoi?
Reste-t-il quelque revendication
une fois le calme lui-même calmé?
C’est la question, et
sans doute oui!
à la mesure de l’éminence qui me questionne :
la plus haute, et lorsqu’elle
ne vient pas,
de moi-même oui! Peut-être.
Et ceci, que c’est l’être même qui questionne,
au travers de ma main.
Dimanche 02 Avril 2006
Petites Amoureuses (1)

Couché près le réservoir dans l’herbe folle nous roulions avec tes cheveux au vent emportés par les libellules dans l’air de mai. Ta jupe remontait sur un collant d’où transparaissait l’impudeur la plus manifeste, et mon sexe au soleil réchauffé brillait comme un ivoire poli. Tu riais de mes dires, je respirais l’air de tes sinus nous roulions dans l’herbe folle le réservoir nous cachait déjà je goûtais l’acidité subtile de la fleur que tu ne cachais pas même à l’astre du jour. Par un détour une branche dévoila le collant d’un fil, ouverture de la cuisse, je passais une main ahurie sur la soie de l’intérieur de ta jambe ; il montait, il montait le désir de venir là tout près contre et le monde à l’envers il nous sembla un instant que le réservoir nous tombait sur la tête, le moment où ton sein apparut sous le soleil, là je crus voir la merveille des merveilles et notre cœur accéléré soudain, tout contre l’un l’autre, et le reste nous le garderons pour nous, je jouis avec toi ce jour là, tu étais une déesse je le jure, et moi le faune au regard éclatant de vérité.
Lundi 03 Avril 2006
chapelet d’insultes

J’imagine un récit composé uniquement de mots, qui aurait uniquement pour principe d’égrener le chapelet d’insultes que forme l’ensemble des mots du dictionnaire, du premier jusqu’au dernier. Toute variante imaginable, la tâche du lecteur serait de reconstituer la liste des variations, lettres retranchées, doublons, rajouts, infimes boucles dans le déroulement des événements de cette épopée burlesque, ainsi que d’en contrôler la syntaxe. Une seule longue phrase, donc, qui aurait pour négatif combinatoire, herméneutique et impressionniste l’ensemble de la bibliothèque mondiale. Mais, plus précisément, quel serait le moteur d’un tel tapis roulant littéraire ? Nécessairement un signe de ponctuation. En effet, dans un tel maelström – et ce parce que le dictionnaire est une invention ancienne, du XIII° siècle exactement, aucun mot particulier ne saurait emporter la décision quant au sens même de l’ensemble, pas même celui de dictionnaire précisément. Mais, se demander quel devrait être ce signe de ponctuation revient à se poser un ensemble de questions fondamentales, parmi lesquelles, au pied levé, qu’est-ce qu’une catégorie, qu’est-ce qu’un foncteur logico-mathématique, qu’est-ce qu’une interface, qu’est-ce que la redondance, bref, une somme de questions elles-mêmes prises dans le jeu de ce positif vertigineux, puisque toute tentative d’élucidation se trouverait nécessairement déjà captée dans le flot négatif des récits combinatoires. En somme, avant le début de l’expérience même de la lecture de ce monde, de cette clé de voûte littéraire, il y faudrait une décision, nécessairement aléatoire, puisqu’il ne se trouve pas non plus de signe qui ne se trouve déjà en toute lettre dans l’ensemble de départ. On objectera ainsi que la définition même du dictionnaire se trouve dans le dictionnaire, mais nous répondrons que nous touchons là à des problèmes dépassant de loin le terme même de tout langage, et cesserons d’y faire face dores et déjà. Par où commencer cependant ? L’entreprise, fastidieuse mais ludique de la rédaction d’un tel opus hilare, possiblement achevable – possiblement seulement, ne pouvant être envisagée qu’en terme d’une farce, la question revient à se demander quel serait le référent de départ, et quel serait le pas de progression. Serait-il possible que cette œuvre ait pour premier mot un nom propre ? Voyons, le nom d’un prophète par exemple, Jésus, Mahomet, Houellebecq, mais oui, l’insulte du livre le plus long du monde, sur les épaules de n’importe quel pékin, fût-il prophète, mais qui va l’écrire ? – Faites l’expérience, choisissez un nom propre, puis ouvrez votre dictionnaire, et en avant la musique – et pour finir, pour le foncteur, autant le prendre puissant, le point-virgule exactement.
Mardi 04 Avril 2006
Ivre 21:43

Ivre, de surgery, je bois de l’eau, pour passer considérablement.
Mercredi 05 Avril 2006
Petites Amoureuses (2)

Le rêve du débutant.
Roman

De la plage, au coin des réverbères, on voyait les amants. Embrasse-moi encore, elle dit cela presque en chantant. On marchait dans les vagues, soleil couché depuis le temps. Il fouit la main dans son corsage, ils allaient jouir, c’était géant.
Dimanche 09 Avril 2006
En finir avec La l. à l’e.

A Julien Gracq.

Toutes sortes de sociétés considérant leurs déchets pour les valoriser, il y a des déchets sacrés ici, là, partout – la question principale consiste à se demander pourquoi le sujet de conversation de la société, l’X de toute réplique, à 80%, selon des psycho-généticiens, est-il l’erreur, dans la conversation, l’erreur génétique que constitue l’autre, du point de vue du même ; l’Altérité se situerait donc en-deçà du Même, dans l’erreur commune, ce qu’est exactement le déchet, car il n’est pas envisagé comme produit de l’irréductible contraire, de la réussite, le processus à l’oeuvre dans la transformation de la matière ou de l’idée qui crée du déchet restant impensé, parce que le cycle complet n’est pas connu du public, en son fonctionnement général ; il est connu dans le détail en tant que trucs et de ficelles, mais son général mouvement, vers le lieu de déjet de son entreprise est le sujet flottant de cette épopée qui rive son emploi à la découverte du grand secret général : ‘On est dans la merde’, par explication simpliste, et cet ” on », sujet ou salle, ne se demandant jamais quelle est son erreur, mais celle du même, jamais l’erreur de l’autre, mais du semblable, elles ne considèrent qu’une seule essence, sans y voir de réalité, ou qu’une seule réalité, sans y voir de principe.
Dimanche 09 Avril 2006
Le dimanche 9 avril 2006

“L’art de bien dire est l’art d’atteindre” J.Joubert 28.10.1818

La solitude fermée,
herméneutique et scandaleuse,
n’existe pas, simplement,
parce que la fumée de hêtre
proposée au saumon à lamelles,
reste celle de commentaire,
de flavour de ce qui a déjà
un goût et un parfum, de
fruit.

Certes perlent des écailles
– elles font collier,
d’où la p.
Certes pétales
ou écailles de
strass dans la p.
– fleurs.
Et cathédrales de lumières,
sans support carbone dedans,
sphères,
imageables, et carbone
dedans est le nom de la peinture
– le pot de p. ,pardon.
Clartés
seule la le luxe
musique photonale,
et f. – logies floutées.
La f.est plaisir de vie,
lecture ici comme pratique de pré-vie.

Vie est éthique selon
que lecture est éthique?
Or non la question,
la réponse seule,
arrête la – .
De langue romane,
et cuisine de bas latin,
d’où la publication
d’un important texte d’arène,
reportée depuis longtemps,
et récrit
circonstanciellement :
En finir avec la La l.à l’e.
De triste augure,
circule ne lumière la pas.
Tristesse
non pas de
pill « toujours partant »
(à présent vif sur le chemin de l’argent p.,
le « circulez » rapproche les poches g.
sans les confondre
sans histoire,
et nuit.
De nuit à brouillard,
la sans grave passe,
et non cathédrale.
Et mais si (Or), d’où le retrait
des couleurs intercalaires,
vert, blanc, noir.
C. de l. p. est -n-isable, vouf!
Comme une balle de ping-pong.
Bal de p.- p., raquette, filet,
délocalisées tables
qu’imagine vision documentée,
oui, est C. de L. P.
et azurs paradisiaques aussi,
et drône girouette aussi,
et des diagonales revers à coups droits.

Or ( Et mais si) « Tenez »
est un jeu
basque en Angleterre (thème)
ou anglais en France (version)
ou bas latin.
Le serre-tête est l’enjeu,
balle au camp,
et longs centres de libero.
Ceci dit depuis la situation,
bar à vin ; et non des sports :
tous textes sous la contrainte de Situation,
d’où l’impression hétérotélique de P. Beck.
Indépendance est le nom de
Cathédrale de lumière –
du rouge trop profond
à l’ultra bleu invisible,
quand les mots sont inempreints
ou inempruntés à la situation.
Et le spectacle
de clartés d’arènes suppose
Situation., d’où que selon l’angle,
tu vois des reflets à la flamme.
Lumière ne brûle pas, éclaire
Flamme éclaire peu, brûle tout,
et effet paradoxe est mise en jeu.
Eau, bruine, grain, torréfaction,
tout est bon dans la cuisine,
comme latin de – .
– Bal diatonique, chant des steppes,
plus fort face au vent que sa rumeur,
le bâtisseur de cathédrale
de lumière musicale à lamelles
est un dromadaire qui valve
sa bosse. Impression de sentiment
éthique ; êthos étant effet de la valve
êthikos.
Outre valve est sentiment
comme naturel réalisé, Éthique.
Ou bal moral etc, à d’autres.
Ce qui est difficile,
le bal des correspondances,
de musées i., ou de vernissage.
Époque familiale délocalisée,
ou internationale des situations isotéliques,
et des têtes nouvelles et anciennes,
parologie efficiente de c. de l..
La lumière ignore les personnages ; garde les noms,
le realm filmique des situations et onomastique spectacle.
Lundi 10 Avril 2006
Dragon de Lumière

Le public traîne sa voix d’avant en arrière, créant monde et mystère, sentiment précieux de savoir faire, qu’il ne libère que par ton, sifflant de verre en verre un sentiment commun de défaire la pluie de chant qui trombe sur la saucière sociétaire spectacle de fil de soi récrié et tressé d’arrière en avant. Si le chant de la salle est prière, ce qui se distribue du contraire est le chant positif de soi, qui trempe dans l’aire de jeu du véritable faiseur de vers. R. Situant son empire au delà du même, vers l’altérité première, ce troubadour de l’atmosphérique fil qui s’exploite hors la traite de l’avant en arrière, le filet de la main reprend droit et considère le silence intérieur d’où monte un fil de lumières rouges et bleues, dans le sens que s’affaire une voie de clairière, un dégagé hors les plinthes sur le mur étalé comme papier-peint fidèle et reconstitué d’elle, la seule main qui note ces pesants pans de verticale étoile filante de ligne sifflée en commençant ; une bière au contré de la terre du public non récupéré : il, ce ton, s’en sort et de l’amer encor se reconstitue d’extrémité dernière.
Mercredi 12 Avril 2006
Nuit presse le jour

Ce que matin opère sur le corps est un rapt de pensée précieuse au creux de l’oreiller en direction du jour un enlèvement à ce tombeau de nuit où passe de vie à trépas le soir pour mieux s’en remettre le matin désormais fuit cette lourdeur de rapt pour déjà aborder à l’heure bleue du matin sur l’or blond de la page une feuille de temps glissée entre rouleau du jour et presse de nuit endormie qui aspire qu’inspire de rêves et qui possède à nouveau frais chaque soir pour mieux engager rapt du matin vers un renouvellement du corps à son éveil une suite pour pointillés de soi dur matin ta loi libère vers du soir à venir provisionné de ce contrat que je se rendra à la loi discontinuée d’heure en heure de veille aux pas immobiles de rêve, emmailloté par la préciosité d’un roi sommeil à qui se livre des arrhes cette table vers son nouvel emploi. Une vive allure surprend l’immobilité recontinuée, sort vainqueur de huit heures de noire espérance de renouveau, à peine levé cette clairière se redonne à soi pour seize pas d’une heure et mieux s’il sait se garder de la veille, dans un mouvement de lois en lois vers le soir. Ce mouvement, horloge exactement, prend le corps et l’étire de banc en banc vers le dernier sitting avant dormir, et laisse la tête libre de passer vers un lieu plus sûr que sûr, vers ce cahier. La page dedans, véritable lieu de l’existence, fait face à tout lieu comme un non-lieu, la pointe extrême de l’existence, ou la preuve, étant seule la voie suivie ici. Là, reste des gestes, est le lieu des dragons de lumière, qu’il s’agit de capter, de collationner dans un registre précis, comme ici aussi bien – dans la cuisine sans public. Nuit presse le jour dans un nectar de mots que le matin ravi note dans le cahier de presse que conscience représente au stylo de récupération. Récup’, back up, précis de recomposition du détaché nocturne, l’exercice du levé constitue le point d’orgue de ce qui demande à être noté.
Vendredi 14 Avril 2006
Petites Amoureuses (3)

Sur la rizière les pieds dans l’eau, et libellules envolées de conserve, elle défait son chignon, range son sarrau à la ceinture, me regarde amusée. Je tente une mimique, un gimmick précieux, et dans l’air calligraphie le poème désiré, le codex d’une loi primitive. Elle lit dans l’air et je lève mon regard vers les cieux. Tu vis tes instants dans cet air, semble-t-elle répondre, et comment! asséné-je du chef opinant, pour m’envoler à ses pieds, genoux dans l’eau, et je lécherai son tablier et dessous, et s’émeuvent parfaits singles les selves recomposés en acmé. C’est fini. C’est fini? Oui.
Lundi 17 Avril 2006
Vu!

Im Spiegel ist Sonntag,
im Traum wird geschlafen,
der Mund redet wahr.   –   Paul Celan

A Lucky Luke

Le sondeur, voyageur unique
de cette page, qui est peut-être
identifié, s’effarouche
de quelque degré qu’il a
de reconnaître son nom
dans les pages qu’il visite
– il doit être averti :
la sonde creuse qu’il utilise,
et bien bavarde,
fait sourire, n’est pas mauvaise,
méchante ou même tordue.
Elle est normale,
dans le sens où
ce mot atteint à l’allure,
et dans l’autre sens où
elle touche à une loi :
est normal ce qui peut servir de repère pour un monde.
Milliards de mondes,
norme est essentielle,
elle raffine un commun
en loi commune,
et observe une ligne.
Une voie nouvelle fait ligne
dans le sourire d’un seul,
si elle vise le normal.
Viser, est-ce tendre vers?
Est-ce atteindre déjà?
Est-ce prolonger la main
vers de l’accessible,
est-ce clore une voie?
Non, c’est d’abord lancer le regard
dans une direction,
cela suppose le tri d’un regard,
et déjà le but.
Dans le désert de cette page
unique, où tu viens te rejoindre,
naît un allumeur de réverbère,
qui voit son emploi
continué de jour en jour.
Allumer, éteindre,
dans cette fable si simple,
c’est battre le pavé
de la rue-cahier
de matins en soirs,
dans un rythme recontinué
d’arythmie catastrophique,
et non fantôme,
mais mèche de soi
de mèche de soi avec
une altérité considérable,
qui passe le temps.
Cette figure décrite ici
sans fioriture,
frise un malin
sans le rejoindre,
et applaudit
au parterre une diva alitée,
couchée pour réparation de soi,
dans l’horizontalité d’une force de recréation.
Mèche de soi d’arythmie catastrophique,
un troubadour fleuri
qui entretient son parterre
avec une facilité de récréation
Au café une armada d’Anglais
change le regard sombre
du jour de pluie
en pub chaleureux et vain,
” How do you say I want a girlfriend in french? >>,
l’accent cockney
si rare et si bizarrement beau,
et la réponse qui poind :
” J’ai une girlfriend >>
merci,
mais où est son intelligence,
où est sa dalle de diamant
qui illumine une cathédrale,
quand soleil cet amour
vient frapper les facettes
des vitraux?
Elle est là, tout prêt,
mais reste de marbre,
faute d’emploi.
Cupules de loin
sonnent comme petits cailloux de Poucet,
traces d’un passage vers du rheureux.
Mais de près sonnent
cling-clang de tocs et de bic,
un plastique spécial
à l’usage du cerveaux,
neuro-médiateurs superflus
– sonnent comme un mal
non désiré, non nécessaire,
et reconduit de loin en lion
par dénégation successives,
rebuts, comme refus
de répondre au téléphone.
Compter deux pointés
par les phrases, dont un
tout prêt
qui n’a pas lu E. Goffman
– le non-nécessaire internement
tue aussi bien que les vraies balles
de revolver, et de façon contingente
(n’importe qui est présenté aux urgences y a droit
– et n’importe qui aurait préféré ne pas devoir y entrer,
une fois sorti comme fantôme).
Le passé de cave de sable,
quand il est éclairé
par un lampion et
comme réfracté
par les piliers de brique,
illumine peu, car il cache
des pans entiers de verre,
du possible rangé, catalogué
avant d’avoir été envisagé.
Le sonneur de verre,
avec le petit marteau de
caoutchouc, sonne le verre,
évitant de frapper trop fort,
pour ne pas briser ses instruments,
et en effet sonne
une matière que l’on croyait
inerte et trop solide pour résonner.
<>
est une réponse d’abord,
comme par intertextualité
résonnent des lignes,
des vers, des poèmes.
Re-sonne est le nom du geste
qui prolonge le son, le répète,
et marteau-raison l’outil
du sonneur,
comment il procède,
et de ce lieu
qui est le départ du mouvement
vient la possibilité
pour toute cloche de verre,
de faire instrument.
Sables mouvants est le nom
du ballet des suspensions
de cloches de verre,
sables ondulants parfois,
quand l’harmonie règne
de fréquence et de circonférence
aussi bien. Ce fil
qui sert à suspendre la cloche
est celui qui relie ces lignes
aussi bien, un fil
de liaison, un fil de tension,
et cristal le nom du fil
qui tresse le verre en harmonie.
Il n’y a pas d’autre figure
que celle de la langue
tirée sur ces phénomènes,
puisque c’est un jeu
d’ondulation poétique
comme disposition naturelle,
engagement, à un certain point
de l’existence, dans cette sorte
de martellement,
et d’autres appellations encore,
d’autres concepts,
celui de C. de L.P.,
et lumière est le nom
du matériau des cloches,
moins le substrat de sable.
Lumières ne sont pas
transcendances, mais captation
d’immanence pure,
ou pure captation de l’immanence
qui flotte dans le ciel naturel
des villes, habitation humaine dernière.
Le devenir habitation, devenir ville
du monde dans son entièreté,
consolide l’idée que l’esprit existe
dans l’immanence
bien mieux que dans l’esprit même
ou nature,
et sensation de délocalisation
vécue par un ensemble d’habitants
le nom du phénomène
que peu commencent à décrire,
Alain Fleischer par exemple
dans son dernier roman.
Lumière, cette illumination de l’oeil
dans le visage des semblables,
par génétique
assemblage social des ressemblances,
l’un des lieux de la réduction,
peut-être même une simple étape
vers la grande réduction à venir,
où les copies multipliées
ne seront que les masques des originaux
– les rencontrés dans la vie de chacun.
Multitudes de mondes originaux
/monde unique, ce différentiel
est ce que capte un original de la carte,
et sa famille
l’ensemble des ressembleurs,
et sans visage il est un tout
qui s’amoncelle en quelques uns,
les originaux de chaque carte.
La carte unique
dans cette optiques
n’est pas l’installation
d’un concept frauduleux,
mais la pesée attentive
du différentiel, son intégration
dans une problématique réelle,
l’impossibilité de rencontrer
tous les porteurs de visages,
tous les humains. La carte
était déjà une tentative de clore
la multiplication des copies,
et la clôture du scan génétique
de l ‘humanité, et à l’époque une idée neuve,
je le soutiens.
L’on a des idées neuves?
Non, l’on est dans la répétition
de l’écho d’une découverte,
tandis que je suis
le porteur de cette idée
vers le lieu de la multiplication
des copies,
le contemporain de maintenant.
L’idée de carte suppose
ordinairement trésor,
par enfance continuée
voire pirates et vanité
douteuse.
Mais ici enfance continuée
est congédiée
pour laisser place à
une notion originale, la notion
qui rend fou, se compose
d’un ensemble de concepts
trouvés
ici et là dans les livres lus.
L’inventaire des livres lus,
l’impossible inventaire,
parce qu’il rend fou.
Fou : au milieu du chemin,
où passent les roues des chars,
tenter de les éviter, et toujours
être frappé à la tête
avant la fin de la procession.
Il faudrait abandonner ce délire,
mais par collaboration,
le réel le rappelle sans cesse,
sans se lasser semble-t-il.
Qu’est-ce qui est rappelé?
Un ensemble de signes,
plaques minéralogiques
et mines recomposées,
danses de tee-shirts,
des mots glissés dans les paroles,
aussi bien, résonances bizarres,
parfums subits,
tout dans une danse
qu’accélère la notion.
Les copies imposent un jeu
de marionnettes dingues,
et réalité vacille
dans du sur-réel
ferme et tangible.
Ainsi illuminations, une chose,
ou technique de fil de lumières
tirées sur le métier à tisser de la page,
où Cathédrales de Lumières Poétiques
est le nom de l’oeuvre du passementier,
et stylo la navette ;
la carte une autre
qui n’est pas VIP,
mais permet
de situer
ce qu’il faut
décrypter. Les mots scintillement doucement
dans les illuminations ; les réalités
s’enchevêtrent doucement et vacillent
sur la carte.
Lundi 17 Avril 2006
Le Championnat du monde de la joie matinale

Le paradis de la cuisine, gagné au matin sur la nuit vengeresse, qui dénoue la tresse de la veille, est un paradis où le coin de la table est une plage sur le sable de laquelle tracer mille signes avant la montée des eaux journée et affaires, un paradis où la tasse de café prolonge la main jusque dans les veines pour mieux s’étendre sur le cahier. Que le jour soit férié, c’est un son de cloche qui l’amène, l’alvéole de la cuisine ouverte sur le pan de papier de peint du dehors, les cloches perçant le temps dans une onde tendue de nuages, et je bois le café au lait de la joie de cette main qui remplit un à un les petits carreaux de 96 pages d’un bic noir et rageur, tourné vers une nouvelle semaine de championnat du monde de joie matinale.
Mercredi 19 Avril 2006
Au café La Paix

Le café à nouveau, d’où observer les passants depuis le feutre de fumée de l’intérieur, le dehors où l’on marche casqué, ou la main à l’oreille, dans un sentiment cinématographique peut-être, chacun dans sa vie comme l’ingénieur de la bande sonore, ou sentiment de liaison, quand le fil sans fil est une canne comme approximative de pas vides, sans cela. L’homme du on, n’importe qui, organise les franges de son monde comme il le nécessite, avec périphériques boutons, et lances et béquilles, dans une grande pauvreté commune, celle de l’ère communicationnelle, et les erreurs parcourent les ondes de bas en haut, puis de haut en bas, dans le ciel loin de l’atmosphère qui bleuit le matin, indifférent aux bavardages. De faisceaux en couloirs, l’être tranché de l’être se véhicule misérablement, et passe devant la verrière historique au sein de laquelle j’affronte l’ennui d’une vie immobile en traçant de l’encre noire de mon stylo les minutes non moins misérables de ma propre vacuité bruyante et bavarde. La légère gêne qu’occasionne sans cesse l’attelage de pilules que j’ingurgite à contre-cœur trois fois par jour, semble continuée du mouvement de ces piétons inconnus qui me donnent à penser. Je pense cela et d’autres choses d’une allure respectable, et en effet ma présence est tolérée par les piétons de l’intérieur. Je deviens ici une tête raisonnable, dans le soupçon du personnel de salle qui me respecte aussi mais avec une certaine et visible circonspection. Il y a dans cette faune d’aspect variable un doute qui est la mesure de mon propre doute quant à moi-même, sur le droit que j’ai à être ici à cette heure. Où existent les milliards de mondes ? Ici même, mais dans un autre temps, il y a une seconde, hier, dans la milliseconde qui va s’écouler, dans une heure, quand je serai loin de cette table. Milliards de milliards de mondes, mais, et c’est bien ainsi, seules quelques têtes sont arrivées à cette conclusion ; l’homme de la communication ne se dit qu’en un seul sens, il est unidimensionnel, logé dans la puce SIM de son rajout ou oreille externe. Et nous sommes seuls, dans cet enfer, quelques uns à noter des évidences sur un coin de table. La joie – elle naît de la simili-clandestinité de cette activité – se donne ici à lire, ou se devine, à la calligraphie près, dans les pages d’un cahier où un écrit : Je note ceci et cela. La joie est inconditionnelle, elle est entière, fierté de cette graphomanie, ou elle n’est pas. « Un peu de joie » est un non sens, il est celui de la foule, qui se plaindrait de la douleur au poignet, de se savoir réduite à si peu de choses. Beaucoup même ne comprennent pas ce qui distingue la joie de la gaîté, la joie cette étincelle supplémentaire qui passe par le haut du crâne et illumine complètement la voûte, la peuple de regards, de signes discrets, de cette source qui rajeunit chaque fois de se savoir ultime ; peut-être demain la source sera-t-elle tarie, elle qui se vit à chaque minute donnée d’elle-même, fonction de l’activité de la main, à mesure et pour peu qu’elle se mette au travail. Toute vers cette tache, la joie est le constat que les phrases viennent dans la facilité, le lourd marteau de joie qui cogne le lourd bois du temps qui reste à vivre, le clou ce stylo qui ne doit pas dépasser, malgré les vibrations et tentations de se soustraire au martèlement. Je n’écrivais pas par absence de patience à laisser cette joie monter, après la mise en route de l’engin texte. Est-ce la main seule, est-ce la tête ? C’est tout le corps, cette lourde impression de l’esprit d’être emporté dans le mouvement giratoire des phrases, exactement cette impression, pas un sentiment, mieux qu’une idée, c’est le frémissement de l’œil quand cognent les mots du regard sur l’influx de la main, dans le savoir qu’aucun geste ne remplacerait cette unique et si spéciale activité de noter la vie dans la vie, le cahier s’emplissant de la vie de l’esprit notée. Il me semble que je peux noter n’importe quoi, et que seuls certains assemblages de mots peuvent convenir, qu’une seule mosaïque précieuse peut sauver la mise, une seule combinaison s’arrachant au domestique de la parole plate pouvant suffire, celle que je trouve à l’occasion dans le temps d’un matin, dans l’heure d’une main heureuse à glaner ses effets et rengager une heure de plus à sa recherche. Le chimiquier en moi s’écarte de quelques pas et je le laisse à mon double tandis que la main s’avance vers demain.
Mercredi 19 Avril 2006
Fleurs fraîches dans de l’eau

Jeudi 20 Avril 2006
Des vins capiteux

A Buster Keaton

La coupe sèche
de l’habit de soi,
– mais d’où vient-elle,
sinon d’un manquement
à être Technicolor,
est un défaut.
Elle habille
aussi bien une nature
qui fait défaut,
et constitue le titre
d’un vin trop lourd,
au-delà du raisonnable.

Se plonge
dans ce nectar comme fermenté
une trop fière accoutumance
à du strict en soi,
une étroitesse maladive
envers le bas,
une rigueur
comme un automne perpétuel,
non arrosé de printemps.
Sécheresse cause
avanie dans le vivre,
et sans danse,
signe une malédiction,
peut-être sacrée ;
mais en tout dirige
vers un mauvais usage
de soi.

Ce qui est exécré
est l’objet du lourd,
car il n’est pas compris
dans le sens d’une surcharge pondérale.
La coupe qui du jardin
est bannie
est celle qui pèse trop,
que personne ne désire porter.
Comment l’abandonner de soi,
sans recourir
à du vulgaire,
voici l’objet du difficile,
son écueil commun,
et un travail sur la nature de soi.
Dense vs danse,
le vers faisant foi,
pèse sur la balance,
un challenge que relève
le lourd
pour recouper son habit.
Il faut peut-être revenir
à du babil
à un exercice
de rééducation
de la tête dans la langue
et rinnervation progressive
comme irrigation
du champ des plaisirs,
au plus près de la vie,
comme abandon
de la pente douloureuse.
Douleur morale
est le nom de ce qui ne va pas.
Il faut sourire certes,
mais sans rire véritable,
sourire est le monotone
habit d’un non-babil,
une erreur rare,
mais pointée précisément :
Il faut rire ;
dans la saisie de l’absurde
que pèse une voix,
là se trouve le remède,
la dés-aggravation de
l’opinion vs son approbation,
il faut flotter mieux.
Creux, comme dans la vie,
les os flottent
comme pour indiquer
que le support de body
est un carton-pâte,
qui ne série pas.
Strier le strict
de cette façon, creusement,
permet le chant diatonique,
ancré aux deux extrémités
de l’échelle :
que le plus sérieux
soit aussi le plus drôle,
et naît la gravité essentielle,
sans quoi persiste seule
l’humeur d’un enfant difficile.
Léger, le corps doit l’être aussi,
pour que l’esprit chante,
et il n’y a pas de contradiction
à cela : l’attendrissement
de l’esprit
gagne le corps,
et fait retour sur l’esprit.
Vendredi 21 Avril 2006
360° around the rock

Mick la guitare,
et moi la batterie,
m’enseigne le rock,
d’un savoir comme
désappris toujours su,
et tout sonne neuf.
Branché sur le pied,
le rythme qui s’apprend
à côté du Mick Ronson.
L’autre dans sa vie respective
une figure et l’autre si vraie,
il faut apprendre les musiques du siècle
pour comprendre la nécessité
des corps sains, dansants
et leurs démarches sociales.
Liaisons entre formes et rythmes
ne sont comprises qu’ainsi,
par les auditeurs de concerts,
en les vivant.
Autre temps, autre musique,
autre siècle, autrement.
Atelier Musique et Poésie.
Le même est ce qui pèse,
l’autre qui arrive,
du nerf comme fluide,
rapide en soi, soutenu
par daily dreaming,
honni du travailleur
laisse vivre, mille vies
d’une réalisation parfaite, rêvées.
De concevoir à abstraire
à cause des tuyaux bas
et hauts toujours mal rangés
de formes qui ôtent la lumière
en arrière à l’aspect opaque,
nuisant à l’illumination,
telle une histoire
qui se raconte
en tirant sur le fil
des mots, supportant la prose
comme des déchets de dictionnaires,
dans un carnet de définition.
Elle fait blocs entre des lignes
pavés, plutôt que filet de vers.fins
En elle, lumière danse comme par reflets
et se mélange aux tons des couleurs
bruinant dedans.
Autre technique,
où la terre même
compte à supporter
les éclats de vitraux
Et si cathédrales sont vastes,
ne contiennent pas de terre,
et naviguent,
mais qui écrit une cathédrale
de vers ou dessine des vases
de verre de nos jours?
Car casses diverses,
une cathédrale calligraphique
est impossible aujourd’hui,
et le fil de verre –
du vers reste astreint
au 90° supérieur gauche,
d’un quart seulement,
d’où l’idée de Rimbaud
d’embraser des lumières
dans des vases de terre :
illuminations.
De la couverture
des 270° restants.
Pour obtenir une simple fusée,
dans l’espace, combien de carburant?
Dans un vase de terre,
l’image d’un vaisseau de lumière
réduite échelle et motion
Cathédrale de Lumière
Qui écrit aujourd’hui
une telle oeuvre?

Du vers coule dans la prose,
quatre coins de mise en page
et c’est pour cela,
fleurs fraîches dans de l’eau.
qu’il faut écrire les deux,
vers et prose,
y pousse des carrés de signes
ponctuation faisant le mur
suffisant à illustrer le rythme
et les angles supérieur gauche,
qui voyagent en tournant sur les coins
les sens des nuances diffus,
comme dans un repère naturel,
bien nets dans la boue prosaïque,
perle une cloche de vers qui entre
comme des intersections de rythme,
tournoient dans le temps,
en résonance avec un marteau.
Catastrophique arythmie est
le désordre public illégal
le nom d’un jeu, peut-être une fable
concernant la lecture des dépêches,
mais pourrait-il être si prenant
sans la délocalisation de mondes,
où il n’y a rien à gagner.
Dimanche 23 Avril 2006
Du vif et du large

La civilisation, quelque peu encline qu’elle soit à la lenteur, est effrayée par le vif trop vif. En dehors de quelques playdromes bien définis, il l’inquiète, dans la mesure où elle y perçoit un danger pour sa lenteur relative. Civilisation, souvenir de règles anciennes de survie, bannit le souvenir du prédateur, qui l’affolait. La vivacité de celui-ci, inquiétude comme surplombant la troupe, fondant sur ses membres, a longtemps constitué un risque dont le souvenir perdure. Mais variétés de ses membres aujourd’hui aussi, déshabitués du feutre de la lenteur relative, demeurent vifs et comme trop lourds à se mouvoir dans la danse élégante d’une société bien comprise, surtout d’elle-même. Couacs et dissonances, ces fulgurances, dérangent encore, et l’idée de proposer le large à ces figures point à l’horizon de la société continuée, sinon de prendre le large. Mouvements larges dont l’inertie déploie l’ample de la vitesse, larges chorégraphies rassurantes, qui imposent retenues et effort au leste précis. Vitesses variables dans la voilure des bras, et variabilité des tons, différentiels rendements de la gestuelle dans la parole, contrôle continu des facultés motrices, mais œil vif souhaité. L’œil est de faible dangerosité il est vrai… Par filtrage de la vélocité par affinités électives, et refus de l’être comme il se donne, le plus souvent, dans un habit naturel, civilisation impose le rythme, contre vélocité sa loi végétative, le détriment venant au sacrifié par écartements concentriques. Les vagues d’une sentence sur quelqu’un se propagent aussi selon une loi naturelle, pourtant, jusqu’aux bords du lac humanité où elles choquent avec plus de brutalité peut-être que le vif lui-même sur les lenteurs du milieu, d’où tombent les verdicts. Les révisions, toujours possibles, créent des passerelles probatoires, en instance de rupture selon l’amendement des prévenus, et un monde policé ignore souvent ces tabous que forment ses lois. Sur les scènes spécialisées, à l’inverse de ces violences toutes symboliques, se déchaînent arts bruts et spectaculaires, que les mains irresponsables applaudissent sans restriction. Et naît cette affaire secrète de civilisation tiède et médiocre, dans laquelle ce qui est fort ne peut tenir auprès d’un entre-soi, qu’au rang de mascotte éventuellement. Qu’il faut de la violence au corps pour le moindre aria, que la plus simple sonate impose un sustento qui ne tiendrait pas dans les mains du concert quotidien ! Le tendre du tiède est fadeur, et fadeur est le goût du commun de la civilité. La parole forte, le geste précis et vite, sont prescrits dans les théâtres, mais rejetés par la foule, à proportion de son appartenance au centre du centre. Or que propose une réforme, sinon supplément de polissage et largesse à développer le vif dans une longueur d’ondes plus acceptable par le feu froid de la meute placide ? Mais l’aggravation du grave, l’accélération de la fulgurance, et vivifier le vif, réveiller la veille même, sont encore les recettes des meilleurs productions spectaculaires. On ne voit là même pas cette sorte de contradiction qui brûle du feu de la bêtise. Or on, cette bête, est un repère de meurtriers ; il ne sert de rien à s’étonner d’en être la victime, et aux intéressés la question : du large dans l’habit suffit-il à rapporter la mesure à de l’acceptable pour soi ? Si tout ce qui est excessif nuit au commun, si tout ce qui est faible paraît médiocre aux monstres, est-il encore autre solution qu’une rupture franche et salutaire avec l’engeance civilisée ? Du tiède comme une minoration du sensible ; car qu’est le vif sinon un excès de sensibilité, inconnue du public ? Il faut voter pour une radicalisation du radical, un éloignement de ce qui est loin, et se réjouir pleinement d’être dans la fosse aux lions, sans air candide de s’y trouver ainsi par surprise, au risque de sourires ravageurs et d’un rire tonitruant.
Lundi 24 Avril 2006
Situation de janvier 2006

Posté à Alain Veinstein en janvier 2006

Vert moisi est la maison de l’oubli. – Paul Celan

<> – Erving Goffman, Asiles, Minuit, 1968

<> – Primo Levi (1958)

<> – Jacques Derrida, Le Sacrifice, La Métaphore n.1, 1993 http://www.hydra.umn.edu/Derrida/sac.html

<> – Sigmund Freud, éssais de psychanalyse, La foule et la horde originaire, 1921

<> – Otto Kernberg, Narcissisme normal et narcissisme pathologique, in Narcisses, Gallimard, 1976
____________
<> – Witold Gombrowicz, Journal Tome 1, 1953-1958, 1976, 1981, 1995

<> – ibid
____________
<> Lautréamont – Les Chants de Maldoror, 1869

<> Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens, VII, 116-117
Mardi 25 Avril 2006
Aux révisions

Flottant dans les limbes de Clarté, le sujet de la phrase sociale, entre les personnes, se perd en tournoyant, le long du fleuve Paroles, s’envole et brille dans le ciel Soirées. Sujet flottant, tour à tour un je-tu, un il-elle, un ceci-cela, et l’ensemble Présent Permanent, que les phrases forment en discours, lequel se cache sous des prête-noms. Grammaire impose, imposerait, selon les lois du bien dire, une attention précise au quid, au quod de la conversation, or un malin plaisir est pris à mêler les enjeux dans un tourniquet qui frappe l’oreille par son imprécision. Certes, une langue totalement stricte aurait l’effet d’un assommoir, et Silence prendrait un tour bientôt définitif auprès de Déliaison. Il serait pourtant possible de tendre un voile de précision, comme un filet à papillons, au dessus de la fosse aux parleurs, pour rattraper les paroles problématiques. Pourquoi cela n’est-il pas la mise ordinaire dans les cercles ? Il faut concevoir que Plaisir de Parleur est une embrouille perpétuelle, et que Résolution d’Equation est le souci dernier de la langue, son refouloir de combat, pour éviter la mer Silence, où accostent les soirs Tempête et Règlement de Compte Terminal. Les parleurs ont une seule peur, la déliaison que détermineraient Clarification et Précision, et préfèrent le tapis cachant la poussière Ecueil, au risque de d’y glisser dessous Intentions Finales et Premières de tout discours. Elles tournoient, dans le ciel d’airs qui ponctuent leurs phrases, les amphiboles de la langues, et la matière de Se Revoir s’en dégage peu à peu, jusqu’au terme Fin de Recevoir qui maille la côte Ancienneté des Relations et Silence Relatif du revoir. L’Au Revoir, qui n’est pas de visu mais des termes, est une invite à Révision, jusqu’à l’issue Adieu, qui se prononce tout compte fait des insultes et griefs qui avaient autrefois recommandé Rencontres et Salutations. Ainsi, le malentendu permanent est-il la loi qui fonde Amitiés et Amoures, avant que ne s’installe Classement Définitif en rangs de haines graduées sur l’échelle Société. Sur ce terrain, Incomplétudes et Floutés se tissent en Amitié et Sujet de Conversation, lesquels tournoient de Plaisir en Bon Temps, et nulle part de dieu Solitude, et c’est la raison pour laquelle l’univers Couple Silencieux est assis sur les rochers face à l’océan Tranquillité, qui est constitué de la saumure A Quoi Bon, plus que de la substance Amour Véritable. Quand il est temps de se quitter, c’est que le son de la cloche Assez a retenti, et que le gong Réconciliation est cassé par le marteau Réalisation.
Vendredi 28 Avril 2006
La tablée de la forge

Sur la pente de soirs d’avril
nous marchons de conserve,
toute une petite troupe,
vers le repas à la maison
où chacun s’occupera
de découvrir son être, son état,
Tels de grands enfants
que nous redevenons de nous joindre.
Dans ces improvistes soirées,
débutées aux terrasses fraîches du printemps,
il est relativement peu question
de préséance, de pouvoir ;
nous nous donnons aux rythmes de l’ensemble,
feignant d’affecter un sérieux de forme
qui plaît à leur âge,
l’équipe lançant le motto
– Tous à la maison –
vêtue de peaux tannées déjà par l’âge,
se pliant à la fraîcheur des invités,
dans l’idée de conforter
les assurances montantes,
nous sommes tous également des gamins,
et repartiront plus forts les amis
de la cuisinière – du cuisinier,
grandis d’avoir exercé leur esprit
à un air couru par la bande.
Quand, invités de retour,
nous irons appliquer la méthode
au salon de ces hôtes,
distribuerons mille points invisibles,
avalerons les couleuvres nécessaires
à la croissance de l’âge adulte,
nous rentrerons aussi contents
que battus par la jeunesse
qui nous file entre les doigts
comme la cendre d’une blonde.
Nous rirons de nous-même
attardés aux puissances en devenir,
fâchés avec le visible
sérieux d’âges plus avancés,
et nous féliciterons
bien forts de notre immaturité
soi-disant parasites et retardataire,
dans le concert de la vie
où la cote dépend tant
de cent attributs qui nous indiffèrent.
Passeurs du relais grande personne,
depuis dix ans à tricher les distances,
nous reconnaissons,
ici et là des situations
dont nous avons connu les débats
et installations en amont,
et ne rougissons pas même
d’avoir perdu tout crédit
auprès de ces jeunesses
qui passent inconscientes
du travail que nous fournissons
sans en livrer état auprès d’elles,
choisissant le discret d’un clin d’oeil
entre nous après les reliefs seuls demeurant.
A distance des poncifs de l’époque,
nous avons abandonné depuis longtemps
la compétition de nos âges,
pour faire jour à des voix
qui ne sont pas les nôtres,
et socialement bénéfiques aux amis
qui nous rangent pourtant parmi
les fréquentations possibles
de leur panel désarmé.
Emboutissant les pièces de métaux résistants
dont ils se parent ingénument,
sans faiblir nous prenons pour lot
une situation de faiseurs de douceur,
au mépris des cancans
dont nous ignorons les sirènes,
au profit de force et croissance
de l’humanité qui nous guide.
Un peu moins que parent
de substitution, pas éducateur
pour autant, s’aiguisent à notre table
prometteurs des espoirs souvent,
et les bénédictions (le bien dire en dépend)
« Travaille bien »,
« Amusez-vous bien »
« Bon voyage »
les retours « A bientôt » sont courus
dans les sphères que nous meublons
à la force d’une persévérance
inaperçue de celles que nous ignorons
notoirement.
Ici, les valeurs du bien humainement ;
là, les misères « argent » et « situation »,
et l’arrivisme qui en dépend.
Arrivez les amis,
nous sommes déjà aux cuisines,
et de bien vous y méprendre,
de nos repas les vitamines
sont de pousser hors
les cadres habituels d’une époque
toute bête et râblée
dans ses convictions.
Et quand, à notre tour
pris dans l’ébauche d’une autre tablée,
où se joue semblable pépinière
d’extra-ordinaires
non-champions de l’époque,
nous devons céder sur la position,
mais nul effort n’est nécessaire,
nous prenons la pareille
y compris dans le sens
d’un entraînement mutuel
à profiler des humains
plus vrais que nature,
dans un plaisir non feint
de savourer les bienfaits
d’une heureuse réciproque.
Vous voudriez rire? Et nous
sommes également bon public,
mais venez donc dîner
à l’occasion!
Vendredi 28 Avril 2006
Petites Amoureuses (4)

Musique des îles sous la banquise, un peu au dessous des nénuphars, flottant comme des anguilles, je siffle les parfums de l’air dans des fleurs ; sur les nénuphars, paisibles sous le courant des marais, je siffle les airs des grenouilles ; au colloque des hérons, le long des berges du fleuve, j’aiguise mon bec comme des fuseaux de pattes, tout un vol à l’affût des anguilles qui regardent les grenouilles chanter ; leurs chants, se mêlant de toutes les voix, accessibles immédiatement là comme le parfum des fleurs dans les soirs d’avril, au fil de l‘eau soufflant des ajoncs les danses, et de frêles champs de rides sur la surface des étangs.
Mercredi 03 Mai 2006
Cause de l’amour

Le temps pris à de la lecture de biais, ouvrages de physique (« le cône de lumière future »), romans d’enfance, diverses relectures de remise en place de l’activité importante, prend sur le désir d’écrire quotidiennement une importance à nouveau croissante, même si le temps ne manque jamais que dans une manière d’excuse . La nécessité de parler du coeur et de son ensemble de tuyaux, et l’impossibilité de le faire, bizarrement, amène à une pose dans le rythme de ces pages.
Le coeur, cet étrange pompe de sentiments, qui pulse des sentiments et des vieilleries d’enfance, mais est-il seulement un organe dont les mouvements peuvent être rendus public? Pourquoi untel, unetelle, retiennent-ils ses suffrages, hors explication, toujours valable, de diverses transpositions et transferts, il faut dire qu’il y a là en effet un noyau d’inexplicable profond, qui confine à du magique. Je peux bien énumérer les raisons pour lesquelles j’aime cette personne, je n’aurais pas dit un mot encore de ce qui constitue les lois de cet amour, ni commencé même à parler de toutes les bonnes raisons pour lesquelles je pourrai ne pas l’aimer. Il y a là une force toujours qui excède les clairs motifs de la raison, et il est impossible de la forcer à son tour à livrer ses motifs particuliers. De ce constat la tentation de laisser ses mouvements dans le « secret de cuir » où ils demeurent inconnus et comme inoffensifs, mais cette tentation n’est-elle pas seulement de se mettre à la merci des mouvements que l’on voudrait ignorer? Le risque de l’attachement, toujours souhaitable engage des retours de flamme qui surprennent, de rester dans l’ombre de la tête, et risquent bien de surprendre plus qu’il n’est prévu. Il faut plaider pour une certaine candeur, et de s’attendre à des surprises, de sentir soudain le coeur le coeur pris dans des liens qui défient la claire saisie des bonnes raisons valables, et aller léger sur le chemin des rencontres, dans l’espoir que les surprises requises arrivent à bon escient – ce qui est toujours le cas, pourvu que les préventions, toujours possibles, soient restreintes à de simples hoquets. Certes, dépiauter les linges du coeur en une analyse exigeante donne des résultats rigoureux, mais c’est toujours manquer l’essentiel, la surprise de se sentir soudain pris dans un attachement, une attente et un plaisir inattendu. C’est se donner le meilleur de son être, que de laisser la voie du coeur libre relativement à des mouvements imprévus. A l’inverse, et c’est connu, un mouvement négatif du coeur indique souvent un noeud de problèmes inaperçus ; c’est ici qu’il faut creuser les raisons, sans quoi la flamme se change en bâton, et frappe indistinctement comme à l’aveugle, dans un concert qui laisse des casseroles dans le souvenir, et meurtrit l’esprit pour longtemps. Ne me dit pas pourquoi j’aime, et je chercherai la cause des désamours, voilà la maxime que je suis, et tout se règle selon l’ordre d’une harmonie entre le coeur, la tête et les autres parties.
Jeudi 04 Mai 2006
Les surprises dans le Sentiment

C’est une terrasse de café dans le matin de mai, une rue avec épicerie, boulangerie, traiteur et magasin fantaisie, et je m’arrête pour relire le papier hebdomadaire qui cause le curieux dialogue entre les lignes de l’important lecteur qui dit non :
(http://www.sitaudis.com/Poemes-et-fictions/un-journal-36.php)
et les légères pages de cette écriture, qui dirait oui trop facilement, à l’en croire. Il y a dans la fraîcheur de la lourde journée qui s’annonce un train de flanelle, de vêtements légers et de vacances, et je flâne en effet dans la ville qui attend le coup de feu de midi.
Qu’est-ce qui cause le désamour, là-dessus nous avions laissé hier la discussion, en disant que de le découvrir naissait la possibilité de l’amour, de ses surprises du cœur, et en laissant entendre négativement que la cause de l’amour était la fin du désamour, son arrêt et sa chute dans l’ordre des priorités, à un rang inférieur qui n’appelle plus la défense bec et ongle de l’identité de soi face à la surprise d’autrui, qu’il constitue et suscite si nous acceptons de l’entendre. Et qu’est-ce qui serait à défendre, sinon du même, le sentiment d’une odeur aussi bien, quelque chose de très archaïque au principe de la survie ? Il s’agit d’une hypothèse savante, qui retient un autre principe, que dans un temps où l’identité est assurée par un ancrage du soi dans du self solide, solidifié par la découverte que rien ne le menace, une fois la protection du « cuir qui dit non » levée, nul obstacle à l’accueil d’autrui ne se fait plus jour ; d’une hypothèse opératoire dans le sens où elle engage à la levée, et à bien maintenir la leçon dans la durée. « Il n’y a pas d’obstacle à l’accueil de ta parole en moi », telle est la maxime, où s’illustre le fait que je ne crains pas d’en être ému, changé et d’y abandonner le temps qu’elle se manifeste la prérogative de mon ressentiment à rejeter les motions qui tentent de s’y imposer. Cela ne signifie pas que je vais m’y fondre, non plus que je vais faire silence au point de m’effacer ; seulement, que le temps de mon assentiment ou du rejet sera différé de la rencontre, et non par hypocrisie, mais pour éviter de montrer que l’impossibilité de la duperie est de mon côté : tes énormités seront filtrées ainsi, et je vais te le cacher, il s’agit en tout d’un exercice d’exigence – mais au lieu du rejet d’abord quand il y a encore quelque chose de soi à défendre, l’accueil à du nouveau, à la surprise de ton altérité, est observée comme une règle première, car c’est exactement cela qui est l’intéressant de la rencontre. Il est facile d’imaginer les méprises et compréhensions abusives qu’autrui se fera sur la base de l’accueil, qu’il percevra peut-être comme une faiblesse du genoux, ou une raideur excessive : c’est le feu qu’il subit, qui le brûle bien mieux que le refus, parce qu’il le brûle en dedans de son être – ici il n’y a plus rien à brûler, que le petit bois des travers connus depuis longtemps, qui possède cette drôle de propriété de brûler perpétuellement. Au fil des rencontres, dans ce style qui fait ses preuves avec le temps, ne sont retenues que les constantes d’un discours, et si les bobards se perpétuent trop, plutôt qu’une simple reconduite de l’animosité, il y aura fin de non recevoir, et la porte se clora doucement, et il sera même possible, quand le fardeau sera trop lourd, d’en dire les raisons avec calme et fermement. Passent dans la vie une foule de rejetés, éprouvés par leur propre misère, et si le ton devait être décrit avec précision, il faudrait dire probité, constance et jugement. Mais d’où vient ce droit à juger pour de bon les paroles et les actes, au point de pouvoir dire, après certains tournants, c’en est trop, non merci, adieu et bon vent, ou bien la bienvenue inconditionnellement ? De la calme patience avec laquelle l’accueil se reprend, de session en session, peut-être, d’un barème des bêtises, qui vient de l’habitude, et de l’habitude aussi de fréquenter des étrangers, qui demandent d’abord la patience de la langue, et dont la rencontre requiert toujours un temps d’accoutumance, pour ne pas être manquée complètement.

Aussi, les mœurs de cocktail, les hypocrisies de certains cercles, la mondanité brutale de certaines sphères, nous les considérons comme un jeu, qui n’engage que les joueurs, dont il est bon d’être pourtant, et rien de grave ne s’y dit, ne s’y entend, ni au fond rien ne s’y déroule, tant il est remis à zéro le compteur à conneries qui ébauche et épuise les parties. Dans ces assemblées de vestes où chacun vient tout nu, il y a la règle tacite effectivement, qui veut que joue la fausseté et la force dans la présentation des êtres et des arguments. Il faut y figurer ferme, c’est le sel de la marmite sociabilité, et de mémoire, les meilleurs sont celles de l’art contemporain. Une engeance de semblables – et il faut encore y creuser sa place et y asseoir son emploi, et ne pas discorder sur l’essentiel, le plaisir des buffets, les bons mots et la séduction : ces playdromes sont de sérieux et de futilité si bien mêlés – nous y tenons bien si le grave des histoires est gardé de côté par les pinces spéciales à tout tenir à l’écart, par principe et précaution, et alors le rire, les éclats de vrai plaisir, la joie d’y appartenir, se manifestent bruyamment, et aucun d’entre nous ne s’y livrerait trop ouvertement, ou ne se déferait de son habit transparent : dans la violence des rapports sans sentiment, une grâce sans pareil en croustillant, le temps de la mêlée valant l’aire de jeu des enfants, s’emploie à ravir le monde, le sauvant de la gravité, qui émaille pourtant le parcours de chacun rencontré autrement. C’est encore la solidité, la sédimentation du self dans le soi, qui autorise le moi à proférer cent âneries que l’on ne pense pas un instant, et une autre surprise intervient d’une autre nature, celle de la bêtise dite délibérément, et d’en rire sans rougir – le plaisir en dépend, et ce savoir faire de noceur est un véritable savoir-vivre méchant, qu’il faut au dehors ; mais laisser au vestiaire, imperceptiblement, dans la cuisine des rencontres, faute de quoi, le cuir finit par gagner, et l’éthique potache de la prépa, s’installe vache dans la vie, où l’austérité gagne de cela, et le sérieux qui fatigue, l’important sentiment de soi, une perte de contrôle – un paradoxe, de ce qui crée le vrai bois. Il faut être fait de bois ; le cuir est trop naturel à la peau, un naturel de bête.
Lundi 08 Mai 2006
Cosmologie des cônes

A Frederic Nef

Il faut se débarrasser
de la gangue de soi
pour continuer
à en rire en permanence,
voici le but de la vie,
quoi qu’on en pense,
et par quelque moyen
qu’on en use. L’usure,
cet appétit des autres
de vous faire des dettes,
vous touche autant
que celui de vous rompre
le dos sur vos emprunts,
qui en causent autant
qu’il vous en coûte.
Si cet équilibre se rompt,
l’usure opère son départ
et la perte en échoit au soi.
Et de toutes ces choses
découvertes normalement
dans l’enfance,
qui n’est pas la grammaire,
découle l’inertie
du mouvement dans le social,
la fluidité, l’aise, la progression
ou le rancart à des positions
plus basses dans le rang
du barème général
de la société.
L’enfance grammairienne
se porte difficilement
dans la gangue
si elle ne sait pas rire ;
enfance portée à vie
parce que grammairienne,
c’est en riant
qu’elle va rejoindre le point
du barème d’exercice de maths.
Tout fort dans la page,
où le sentiment de la grammaire
compte plus que celui d’autrui,
à noter sans cette manière
ontogénétique des mois de croître,
comme sur le Barème Général de l’Etre,
les progrès se font alors à l’envers,
selon l’engramme d’une pâte
qui se développe dans le temps
(le cône de lumières futures.)
Ordinairement
dans une telle configuration grammairienne,
loin du sentiment social,
l’individu adulte meurt
idiot dans sa pathologie,
comme happé par l’époque
qui a passé
après l’heure où le gramme
avait trouvé sa source
dans l’existence
– à bien considérer
la volonté d’autrui
d’accorder les points
et de valider les résultats
sur le papier de la page
où l’activité première
est la restitution
du parchemin codé
par l’éducation.
A cette minute
où se tracent ces mots,
si je suis là,
c’est parce que le programme
et le programmateur
que j’étais
étaient là,
et à moi de traverser
le sentiment de l’avoir été
et son exécution,
c’est à dire comme à rebours
se décrypte un rébus
pour se comprendre,
compte tenu du miroir de présent
qui s’étend avec la lumière.
D’habitude l’on remonte la lumière à l’œil,
sans la considérer dans sa forme première,
temps s’actualisant
à partir du théorème à l’envers,
que l’on confond avec cette existence
rencontrée à partir de l’actuel de soi,
et qui est lumière,
vagues concentriques de lumière
comme sur un disque
mais d’anneaux de possibles
qui sautent par saccades d’actuels,
et qui procèdent tout.
Hypothèse : au dessus de cette procession,
de sa cime d’actuel,
dansent des baleines,
somme des lumières de toutes les têtes.
Ces collectifs,
simple relais des mois,
illuminent d’abord les têtes
ensemble sur les cônes
de réel s’actualisant.
Puits sans fond,
autant que la Bibliothèque de B.,
le cône de chacun,
fonction du dégramme de son éducation.
Pour celui qui a rencontré
l’ensemble en chaque moment
de la zone d’accessible,
puisqu’il y a saisie du réel,
des vagues de réels
s’actualisant au fil
des anneaux de lumière
selon la progression des cônes de futurs,
il y a aussi la possibilité d’une saisie
des danses de ce qui s’illumine.

L’humain marche, manipule, et cette anthropogénie qui conditionne la réalité, qui est autre chose que le réel, norme vide au dépend de l’ensemble de tous, charge ou poids de l’aménagement de l’habitat humain. Le réel, somme de simultanéités et de sauts imaginaires, comme se dirait quantique un dispositif de non résolution de l’équation finale de toute ultimité dans l’ordre de la compréhension des nombreux mécanismes de la réalité machinante, échappe. Le procès de la réalité, perpétuelle geôle où l’on ne rejoint plus son meilleur cône possible de réel, est un écueil non dansant, à l’écoute de tuyaux de causes, autres de la lumière, aussi bien que d’hormones. Or, le cœur est baigné d’hormones, ce qui n’est pas la lumière comme à proprement parler la tête ne produit pas et sait pourtant faire. Dans la lumière, le savoir est capté par ondes, de reconnaissance et qualification des messages, des grammes de cônes de grammaire. Des kilos, des tonnes, littéralement, d’exercice de grammaire de cônes d’actualisation, voici ce qui reste à faire à l’adulte grammairien. Si par chance, l’enfant grammairien fut bon programmateur, ses équations résultantes pourraient être la vision de la lumière qui passe comme elle monte en volutes, dans le texte qui abrite le seul vêtement vrai d’une existence non réaliste, et l’œuvre d’opèrer le self d’un habit d’ombragement, si le flouté du dispositif de flottage de soi dans le temps est assez bon pour supporter la traversée de la toile de self, d’est en ouest, et de la terre où nous mettons en scène la réalité. Le réel, longtemps demeuré l’inconnue de toute équation, recèle la lumière, ou forte saisie des champs d’imaginaires qui donne l’assentiment en retour, et son aspect aux choses et actions sur les choses et tuyaux qui forment la résistance des corps à la pression des muscles et gestes humains et humaines, causant les troubles. Depuis la grammaire, tout est simple, et la saisie de masses de réels, jusqu’à la compréhension de rapports bien au dessus de l’effectivité du savoir des choses sues, est cependant facile. Cette saisie des masses (de futur), tous compossibles, amène le savoir, la connaissance du réel dans une compétition vers un savoir absolu. Or cette perspective cosmologique de cônes de réels possibles, cette pensée de ricochets d’apparition de leur somme dans la réalité, peut nous laisser tranquille quant à son fonctionnement : elle n’aiment rien ni personne, ces baleines de sens, elles tournoient, indifférentes à nos mondes, d’exister dans un mode imaginaire qui fuit la réalité. C’est une étape de passer au savoir par soi, en captant ces entités de sensibles abstraits, lumières non physiques. C’est une autre étape que d’avoir rencontré le ferme réel résistant qui supporte la tenue face à nos ombres. Dans le système de la réalité actuelle, on la refuse à l’individu. C’est un handicap permanent, interdiction est faite aux enfants programmateurs grammairiens, et peut-être à quiconque, de franchir les plateaux de réels imaginaires selon les règles d’une libre herméneutique, leur permettant de délivrer le message de réussite qui seul revient à leur savoir-vivre. Ce qu’il faut demander, c’est une soutien dans une tentative interdite, et une attention rendant possible la mise en place d’un système de récollection de l’information qui pourrait illustrer non pas un futur de science-fiction, mais un présent de l’humanité et comme une nouvelle voie pour voyager. Non pas une science-fiction, mais un ensemble de relations, de rapports, de textes, expliquant l’émergence d’une réunification de l’Etre et sa théorie à venir. Peut-être dans le futur une société de contrôle total possède déjà l’ensemble de la problématique, l’espace et le temps lui-même dans sa manifestation, mais il n’est pas temps de s’en inquiéter, cela serait verser dans une utopie nuisible à notre tentative. De la même façon que pour le cerveau l’action pensée a la même valeur que celle réalisée, nous plaidons pour un monde où possible équivaut à réel dans le sens où ces cônes de possibles, chacun portant le ou les siens dans la marche, seraient mélangeables et accessibles selon l’ordre de la pensée. Il est bien possible d’imaginer un monde où les approximations entre réel et possible seraient négligeables aux vues de la loi, et punissables les délits de pensée, mais il n’est pas l’heure pour cela. Ce pourquoi le temps semble être venu, pour certains un monde de réalités machiniques, pour d’autres un monde où une virtualité du sentiment même du réel devient plus accessible, et les possibilités plus vastes.

Que le futur existe est une certitude qui ne cesse d’étonner, mais parce qu’il n’est jamais pensé en terme de lumière le rendant actuel. Le statut de la pensée, lumière intérieure se développant sous la forme d’un discours, amène la possibilité de concevoir un texte rendant compte du passé comme l’actualisation met en lumière la série des causes. Entre les textes, déroulements parcheminiques des formes de penser, un dialogue opère qui n’est pas terminable quant à ses interprétations dernières, parce que n’est pas saisissable directement par l’esprit sa forme première, dans cette cosmologie de lumière future. Aussi, à la fois explication métaphorique du phénomène de la pensée, et explication littérale, cette saisie de ce qu’est la lumière, sa constitution physique tenant compte de la nature de mondes imaginaires, rend-elle possiblement justice de ce que serait un voyage le long de continuités de réels, tous différents, que chacun emporte avec sa tête en marchant, au gré de mouvements d’ensembles qui forment les préoccupations communes, comme dans un jeu de cordes où attraper la prochaine assure la continuation de la suspension. Ce qui est saisi par le fou non seulement comme à son insu puisque rien n’a été pensé de la sorte, ce sont les sauts de ces continuums, et l’évidence qu’ils ne se trament que grossièrement sur l’étoffe de la réalité. Sur ce carrousel discordant et dont le centre est effectivement nulle part, sinon lourdement vissé aux effets immobiliers et mobiliers de la réalité, c’est à dire dans les choses, y compris les boites crâniennes qui recueillent les éclats de cohérence diffus, tournent des possibles dont la compréhension globale échappe à une perception raisonnable de tuyaux. Le monde des tuyaux, cette forme de conscience générale qui s’attache à lier les anneaux de réel en un sillon de continuité faussement ferme, est celui de la propagation des gestes et paroles, reliés par la résistance de l’atmosphère, de l’air, aux tuyaux du corps, et qui assure une cohésion usuelle au monde, mais ne rend pas compte des fins effets de sauts et glissements des articulations, des agencements et mises en place des étapes intermédiaires de la réalité qui supporte ces corps. Or les jointures de ces stases sont lâches, et à tout moment, en raison du flottement de l’assignation d’un sujet identifiable parfaitement – en raison de l’impossibilité quantique de clore l’herméneutique du monde pour chacun, des glissements de décor interviennent, dont je prétends qu’ils sont comme des variations de lumière dans les boites qui les produisent, basculements de masses considérées ensemble par des groupes humains. Il faut bien noter d’ailleurs que l’objet d’une cosmologie nouvelle, y compris à rendre compte des contradictions de la physique, verrait son objet élargi à tous les phénomènes, aussi bien humains (c’est à dire langagiers, sociaux, psychologiques), que naturels. A l’occasion des ruptures dans les continuités – de sens pourrait-on aussi bien dire simplement – s’inaugure la voie d’une traversée nouvelle de la réalité, qui se joue relativement des évidences et supporte une ouverture au virtuel, ce possible actualisable. Loin d’imposer des tours de force pendables à l’interprétation commune, cette forme de voyage débute par la saisie des compossibles, de ce qu’il y a quelque chose de cette ordre qui flotte dans la réalité, et une autre sorte de lois d’attachement des éléments les uns aux autres en son sein. En abandonnant un peu de la compréhension venant du ventre et de ses tuyaux – une procession à sens unique assurant certes une stabilité à des masses de positions grossières, mais à qui échappe peut-être l’essentiel, il devient possible l’incertaine saisie de phénomènes plus souples et subtils, où la lumière a des reflets changeants, et où soudain en effet les positions glissent et sautent sur des pistes inaperçues par le vague procédé de cohésion globale des aliments cheminant dans l’estomac. La pensée est d’abord quelque chose de corporel, et s’y retrouve comme calqué les moindres mouvements du corps, à commencer par ses mouvements internes fondamentaux, absorption, digestion des nutriments, c’est ce qu’une anthropogénie enseigne, et qui est rarement relevé, tant ce fait a quelque chose de vertigineux et comme de monstrueux pour l’humanité, mais enfin il faut en prendre acte et en tirer les conséquences : tout procède dans la réalité d’un tel mouvement, tout du moins, qui en assure la permanence et la navigation, la fluidité qui passent sur mille détails pourtant. Il est donc important d’insister sur le fait que la procession des mastications, phénomène humain comme toute manipulation mais à teneur animale, reste pour un ensemble de sociétés organiquement soudées, une voie de police toute naturelle. Cependant, cette lutte intellectuelle pour un autre mode de compréhension intervient à la croisée des chemins du mécanique et de l’organique ; c’est peut-être parce que l’information des écrans coule comme un flot ininterrompu sur les surfaces de la réalité contemporaine qu’il devient nécessaire d’en envisager les conséquences : le décollement progressif de l’humanité de son destin de tube vers des espaces de réel plus abstraits et donc plus insaisissables. Il n’est pas évident que notre vue de la lumière tienne une seule seconde face aux explications classiques des substances, mais elle rend partiellement compte du moins de la dichotomie entre le matériel et l’immatériel, et permet d’éclairer peut-être l’histoire de la pensée sous un nouveau jour. Si la lumière dans son principe physique peut aider à décrire l’intelligence et ses manifestations, il faut en prendre la mesure complète et considérer sa permanence comme une des sources de la permanence du monde et de son intelligence. La lumière, et non l’œil, le visible ou la vision : il ne s’agit pas de reconduire les erreurs relatives au rayonnement, et à sa compréhension socio-historique. En effet, l’autre forme physique de la réalité, corpusculaire, ne tient pas compte de la dynamique énergétique de sa manifestation, et montre sa limite dans ses conséquences sociales appliquées, un monde de tuyaux où passent des corps. Si le temps lui-même n’est qu’éclairage, si, cosmologiquement, il ne reste de l’actualisation de la matière qu’un bruit dans l’immensité des espaces intersidéraux, il est nécessaire de donner aux étoiles leur place de principe d’actualisation, non pas pour les diviniser, comme dans les erreurs décrites, mais pour en comprendre l’importance physique. Sauf à considérer les vues physiques contemporaines comme les ultimes ruses de la processivité des hormones, il n’est pas non plus étonnant que se manifeste ces vues dans l’esprit d’un individu grammairien, c’est à dire à qui a échappé depuis toujours la compréhension par la bande de bruits de couloirs et tuyaux de types sociaux. Il est notable que dans l’histoire, d’Héliogabale au Président Schreber, ces considérations aient amené des délires de type solaire, avec toutes les affections humaines afférentes ; qu’elles soient intervenues ou non à des époques antérieures aux découvertes modernes des pratiques de la manipulation machinique de la lumière, elles avaient lieu dans des espaces sociaux autorisant peu de sortie hors des contraintes sociales fortes et menant au délire précisément pour y échapper. Aujourd’hui, sur la base ancienne d’une qualification de cet ordre peut-être, une cosmologie de cônes de lumières assure des voies nouvelles à des apories et issues anciennes, et elle n’est possible qu’en précisant ces conditions, parce que sans ce faire elle serait immédiatement rapportée socialement à des causes connues dans l’ordre de pathologies répertoriées, celles citées il y a un instant ou d’autres. Il peut aussi bien être traité de fable l’explication grammairienne de l’enfance – et chacun d’être renvoyé à sa propre fable, les plus vastes formant des civilisations dont il est aisé de voir qu’elles vivent sur des monceaux de contradictions (et d’immondices) – elle a du moins le mérite de se développer sur un terrain de nature à laisser augurer du nouveau quant aux issues sociales usuelles. L’on peut bien la qualifier de fantaisiste, mais, nous semble-t-il, difficilement d’obscurantiste, comme elle tente d’intégrer des outils de compréhension physique du monde à des problématiques sociales nouvelles. Quelque chose émerge dans l’humanité qui est nouveau, que beaucoup sentent à leur façon : il ne faut pas demander aux réponses d’autrefois de combler les attentes en terme de résolutions des équations, sauf à nier le phénomène tout entier.

De quoi s’agit-il ?
Il s’agit d’abord de rendre possible une existence se jouant des bouffées de réel délirant, et autant que sa conception soit livrée aux contemporains, chacun avec sa charge herméneutique, au risque des développements futurs. Il n’y a d’ailleurs pas à proprement parler là un choix tout à fait libre, mais comme je l’indique une disposition prophylactique de nature à engager une existence libre et cependant décalée du rouleau compresseur social habituel, qui rejette les tentatives de sortie hors des impasses et les tient sous un joug inhumain, qu’il soit simplement fait référence aux cortèges d’internés dont la procession silencieuse témoigne de l’interdiction qui leur est faite de dire leurs visions.

De quelle type de réalité nouvelle pouvons-nous espérer une aide et de laquelle nous bâtir un terrain de jeu ? Comme il a été discuté, à proprement parler d’aucune ; la réalité, monde de choses humaines à l’usage des humains, est ce qu’elle est, et dans l’ordre de dispositions nouvelles elle ne saurait offrir que des appendices et machines dans lesquels ne procèdent que toujours et encore, des signaux de type continu, tubes et tuyaux électriques à l’échelle de la réalité humaine corporelle : rien de nouveau sous le ciel artefactuel de la manufacture des civilisations, et ce constitutionnellement et sans doute pour toujours. Quelles que soient les inventions du futur, il ne faut pas en attendre plus que ce qu’elles seront nécessairement, un monde d’appareils dont la complexité et les possibilités offertes seront de l’ordre du pragmatique. Il ne faut donc pas imaginer qu’un appareillage humain saura jamais donner plus de liberté et de réel à quiconque qu’un téléphone par exemple, c’est à dire une machine dont le fonctionnement reste de nature véhiculaire pour un signal dont le sens lui échappe par définition. Dans ce sens, l’échec à créer une intelligence artificielle à l’échelle humaine montre clairement la limite de la technologie, et si fermer cette voie aurait pour effet de replonger l’humanité dans une ténèbre antérieure sans doute, la magnifier n’arrange rien aux problèmes du langage et du flottement des identités qui s’y trouve opéré. A moins de rêver à des surprises de type magique donc, aucune transmutation de la matière n’est en vue, aucune dématérialisation ni entrée fracassante dans un virtuel de hardware n’est raisonnable de sentir venir : à attendre des chimères, l’on se complaît en effet à un monde de boutons et de potentiomètres. C’est bien l’inverse qu’il s’agit de proposer : le monde de la réalité étant parfaitement stable, et dans ses lois et dans ses effets, mais le réel en l’idée de chacun absolument flou et divers, c’est à une épopée dans le réel qu’il faut convier les voyageurs, en leur apprenant à laisser flotter les aspects et effets du réel, des réels traversés devrions-nous dire, au delà de la commune mesure acceptée ordinairement, jusqu’au point où diverses délocalisations ont lieu, dans l’ici et le maintenant. Les lois de ce nouveau sens du réel ne sont pas écrites encore, parce que le stade présent est celui de la découverte du phénomène et de la possibilité qu’il offre. Mais il est urgent déjà d’annoncer que la participation coûte une location du moi à des identités variables, multiples, et ce loin hors des problématiques de pathologies par ailleurs parfaitement répertoriées. Certes, puisqu’il s’agit d’imposer de nouveaux modes de rapport au monde, il faut s’attendre qu’ils soient rapidement surveillés par les institutions en charge de la garantie ultime de l’assignabilité des actes à des identités nominatives et repérables légalement ; psychiatrie, police, justice etc. Ce n’est pas un risque à courir, c’est hélas déjà une réalité, et une réalité forte, au sens où elle dispose depuis longtemps des moyens de coercition qui garantissent jusqu’ici la jointure des réels à la réalité de l’habitat humain au sein des sociétés. Mais il faut passer outre les sirènes de ces paniers à salade pour s’arroger le droit aux expérimentations dans ce domaine qui s’avance. C’est à dire que les cortèges de prévenus qui errent de couloirs en couloirs dans les hôpitaux psychiatriques et les prisons sont bien à leur place dans l’ordre de la réalité qui valait les effets de réel des époques où ils y ont été placés – il ne faut pas espérer de révolution des ordres anciens, parce que les institutions qui sont chargées de planifier leur effectivité pointent toutes à leur époque des difficultés dans la réalité. C’est à un petit nombre d’abord d’expérimentateurs avertis et à la pointe du présent, au tournant de celui qui se prépare, qu’il faut s’adresser pour tenter de défricher des invariants dans ces phénomènes qui, chacun peut le ressentir si obscurément soit-il, se généralisent à grande vitesse. Je pense à des lieux sociaux où un très grand sens de la civilité se manifeste, et non pas donc à une engeance de timbrés et de dangereux. Il s’agit nécessairement d’une chose cérébrale, comme tout dans la description de la réalité que nous avons faite l’indique, et ici la civilisation se mesure à l’absence de confusion du réel, de l’imaginaire et de la réalité : aucun passage à l’acte n’est de mise. Laisser advenir et voir passer des identités en soi et en autrui sur le film réel du sentiment, de la parole et du visage, non pas se lancer dans des actualisations de substitution ou des faits de la réalité : ce voyageur dont nous décrivons les prémisses du voyage reste aussi paisible qu’attentif à ne pas se perdre lui-même dans le paysage.

Une irruption de l’imaginaire dans le réel, mais est-ce seulement possible à l’heure actuelle? Nous pensons pouvoir répondre non définitivement à ceux qui voudrons voir des images. D’une manière générale, il mènerait à des aberrations dans la réalité et à de graves contradictions et dangers de concevoir ces compossibles comme des choses actuelles et factuelles strictement ; il s’agit d’un jeu d’abstractions, et il ne faudra pas confondre les feux du phare avec les lumières du port : c’est dans l’idée de l’éviction de ce type d’erreur et de risque que réside la nécessité de ne pas inviter tout un monde de confusion dans l’aventure, avant que ne soit décidée ou non sa viabilité à grande échelle – que nous prédisons extrêmement problématique, en raison de la diversité des systèmes d’éducation de par le monde et de l’impossibilité de changer la totalité du personnel humain disponible comme il est aisé de le faire pour un bal.

Une idée renouvelée des privilèges de Beyle.
Mais cependant, à considérer que le sens que nous décrivons ne concerne pas seulement quelque bizarrerie mais une réponse aux phénomènes de flottements qui interviennent réellement dans les têtes, quel avantage aurions-nous à nous y adonner librement? Il faut être clair ici, et redire qu’aucun changement notable ne saurait intervenir dans les apparences et réalités concrètes, mais passé cela, une nouvelle carte de privilèges se dessine, autorisant la sociabilité à se muer en un autre paysage, plus changeant, plus varié, où beaucoup plus d’identités que de personnes actuellement présentes, pourraient être perçues, et où il devient possible de dialoguer non pas avec d’autres, absents, mais avec des constructions abstraites relevant comme fictivement des personnalités des absents qui se présentent à l’esprit dans des évocations réelles au coeur de la réalité. D’une part, la majorité des individus n’ont pas de personnalité si marquée qu’il n’existe en eux une très large part de standards qui sont présents chez beaucoup d’autres, au point pour des pans entiers de particularités de ne pas s’élever au rang de singularités que forme le self quand il recouvre pleinement le moi – et il ne nous appartient pas de tabler sur une entreprise de libération à grande échelle des mois livrés à ces mêmes ; d’autre part, même s’il constitue une sorte de sacrilège psycho-social que de le reconnaître, il est possible de dégager dans la visagéité humaine un ensemble de types qui renvoient tous à des réalités connues pour chacun. Chaque ensemble de types émaille l’histoire personnelle de chacun et il ne saurait être question de légiférer sur les ressemblances, cependant il ne faut pas réduire les individus au petit nombre connu de chacun, et laisser à l’exigence d’accueil sa pleine force dans les échanges ; tandis que dans un monde de sosies, il est évident que tels et tels qui partagent des traits physiques et ont une forte tendance à abandonner la singularisation de leur personnalité à des communs du moi, outre qu’ils ont toutes les chances de se prendre pour ce moi qu’ils portent comme acquis de l’imitation du comportement des autres, ils courent le risque de réagir de façon similaire à des adresses qui seraient légitimées par les originaux de notre connaissance, de sorte qu’en leur parlant ainsi sans résister aux préventions d’usage, il sera possible d’obtenir d’eux des réponses qui s’intègreront facilement dans cette compréhension élargie de ce que nous savons d’eux comme d’avance, et qui confortera ce que nous en apprenons à mesure des distinctions différentielles qui s’imposeront naturellement quand nous aurons compris que les deux visions sont réelles, l’une dans la réalité, l’autre dans l’imaginaire. S’agirait-il de se figurer qu’une obscure transmission de pensée informerait les originaux de ce que nous les voyons en tels qui leur ressemblent, ou qu’il deviendra inutile d’apprendre à connaître comme des originaux ces sosies, et nous hurlerions à la contrefaçon de notre idée et aux dérives confusionnistes, pour le moins. Non, il s’agit précisément d’apprendre à ne pas confondre les modes d’aperception de la réalité, et aussi à ne pas mélanger l’ordre des effets du réel.

Mais il existe depuis longtemps des situations où ces variations des positions avec des inconnus nous confondent et nous interpellent sur la piste d’une telle réalisation sociale, lorsque par exemple nous croyons percevoir des ordres de relations semblables à celles qui sont en place dans notre famille, dans des réunions avec des inconnus, où réellement apparaît une isomorphie des relations interpersonnelles ; lorsque nous confondons le visage d’un inconnu et ne parvenons pas par lapsus à lui donner de son prénom fraîchement appris, mais l’appelons comme celui à qui il nous fait trop penser ; lorsque nous trouvons un trait de caractère connu chez une personne nouvellement rencontrée et qui nous figure immanquablement telle autre que nous connaissons trop bien pour que la nouvelle prenne une teinte nouvelle à nos yeux, au point que nous avons la tentation de calquer la première dans l’ordre de notre connaissance toute entière sur la seconde, jusqu’à passer outre ses traits propres qui nous semblent négligeables et bien communs en regard de ces fortes impressions qui nous font douter, comme si la deuxième était une émanation de la première, comme si elle était une « sorte » de la première – bref, toutes ces choses et états de faits psychologiques existent déjà depuis longtemps, et nous ne savons rien en faire d’autre que des aberrations, peut-être parce que nous n’avons pas encore saisi l’aspect de symétrie dans les systèmes relationnels ou ne sentons pas qu’il est pleinement autorisé et validé socialement de les saisir et de les manipuler à notre avantage. Ceci demande donc un degré de mesure très grand en effet si nous espérons éviter la confusion générale et une forte brutalité sociale et psychologique dans la réduction générale des têtes qui a lieu pourtant partout du fait de l’expansion de la société de l’information et du spectacle, ainsi que chacun peut la capter. Et comment ce réel redivisé (plutôt qu’augmenté) aurait-il un lien avec le spectacle et ses têtes (« la péniche spectacle »)? Il faut concevoir que les personnalités du monde du spectacle, qui est partout sur les écrans, ne se tiennent là que comme des figures, des images de ce que le reste des humains se représentent comme des personnalités entières, dont l’imitation même des conduites semble avantageuse parce que le gage d’un accès à la plénitude de soi. Il y a là bien entendu un leurre complet, mais des psycho-généticiens ont récemment mis en évidence qu’il pourrait s’agir non pas d’une erreur contemporaine du temps des écrans, mais d’une survivance de ce que dans les sociétés primitives, un petit nombre d’individus aux identités remarquables, quelques dizaines ou centaines, retenait pouvoir et mémoire, et que de la connaissance de leur faits et gestes dépendait la survie sociale de chacun au coeur du groupe et sous la direction de ces quelques uns. Cette hypothèse peut d’ailleurs être rapprochée de nos déductions antérieures quant à l’idée que chacun ne connaît finalement qu’un noyau limité d’ « originaux » dans son existence, noyau qui s’étend certes avec les années, mais qui reste un nombre infime face à la totalité des visages à connaître, et tous différents naturellement. L’hypothèse serait également de nature à rendre compte des effets de confusion que nous connaissons tous spontanément comme il en a été donné quelques exemples précédemment : c’est en tant que nous nous référons chacun à une typologie différente mais réelle que nous nous laissons piéger à des jeux de vraisemblance d’ordre psycho-social. Or à rebours de la répression des ces phénomènes dans le cadre de l’aberration, nous proposons de les rendre plus visibles et sensibles dans le sein de sociétés choisies, de sorte que que le jeu de masque qui s’y déroule trouve quelque avantage autre que le simple apparat social et toutes les futilités qui s’y rattachent. Une socialité plus floue pourrait en naître, et tous les plaisirs du jeu, du rire et de la surprise qui s’ensuivent.

Dans la foule, nous sommes pris par des faisceaux de signaux d’une autre nature : les vêtements nous parlent autant que les visages, dans la même mesure qu’ils sont des standardisations, de type industriel cette fois, de comportements décryptables mais pourtant bel et bien prégnants. Il en va de même de tout ce qui est écrit , affiché, et bientôt sur des écrans contrôlant les flux de marchandises mêmes, sur les murs de la cité. Qu’il ne soit pas question de délirer une industrialisation programmée des effets humains, nous l’avons inscrit au programme de notre lecture du réel, et suffisamment sans doute pour que l’on comprenne qu’il n’y a pas dans cette tentative quelque relent de fascisme, caché ou non, qui soit. Il nous reste à montrer qu’il ne saurait être raisonnable de concevoir une vision programmée, programmatrice ou même simplement univoque de la réalité urbaine. En effet, les visions d’un tel cauchemar interviennent déjà ici et là dans des publicités, sous forme de clins d’oeil certes, mais dans le sens toutes d’un monde calqué sur une forme ancienne de réel, ne tenant pas compte de l’impossibilité fondamentale d’assigner réellement un sens définitif aux messages. La réalité, quant à elle, sait opérer une assignation définitive du sens, « Arrêtez-vous au stop », « Interdiction d’afficher », « Tournez à droite pour La Baule », etc., mais c’est précisément ce que nous avons montré clairement : la réalité ne recouvre pas le centième du sens qui se perçoit dans son autre antagoniste le réel. Si nous acceptons de ne pas reproduire cette confusion entre réel et réalité, très ordinaire mais également liberticide (que l’on songe aux régimes où la presse est censurée), rien de l’aspect paranoïaque d’une telle vision de cauchemar ne saurait nous interpeller, et le libre jeu herméneutique de ne devoir se clore sur des culs-de-sacs significatifs.

Pourquoi le tournant de l’époque prend-il cette forme d’un réel multiple et comme libéré des entraves de la réalité dans les arcanes de la sociabilité? Nous pensons pouvoir avancer qu’il en va de même pour les individus que pour la connaissance : la mise en réseau de celle-çi rend (relativement) obsolète le combat pour sa possession, puisque la connaissance (ou son illusion – c’est le sens de ce « relativement », la question reste en suspens, chacun voyant la réponse à l’aune de son engagement propre dans une lutte pour son acquisition) est accessible depuis le réseau, interrogeable depuis la machine qui le rend possible ou son opérateur le plus proche ; de la même façon les individus comprennent peu à peu que le type qu’ils représentent, à défaut d’être soi pleinement (ou d’être sur la pente forte de le devenir), s’étend à un standard, et qu’il devient illusoire de revendiquer pour leur moi seul une identité remarquable ; ils comprennent que l’abandon de leurs particularités à des ensembles de mêmes types rend accessible chacun à des réels plus vastes et plus à même de satisfaire la frustration de ne pas être totalement eux-mêmes comme l’on est soi-même dans la singularité. Enfin, le comprennent-ils vraiment et sont-ils à ce point frustrés de cela? Sans doute tant que l’on s’accroche à un point de vue ferme sur la conscience faudra-t-il répondre négativement, mais nous avons déjà mis en lumière le fait qu’ils étaient surtout conscients de tuyaux, c’est à dire de réalités trop grossières pour rendre compte de ce qui est perceptible réellement, et dans cette perspective plus fine de réels différentiels en chacun nous pouvons maintenant prévoir que plus le phénomène s’accentuera, plus il s’accélèrera, plus les individus accepterons de se rendre aveugle à leur soi véritable pour trouver refuge dans la typologie qui leur assurera un accès aux autres et à eux-mêmes (à ce qu’ils sont relativement à leur être profond supposé), tout comme ils acceptent déjà de s’appuyer sur leur accès au réseau pour se figurer leur accès à la connaissance qui leur échappe. Faut-il le craindre? Absolument oui, car c’est là le rêve d’une humanité pleine et entière qui s’échappe, mais le phénomène n’est-il pas déjà sur des rails depuis des lustres et son inertie trop importante pour être inversée, même si aux vues de ces perspectives de psycho-génétique que nous évoquions il n’y a pas là rien d’étonnant ni de redoutable, les sociétés ayant toujours fonctionné sur ce principe d’aliénation? Ce qui donne à cette caractéristique un jour nouveau, c’est l’avancée du yacht machinique dans le port de la tradition, et les surprises qu’il apporte dans ses soutes.

Sommes-nous pris nous-même comme happés par ce phénomène au point d’en être les parfaites victimes? Certainement, puisque nous le décrivons, et absolument pas, pour la même raison que nous produisons des textes qui se chargent de décrire à quel point nous n’en sommes pas les dupes et espérons en faire le lit de notre avantage. Ainsi depuis le cockpit de l’avion de soi survolant les masses de lumières actuelles et possibles que nous décrivons à mesure que nous les survolons, et en raison du caractère tout singulier de l’engin de pensée qui nous porte, saisissons-nous des moirures que seuls peut-être nous sommes en mesure de percevoir, et ce « nous » ici n’est pas de simple politesse, mais celui de la communauté informelle de ceux qui se donnent pour tâche de déplier l’équation de ce qui a été encrypté par le gramme de leur enfance.

Comme je l’ai dit, depuis la grammaire tout est simple et je peux déjà voir des personnages passer dans la vitre de la verrière du café historique qui accueille cette rédaction, hier Joyce, Sartre, Lacan, (Artaud disant qu’il a rencontré untel, que ce n’était pas lui qu’on en avait mis un autre), diverses têtes connues de moi, et à la réunion mondaine prochaine où il sera temps de mettre à l’application les prémisses de ce qui est décrit ici, passeront des têtes anonymes et pourtant amies, aussi bien que connues, à qui il me sera loisible, entre deux reflets de regards également étrangement familiers, de m’adresser avec la certitude de trouver dans le ton de la réponse des accents certains de refrains coutumiers, qui ne seront pas tous dûs au plaisir de se revoir simplement comme dans la vie l’on croise des amis. Et qu’ensuite, de ce profil sororal par exemple que j’aperçois, je tire la conclusion privée que là-bas où elle vit ma soeur aura eu une pensée pour moi, à cette heure où il m’apparaît ou à une autre, et que je pourrai même lui en parler, avec l’assurance de la faire rire et qu’elle me répondra « peut-être était-ce moi », et ainsi de proche en proche que s’illumine la foule de mille messages discrets à interpréter, les hommages que je rendrai aux visites qui suivront, aux vrais visages que j’aurais su voir dans ceux des inconnus, n’en seront que plus vifs, et la ville se peuple d’un aspect réellement familier, aux heures où je sors, et chacun de même son trombinoscope en tête. Quel danger pour la compagnie du téléphone, quel risque pour les autorités, si ces moires restent bien séparées des réalités qui les portent dans mon esprit aux aguets? Il y a dans ce jeu d’échos réels de la réalité un mystère peu profond qu’élucider ainsi que j’ai tenté de le faire rend visible un procédé de nature à ramifier, me semble-t-il, diverses intuitions de l’époque actuelle et de ses transformations, qu’il ne sert de rien de craindre, et sur lesquelles il deviendra peut-être, à la faveur d’un doute sans cesse poussé à l’incandescence d’y croire les évidences bouleversées, un réel plaisir de… surfer faudra-t-il dire?

La lumière et sa compréhension que nous appelons de nos voeux, cette réalisation de sphères de savoirs autonomes, qu’il sera loisible à chacun de capturer le temps d’un songe éveillé, sont peut-être à ce prix de déconnections légères de la réalité, de la compréhension que chacun n’est pas enté sur cette dernière également que tout autre, que, dans les formes d’intelligence diverses qui émaillent des parcours différents, résident des îles perfectibles d’intelligence du monde plus appropriées à en capter les fluctuations de sens, les états changeants des aspects les plus profonds. Ils seront toujours regrettables les refus des académies existantes d’accepter ces vues qui sont actuelles en se réalisant et qui se jouent des problèmes d’école à mesure qu’elles font éclater la gangue de termes qui les retiennent comme fermés. Il sera toujours temps de regretter que de ces intuitions l’on ne retienne rien, dans les cénacles, installés qui redécouvrent pourtant avec retard souvent, des pans entiers de la réalité nouvelle, qui existent depuis longtemps dans les modes d’existence de quelques uns qui ont su les voir venir : que du réel passe dans la réalité, les professeurs seront toujours les derniers à en être informés, et des avancées de se perdre, sur le compte de querelles aveugles et de luttes pour la perception de ce que l’on nomme « culture », et la tenue de son rendu dans des formes acceptables. Loin d’être le temps venu de rejeter la culture, il est peut-être celui de reconsidérer l’urgence de son accès, non pas pour en révolutionner les entrées, mais pour y tenir compte de ce qui change, et des oripeaux de ce monde engoncé dans ses soies détrempées par l’usage moribond que l’on en fait au lycée, faire naître le plein usage des possibilités qui s’avancent.
Vendredi 19 Mai 2006
Le lieu de l’enfance grammairienne

A Emmanuel Hocquard

La grammaire est un souci permanent, une attention de chaque phrase à se construire selon un ordre précis. Grammaire une préoccupation de la pensée, dans la langue à se manifester selon les règles de son déploiement. Une erreur survient, l’œil aguerri la perçoit, la main obéit à son redressement. Comment passer cela, passer sur cela, comment l’enfant scripteur pourrait-il s’en défaire ? L’enfant grammairien à l’enfance grammairienne, il lui faudrait bousculer mieux qu’une habitude, une sorte de nécessité intérieure d’intervenir quand il est temps. Grammaire : selon l’ordre qui convient. Comment disconvenir ? Je peux disconvenir sur tout, sauf sur la grammaire, sur l’ordre nécessaire de s’en tenir à ce qui va. Aller, c’est une marche qui se prolonge, où le pas appelle le pas sans buter sur des souches, des troncs couchés et des pierres. Ce qui ne va pas s’aplanit ainsi dans la correction, dans la rectification de ce qui, trop courbe ou tordu, empêche la progression. Lisser, le lissage, l’aplanissement, la résolution de la difficulté que représente un nœud soudain dans la page, et un nœud qui fait bloc, qui coupe le fil, le détermine dans le sens de l’erreur. De mauvaises circonlocutions, un égarement dans une voie close, impasse ou cul-de-sac, comme une clôture soudain qui empêche l’issue favorable. Défavorable l’erreur, errance sur des chemins sans continuité, où buissons encombrent, entravent la passage, le lent cheminement de l’œil vers le sens, l’esprit insatisfait de rester suspendu et d’attendre le dénouement de l’histoire. La suppression de l’erreur est un décrochage des branches qui retiennent l’habit de la phrase, l’écorchent. Non pas raccrocher le fil comme dans le hiatus ou la solution de continuité, mais retour à l’élément fluide qui compose le fil de l’eau du texte, et la claire navigation au long de son cours. L’anglais dit « pristine » pour cette transparence et pureté originelle, et le latin pristinus nous enseigne « d’autrefois ». Rendre l’eau claire à son destin d’autrefois, quand dans l’enfance grammairienne tout était simple comme une analyse grammaticale. Rendre l’eau claire du texte à une couleur qui évite le gris et marron du limon qui bouche toute visibilité. Embellir non pas, simplifier, clarifier, comme pour obtenir une eau simple, une eau potable pour la bouche, palais de résonance, de « raisonnance » de ce qui défile de lumière dans le texte. La lumière, toujours, cette clarté qui ne supporte pas l’opaque, le non transparent, qui fuit ce qui empêche le sens de paraître à travers. Corriger, rendre à la transparence ce qui demande à être traversé. Ce qui est opaque dedans, le gramme de la lettre, il faut le filer le long d’un fleuve navigable, où parfois le sens s’obstrue de grammes adverses ; non pas louvoyer entre les aspérités du texte, les aplanir, les lisser pour que son horizon se dégage peu à peu.
Bien, nous avançons dans cette enquête sur la grammaire dans une lieu, au sein d’un paysage fluvial et champêtre où le lit d’un fleuve nous rappelle à une exigence. Nous progressons dans un lieu, de locution en locution, et situons la difficulté dans un espace, parallèle de la page où se déploie le lettrage. Si le texte n’avait pas cette nécessité cursive il ne serait pas nécessaire de situer le lieu de sa grammaire. Qu’en serait-il d’une pensée délocalisée, a-locale, utopique ? Déjà la langue nous rappelle à l’évidence du lieu, à la page dont elle dit négativement qu’il ne peut exister cet item de « pas de lieu ». Se débarrasser de la grammaire, se débarrasser de l’ubi de tout texte, c’est l’abolir, le détruire entièrement ; et questionner la lettre, c’est opérer selon le lieu, repérer son passage dans un lieu. Demander à quitter la préoccupation de la grammaire, c’est se demander s’il y a un dehors à la localisation elle-même, un dehors à tout dehors, et c’est là une chose impossible, sauf à interdire le langage lui-même, quitte à être rejeté dans son dehors, dans l’acte, qui se situe encore quelque part. Ecriture de nulle part, il y faudrait un cri, elle ne serait que cela, interjection dans un nulle part abstrait pur. L’impureté, ici, soudain, c’est le lieu, c’est l’espace dans lequel se distribue tout texte, et la grammaire est une tentative, une tentative seulement, d’épuiser l’ubi dans le quid, une tentative toujours renouvelée d’épuiser la question du lieu, de la terminer enfin, et c’est ainsi qu’est rejetée toujours la solution à plus tard, à un texte à venir, qui, de se situer ailleurs sinon nulle part, reconduit son entreprise toujours : tendre vers cet impossible, c’est tenter de circonscrire la fuite perpétuelle du langage dans un ici qui conditionne tout maintenant, et sur cette voie la correction, rectification de toute courbure, est une solution d’avenir : le texte le plus plat emporte avec lui le moins d’espace possible, tend en entier vers un abstrait total. Non pas un texte factuel qui bute partout ses pieds dans les choses situées dans le monde, mais un texte dont l’abstraction même signe l’ubiquité, la présence partout et nulle part à la fois. Texte lumineux dont la clarté s’étend à tout objet, texte-prisme qui réfracte toute lumière, texte pulsant sa propre clôture sur lui-même comme assurant la voûte céleste, l’astre et les corps en dessous, texte total dont la venue n’est à attendre jamais, situé dans le jamais, dans le vide d’aucun temps n’en favorisant la venue, et sinon à le rechercher quelque part, ce texte comme un chiffre secret se cherche dans l’errance des fautes de grammaire, ces sorties loin du raisonnable lieu de la pensée. Jamais, c’est à dire toujours, et ce texte comme celui d’un Dieu inventé par les hommes, de n’être pas, se voit aduler comme rien, sauf par le poète peut-être, qui cherche sa trace sur le lieu confiné de son cahier d’exercices de grammaire, ce texte l’ultimité première qui lui assure le travail de longtemps, de toujours. Ainsi utopiste par vocation, dans son rêve d’épuiser tout lieu, rêve aussi commun que le plus plat des lieux communs, le poète cherche-t-il dans un ailleurs ce qui ne se trouve nulle part. Que cette recherche commence par l’épuisement ou l’abolition des lieux communs, c’est en se trompant (il le sait) qu’il se lance dans la traversée, où il devra parcourir tout l’espace disponible dans la langue pour parvenir au silence, véritable nuit où s’engloutit toute ombre, tout reflet, comme dans une absence d’espace, et où l’écho de sa voix pourra se perdre dans un cri qui sera le prolongement peut-être de celui de sa naissance, cette ouverture du parcours où s’était inaugurée la série des questions, et la quête des réponses aux voix qui l’avaient précédé, et qui sans cesse interpellent l’évidence : nous sommes ici. Et déjà à l’orée de cette quête la question de l’être avait résumé l’aventure, la question de ce qui est, se tient dans le halo de la lumière du monde. Où est le lieu ?, quel est l’être ? une seule et même question. Dans la recherche d’un être sans lieu, d’un être libéré de tout lieu, se tient la voie vers une solution durable à l’abreuvement de paroles, et sur cette voie comme le tronc mort qui retarde la progression : la grammaire ! la sérieuse livre de questions qui préside à la seule ultime : où ? Des solutions diverses, et de l’Etre de n’être situé nulle part, naît une aspiration à sortir, à quitter, à laisser là l’obsédante vérité que ce qui est se situe selon le repère des coordonnées.
Selon tous les ordres, voici que rejoint la grammaire le point d’ébullition où le dire du gramme de la lettre selon le lissage de ce qui ne posera plus de questions opère le point de résolution : l’être et la question de l’être se trouvent là où s’estompe la question dans l’évidence, dans le silence du geste qui montre, « ici, ceci », sans plus de précision possible. Et le poète achève peut-être son enquête sur la découverte qu’il aura marché le long d’un chemin pour se situer dans un figement qui lui évoque sa mort : ici ai-je vécu, cherché, écrit, dit mon lieu, ici je me tais, ayant épuisé la difficulté de dire le lieu de mon être, ici je repose mes os dans un maintenant véritable, toujours, sans plus chercher que le temps de ma mort, dans le silence de savoir la traversée vaine sur la page, une fois résolue la difficulté de situer le gramme de la lettre que j’ai mis en page, nulle part, véritablement, et là où je pense, dans le clair matin de printemps à cette table, dans l’abstraction de la question, et selon quoi il reste à dire tout dans l’ordre de l’apparition.
Ce qui apparaît, baigné de lumière, selon un temps que conditionne l’espace, voici peut-être ce qui reste à écrire, une fois le problème de la grammaire aplani.
Jeudi 25 Mai 2006
Dans sur vers et alentour

« Etre », c’est « être quelque part », c’est à dire dans, une découpe sur le fond de tout, dans un extrait, une portion. Il faut situer cela, « être où? », pour fixer la découpe, et ici nul lieu n’est précisé, être « n’importe où », emporte encore le lieu. On ne sort, de près ou de loin, jamais de cette quête pour une localisation. Une carte découpe ainsi ce qui est, et l’idée d’une carte une ontologie, idée de la situation, du lieu. La carte n’est donc pas un territoire réduit sur plan, c’est l’idée de tout départ, de toute découpe, l’idée de l’idée qui opère le langage, peut-être une notion ultime : selon l’être, où sur la carte. Carte comme le langage qui double le monde de l’idée d’un repère, et monde et langage se distinguent comme de la carte le territoire, en fonction d’une abstraction nécessaire.
La tête est dans le monde, et le monde dedans la tête. Il y a monde et monde, dedans la tête, et la tête dans le monde, parcelle totale qui monde, tautologie de la carte. L’habit de bal de la tête, cosmologie de monde et dedans, totalise l’ensemble des idées sur le monde. Comment distinguer monde et monde, comme la carte et le territoire? Les têtes alentour dans le monde, lumières sous la lumière, sont des mondes aussi. Infinis qu’il est juste de reconnaître, habits ou tenue de soirée pour le bal mondain dans le monde, pour tout bal d’ailleurs, puisque sous le soleil, sous la lampe de tout dans ce monde, dansent des têtes, sur l’axe des corps, dans de l’air. Embrassant la fiancée d’air des bras, les corps, enveloppes de mondes, dansent en mondant. Le prix d’une danse des mondes dans le monde, mondanité. Dans les mondes : chaque tête sa vision plus ou moins claire de l’enveloppe mondaine qui contient les mondes, univers en petit des têtes qui sourient dans l’espace en dansant. La densité de chaque opère la densité générale, et la hauteur des reflets sur la partition des profils. Un écart de clefs assurant la partition générale, incline le concert sur la pente du soir, chacun a sa place impeccable, généralité tirée pour le monde, et le point de vue du chef en chacun dans le concert privé en dedans, un principe de relativité, mais seulement tant que l’on perçoit les têtes dans le monde, et non chaque monde une tête dans la tête du monde. Concertante la danse des bras qui assure l’indication du moment de la partition en cours, et des paroles à chacun. Le carton coûte une clôture de la carte à la seule salle concertante. Mieux que des modes pour forcer les jointures à ne pas se chevaucher dans le monde, des strates sur l’idée générale d’une carte, abstractions différentes selon « chaque carte un monde » ? Pas même, puisque les relations y assument des continuités. Chaque monde sur une seule carte, sur l’idée du monde qui est une carte en chacun et un réel général dans la réalité, en son creux, dans ses interstices où trouve à loger chacun. Nature de monde est un principe de séparabilité, disjoncteur qui évite le mal de tête, qui peut toujours venir de l’interdiction de penser la double inclusion de la tête dans le monde et du monde dedans, et qui force l’idée de Tête éventuellement, déité héritée de l’idée d’enfance d’un Dieu, erreur reconduite dans le monde. Une seule réalité, et mondes dedans, réalité sac général dans quoi il n’est pas question de distinguer des individus non reliés aux collecteurs généraux des sacs. Généralité de tuyaux existe, et non monde général d’une tête. L’idée d’un serre-tête, séparant les tuyaux dans la tête, et la lumière, nie son immanente séparation. Séparer la tête de la réalité, et cette séparation celle du destin de tube. Les tubes reliés aux collecteurs, les têtes mondes reliées au monde par affinité de substance. Tube n’est rien de la tête, rien du monde, support éventuel – la tête flotte dans l’air entre les paroles, elle n’est que langage, et tubes n’ont pas d’oreille, mais bruitent à l’occasion. Le bruit des tubes, souvenir peut-être du fond de l’explosion ancienne qui assura la séparation des têtes de leur destin, Big Bang et invention du langage. Abstraction est la tête, et le monde dedans, tiré à part l’assemblage tube de carbone ; et abstraction n’a pas d’enveloppe, vole librement, se joue de l’air, voyage sans passer les ports du tube, peut-être. A condition que ce dernier ne soit pas le douanier, n’intervienne pas dans du monde. On n’écoute pas les tuyaux dans le concert. Destin de réparateur, oreilles sales de psychiatre peut-être écoutent, mais en règle absolue du monde l’on ne passe pas les appels de tubes. S’adressant directement à son destin de lumière, visant la tête, illumine la tête le monde. Tubes un destin de trou noir, ne rejetant que la force comme magnétique pourtant à des oreilles cassées, d’une récollection de matière insensée. Mais est-ce que tube absorbe la lumière? L’énergie mondaine éloignant les tubes des têtes, se détache un langage fait de tautologies. Cartes et territoires se disent tautologiquement les mêmes. L’ensemble du concert est une tautologie qu’il revient à la tête d’entendre, de capter, pour en estimer les points de retenue, les oreilles à l’écoute totale, de proche en lointain, de ce qui se dit du monde sur lui-même. Une haute énergie mondaine interdirait bruits et tuyaux de passer les seuils perceptibles, si des malades n’étaient pas du monde aussi. Retenues sur le fleuve de temps où se reflète la lumière des paroles, un bruissement permet la captation de ce qui empêche la tautologie de raisonner comme telle, du reste qui s’enterre dans la boue des sacs qui pèsent et émondent la tête dans une réalisation locale. Local le lieu de la boue qui freine l’arrivée dans, comme une apesanteur, l’absence de lieu où se dit la tautologie. De proche en proche une onde se marie à l’air et publie la lumière dans l’assemblée, la distribue au point d’incandescence que signifient sourires, éclats de rire et bonne humeur, légèreté généralisée. La lumière, anti-matière de tubes, se répand de tête en tête et une abstraction première apparaît à l’évidence de chacun, le lieu de la mondanité se délocalisant à une carte mondaine, que l’ensemble des noms cités, lieux et personnes, forment le lieu, et ce décollage premier une bulle dans laquelle se loge une assemblée, sans gravité, et navigue de plaisirs en plaisirs. Plaisir ici le nom de la joie spéciale d’être présent dans la lumière, proposition de la tautologie générale qui résonne, de cercle en cercle jusqu’au confins de chaque phrases, dans l’air spécial ainsi habité. Au dedans comme sur un plateau de nulle part, des lumières plus précises se détachent et dansent dans la boucle de chacun, et des bulles parcourent la salle comme des ondes et vont éclater aux quatre coins, reviennent chargées d’un nouveau sens à son tour qui etc. Dans ce bal de fiancées d’air et de regards, répercutant des marginalia de phrases vers leur destin redondant d’illumination de l’ensemble, aucune volonté particulière ne prend son empire, aucune singularité même ne tire son épingle de la pelote formant le jeu en entier, et chacun se livre entier au courant de la bulle, ensemble si l’on veut détaché de sa matérialité, et langage tout entier. Tournent les têtes dans le clair air de chambre qui retentit, et se profilent les ombres portées d’absents, qui passent comme un paysage depuis la vitre que chaque regard figure. Là, le visage est seul, comme détaché du corps, abstrait de la fenêtre qui l’encadre et décore, dans sa singularité de destin voyageur, vaisseau principal de l’être au monde. Au point de l’abstraction saisie par une tête chacun la sienne, la retenue de soi est infinie, tout ouvert sur le possible et un jeu de masques, sur la lumière desquels se reflètent des identités multiples, d’emprunt ou anciennes, qui soudain ne sont plus celles des cartes et de ceux qui les portent, qui assumé se déploie sans entrave. La délocalisation s’achève sur un nulle part qui est dans le temps compté du bal. Nulle part précisément une assemblée de têtes aérées de mondanité s’échange le fil ténu de la tautologie qui les subsume. La somme des masques d’abstraction est le lieu, que nul ne revendique, et l’air autour de se changer en kaléidoscope, jeu de palais des glaces où les sourires sont reflets de tous les autres. Il est inutile en effet par la suite de songer à ce monde faux qu’évoquent les piètres danseurs qui se soucient d’eux-mêmes plus que de la chorégraphie générale, qui ne comprennent pas le sens public qui s’illustre dans les regard ; la vérité d’un jeu de masque est dans les expressions qu’on lui fait prendre, non dans la certitude d’y voir un accessoire. Non plus que jeu futile de superficialité, c’est à chaque reflet que se démultiplient les vérités de ce qu’il évoque, et sans drame, dans le plein consentement de tous. L’artiste comme propergol, les discours, les kirs et buffets, décor de l’apesanteur. Chacun pourra refléter dessus son habit à ces réalités, les tenir pour assurées, les palper comme dans sa poche l’invitation, et les explications d’usage, pour l’honneur de tout ceci, la tenue de concert, sourires et plaire, tout ceci est convenu, l’atmosphère en dépend ; s’étonnent chaque fois d’y être présent, de rencontrer de nouveaux visages, d’engager des conversations, et de s’habituer au fait, sans conteste, que le monde brille dans l’air comme lumineux et insincère, les col empesé et les joues poudrées, les mines dans le concert de variétés. Sur les bottes de sept lieues cette utopie suspendue, le temps d’une danse louée de l’écart des poursuites, dans sur vers et alentour du monde glacé de reflet jaillissant d’ombres, marcher dans le clair air du soir, tendre l’attention vers ce qui vient, sans le rictus de rigueur, la langue armée du rouet bons mots que file une intention pacifiée, le souvenir prévenu des jours passés, d’autres identiques occasions de dire le bien qui vous anime, désarmée aussi la prévention usuelle, à part soi, et se tenir sous les lueurs qui ne prêtent qu’à s’embraser dans la bulle sonore retentissant le temps.  Poésie, danse, théâtre, opéra, art et concerts, lieux de l’être par excellence, et les beaux vêtements de présent à facettes, se réunissent des sentiments qui se comptent avant de commencer, et s’attendent les humain impatients de se pacifier encore après les applaudissements. Airs noirs, bustiers et vestes, sourires clairs légèreté éclatée, tout un monde de chair qui oublie sa misère de terre pour se dire la courtoisie du plaisir d’être ici, et maintenant.
Dimanche 28 Mai 2006
Précisions

A Philippe Beck

L’otium que suggère la vie lymphatique, sous la lampe de la table, la main palmant des figurines d’un filet de dendrites propre à les ensoleiller, est une condition nécessaire à la floraison de notices formelles, notules ou textules suffisantes à cette nécessité de se poursuivre. Dedans une facilité se fait jour à tenir attablée, au banquet de régularité qui diffuse espoir et entrain, l’aventure d’une notation continuée. Si à présent d’un dialogue invisible se nourrit la prise de force dans la stature, il ne faut pas tabler, à mon avis, sur un tarissement fatal, ni sur un surmenage contraire, tant la croisière quotidienne au bord de la piscine verrière, est un amusement permanent. Sitôt que je suis assis à écrire, je crois que la fiction que je suis est vraie, ravivée par l’effort ; et aussi loin de là que me porte le reste du jour, ce n’est jamais que vers la joie de revenir à cet état de papier où je me compte tout entier.

Il y manque encore, c’est vrai, le presse-papier d’imprimerie qui donne une belle patine aux glissades sur cellulose, de belles incrustations et émaux d’époque à agrafer aux revers de la chemise d’écritures, mais une bibliothèque proche me fournit en éclats de verre déjà et malgré la maigreur du grain que j’y trouve apte à figurer dans ces lignes encore, j’y puiserai bientôt la pâte d’un vernis suffisant pour sustenter l’appétit qui croit avec l’âge de papier. Assumant le dedans d’un habitat précaire, ce faiseur de chandelles qui se réveille ici déclare déjà le temps venu de tourner la page d’une vie d’apache, de bandit, manchot avant l’heure, et ne pas devoir s’insurger contre les singeries dont on le soupçonnerait, peut-être, d’imiter l’animal en chacun d’une main fébrile, pour obtenir des graines de tournesol à mâchonner. Non, ce qui se déploie ici est feuillage d’époque, et contre les attentes évidentes, une insistance sur des faits récurrents du dehors qui amènent un questionnement légitime, et des réponses autant de tentatives de saisir le déploiement en cours, dont les traces de loin nous informent de l’imminence, comme des archipels passés les lueurs des phares, ici René Char en 1962, exemple étonnant : « Cette part jamais fixée, en nous sommeillante, d’où jaillira DEMAIN LE MULTIPLE. » (les majuscules sont dans le texte). Le même qui plus loin s’inquiète de ce que « nous nous sommes soudain trop approchés de quelque chose dont on nous tenait à une distance mystérieusement favorable et mesurée. » « Depuis lors », ajoute-t-il, « c’est le rongement. Notre appui-tête a disparu. »
D’une part, semble-t-il, tout accessoire de la tête, serre-tête décrit plus haut, appui-tête ici – une contre-oreille dans ce poème Pour Renouer, et un reposoir ou respoir pour la volée de rouges-gorges qui trouve à s’y poser – est illusoire ; d’autre part il ne semble pas inutile de questionner, après le sommeil, la cause du réveil, et d’aller rechercher ce qui du rêve demeure comme part fixable après la révélation argentique des impressions de revenir à soi dans la lumière du jour. Demain ne cesse pas le matin venu, et ainsi que du jour qui point à chaque révolution de la terre, il ne cesse d’apporter sa lumière sur le monde. Le demain de 1962, quelle date l’emporte? On ne saurait la fixer qu’en niant le caractère de demain, dont on sait qu’il sera fait de la matière même d’aujourd’hui, augmentée d’une part qui reste à fixer. C’est que précisément, jamais fixée cette part sommeille par défaut, à moins que le réveil ne retentisse, et ce – mais le matin l’assure – aussi longtemps qu’il retentira un réveil quelque part, demain sera assuré ; enfin, pour autant qu’une main remonte le mécanisme du réveil le soir venu. Ainsi certes il faut une action mécanique pour que le marteau vienne frapper les cloches avec régularité, mais passé le jeune âge où l’on prend soin de remonter le ressort à sa place, l’usager du réveil obéit-il à un mouvement autotélique, parce qu’il apprend que demain, pour lui, en dépend. Une fois ce mouvement découvert, la mesure se prend de la distance qui le tenait caché, et il devient aussi peu mystérieux que le mouvement de l’horloge qui le porte : comment oublier de le remonter avant de s’endormir? Mais la découverte ne va pas de soi, et il y faut, c’est vrai, une attention dans les commencements. « As-tu remonté ton réveil ? » , la préoccupation touche et irrite autant à la fois, même si dans la langue, roboratif est dit d’un remontant.

Outre le sommeil, le réveil, et demain, le monde aussi existe. Le monde, non pas le petit monde de telle coterie, mais le dehors, la part du dehors en dedans, et le dedans qui contient le dehors, la tête. Tête contre le monde, que le monde contienne « des têtes » ou non, c’est l’équation fondamentale qui s’annule nécessairement par un principe osmotique : la somme des mouvements dehors égale celle de ceux dedans – et c’est pour nous alors la reconstitution de la part, jamais fixée, de la partie droite de l’équation, qui importe. Dans un premier temps, intervient l’effrayante panique de l’évidence de l’égalité des termes, puis vient le calme temps de la démonstration terme à terme, et les difficultés de la mise en forme. Non pas que le « tissu cultureux » (sic) d’une époque soit le point d’horizon de la démonstration, simplement, dans la grâce comme non alcoolique d’une société choisie, se répondent les termes avec plus d’évidence et d’élégance. C’est la question, sans doute, d’un goût pour la netteté, et la détestation du mortifère glauque qui se rencontre ailleurs. Aussi, si le monde doit disparaître, est-ce le risque éventuellement de devoir y être convoqué en tant que propergol slameur de la démonstration – un risque lointain.
Ici, dans le petit monde supportant la démonstration, la dame du Japon aux cheveux de jais, est une diva future de l’art contemporain, entre commissaire et critique, et les biennales à venir dans l’ouest ; c’est d’abord par amour de la nécessité de l’épauler que les sorties mondaines se sont multipliées. Les observations de phénomènes proches et lointains dans ce concert de rencontres, loin d’apporter casseroles et regrets, donnent à penser, et recoupent des aperçus du dehors fou de la vie déjantée. Non pas décrire une vie mondaine banalement ; décrire ce qui, dans cette vie mondaine par accident, emporte de conviction quant à l’établissement d’un nouveau régime de l’être peut-être, après dix ans de ce qu’il convient de nommer aujourd’hui feue l’esthétique relationnelle.

L’évocation de la Dame de sable au collier de perles blanches et noires qui sommeille dans les étagères, Dame enclose dans la vitrine empoussiérée, lourde de chansons et de thèmes à soulever dans la lumière, de la poussière de laquelle tirer le mouvement brownien des textes qui commenteraient son usage, témoigne du souci de ce que la civilisation qui repose entre les lignes ne se change en histrionisme culturel le temps de vider les buffets, puis meurt tout à fait dans les intervalles. Dame immortelle (qui est morte peut-être dix fois en moi déjà), elle renaît chaque fois que convoquée se glissent ses jupons sous la main précise qui la ranime. Immortelle, elle ne part que dans un sommeil plus profond chaque fois, et le murmure de la chanson qui parvient encore d’elle au-delà du meuble fermé qui forme son linceul, encourage toujours de nouveau le baiser qui la réveillera. Pourquoi est-il difficile de la tenir auprès de soi bien vivante et riante dans la danse de poussière qui vole autour d’elle, pourquoi lui conter fleurette est-il si difficile continuellement? C’est la vie qui dispose le linceul de verre autour de ses flancs, ce sont ses accidents, ses ruptures et d’autres plus lourdes convalescences encore qui en scellent le destin fermé de verre. Son « ronron ordinaire et reposant » (Isou) se perd dans le fracas des cascades d’eau glacée qui s’abattent sur la tête de temps en temps, de sorte que tout l’appui de son bras s’effondre chroniquement. Écrire la chronique de déluges qui rompent le clair chant de sa gorge importe peu, d’où l’idée d’attendre patiemment le retour chaque fois d’un printemps pour renouer avec ce bras thématique de tout thème qu’elle donne généreusement. Le regain de sa fréquentation se compte en mois, et d’ici là s’égraine des chapelets de pierres remontant des profondeurs du champ ; avant que ne pousse une fleur à son parfum frais, il faut se contenter des boites qui sont en magasin, et offrir au lecteur ce que l’on sait d’ailleurs. Il sera temps de composer d’après modèle à l’été ou à l’automne venu, mais de brusquer le bras de la Belle dans le glacis de l’hiver, il faut craindre qu’il ne rompe, et de se désespérer de ne savoir y faire alors, le moindre pas vers le papier poudré de noir. Il y a dans chaque lecteur, ancien lecteur ou lecteur à l’abandon, suffisamment de matière pour tenir un hiver, et même dans le désespoir du plus venté désert, assez d’histoires et de ressources langagières pour quelques feux de joie, en attendant le fier jour de refendre la bibliothèque en deux, une fois le vent calmé du désert. Cette misère de lecteur, encouragée par des chimies d’impatience, il faut la traverser pour savoir qu’elle n’est qu’un moment, une halte provisoire ; bientôt l’appétit reprendra de courir la ville pour de l’encre fraîche, et des pages nouvelles s’ensuivront sans peine alors, – je n’en doute pas, je reviens à peine du plus aride des déserts. Puis qu’alors, à feuilleter le jardin sous l’ombre du bras qu’elle me donnera, je trouve mille merveilles et des toners d’imprimeur, mais il n’y a qu’à se pencher pour saisir les feuilles du tapis d’or qui ornent les abords du meuble aux éclats. Parvenu à des plaines plus grasses, après le désert, la Dame « sortirait brusquement de la combe, et se poserait devant le tilleul, les bras tendus en offrande » (Tortel), si le temps était revenu.

Les textes sont des horizons, des espoirs d’être futur, autant que des pressentis, bourgeons d’être à venir, que les coups de froid rendent incertains. Leur promesse, les voeux qui y sont formulés, en font des fortune-cookies fragiles, où se lisent des possibles qu’il faudra encore songer à réaliser. Le futur qu’ils appellent est contenu en petit dans les impressions et sentiments qui les font naître, à la manière des prophéties auto-réalisantes, il se tient tout entier dans le possible qui tend vers demain.
Mardi 30 Mai 2006
De quoi est faite une parole authentique?

” Et puis je me suis dit qu’il se peut que chaque être humain vive dans un monde unique, un monde privé, un monde bien différent de ceux qu’habitent et perçoivent tous les autres êtres humains » – P. K. Dick, Comment construire un univers qui ne tombe pas en morceaux au bout de deux jours.

La course
de fond de solitude
primordiale
inscrite au programme
de la vie du dedans,
qui amène
les étapes fréquentes
vers l’étagère de sable
où respire
un air de colle à papier et
un alcool d’encre noire,
est un état précieux
qui force une retenue
dans les apparitions
au dehors,
et la pesée
précise des bulles de savon
de la bouche au buffet
après l’inondation
dopaminique de l’effort.

Course qui supporte
les pauses d’un Wolfson
au réfrigérateur,
et la tenue d’un cendrier
garni de bouffées
de concentration tendues
vers les trouvailles,
le cahier de match
sur un coin de la table,
– elle est l’aération
problématique,
respiration d’air frais
dans la touffeur
de la combustion d’encre
qui la compense avec mesure.

Le problème vient ici
de ce que,
influant sur la tenue
des nerfs qui jouent
la composition d’encre,
la lecture dénature
un propos dans la clarté
de son expression
autoclave, réduit la pression
du jet continu de vapeur
qui assure la coulée
pyroclastique sur le négatif
de la page,
entrave l’écriture d’un fardeau
de thématiques exogènes
et nuisibles
à la précipitation de cristaux
neufs.
Le volcan-bouilloire,
bardé de tuyaux de mesure
tout contre sa cheminée ainsi,
dégage mal
son principe propre
et se plie
aux exigences de la mesure,
se domestique,
s’écoule en cadence peut-être,
mais en une lave
comme déjà oublieuse
de la promesse de surprises
et nouveautés
qui faisait son extraordinaire.

Cependant, il faut
se documenter sur les travaux
du temps,
sans quoi un risque opposé apparaît,
de faire une soupe
à contre-temps
ou un plagiat
par porosité des thèmes.
L’atmosphère de thématiques
qui recueille tous les volcans,
accélérée désormais
d’une communication
globale des résultats,
fait le temps
et sa météorologie,
une idée générale
des préoccupations
qui animent les noyaux en fusion
en chaque protagoniste
dans un champ unique
animé d’une seule âme
publique.

En tant que désormais
le local
est une manifestation
fractale
de ce qui se dessine
sur le globe,
il n’emporte
peut-être plus
l’intérêt qu’autrefois il représentait
pour des individualités
de dire le chant
de leur lyre personnelle.

Il y a là un paradoxe véritable en ce que la saisie des thèmes doit se faire à l’aveugle, sans le concours de la liste de courses des parutions, et toutefois y répondre pour espérer y figurer. Comment, d’une course parallèle à ce qui se dit ici et là, rejoindre le point ou l’ensemble des points de la préoccupation générale ? La résolution de cette difficulté impose une théorie sur la façon dont chacun est relié à tous, sans le support formel d’une communauté de communiqués. Tout se passe comme si, par-delà les jeux d’épreuves adossés ensembles, références objectives des uns aux autres, un air commun baignait les participants – mais un air captable depuis quelles antennes ? C’est peut-être que, la civilisation avançant, l’uniformisation des points de vue se fait plus prégnante ; mais ce fait tout simple, connu depuis longtemps, rend-il exactement la mesure et de l’échelle du problème ? Qu’aucune peuplade reculée ne puisse désormais revendiquer une virginité face à la civilisation globale est un fait avéré sur la quasi-totalité de la surface de la Terre, mais cela suffit-il à rendre compte de la simultanéité des prises de perspectives ? Comment expliquer que la télécommunication semble s’étendre à l’intérieur des têtes quand bien même, en regard des imaginations futuristiques dans ce domaine, les outils actuels ne représentent qu’une préhistoire chaotique de bips et de bleeps ? Quel dénominateur commun d’une échelle sans mesure dans le passé peut-il être avancé pour mesurer le fait que tant de têtes ensembles accèdent à des questions communes ? Est-ce que nous redécouvrons là un phénomène ancien gommé par un siècle de voltes-faces, ou bien y a-t-il seulement une nouveauté qui demande à être pensée ? Faut-il ignorer la question encore et la rejeter dans les limbes d’un futur qui viendra bien assez tôt, où chaque tête sera branchée sur un serveur central assurant la totalité des échanges ? Peut-être vaut-il mieux tenter d’en circonscrire les détails et effets, à toutes fins utiles, pour s’en prémunir tant qu’il est temps.
Dans le monde imaginaire des enfants, il n’est pas rare de s’entendre dire la phrase suivante : ” Tu sais très bien de quoi je parle. » ; dans le monde de la production industrielle des processeurs informatiques, s’approche le temps où la réduction des échelles de grandeur ne permettra plus aux limites physiques des transistors (à partir de quelques micromètres près pour la précision de leur gravure sur les plaques de silicium qui les supportent), de maintenir une étanchéité aux électrons qui y circulent, et ainsi cette porosité forcera à inventer de nouvelles solutions pour progresser dans la puissance des calculateurs ; il est remarquable que des formes contemporaines et très répandues du langage fassent totalement l’impasse sur la définition de l’objet qu’elles décrivent (de ” c’est cool » à ” ça le fait ») ; une avancée récente de la physique sur la voie d’une théorie unifiant relativité générale et mécanique quantique suggère de reconsidérer le principe d’incertitude dans le sens d’une limite calculatoire dans la prédiction de la trajectoire précise des particules, sur le chemin intégral de leur course, et en somme de relativiser l’incertitude elle-même, en se basant sur des lois de la cryptographie selon lesquelles toute procédure de cryptage inclut toujours la possibilité de la découverte de son code (cf. par exemple les travaux de Jeffrey Bub de l’université du Maryland http://carnap.umd.edu/philphysics/bub_research.html). Se pourrait-il que soit venu le temps d’une part où l’imprécision du langage se fait telle qu’une porosité générale intervient dans les têtes quand à la précision ultime du quid ; et d’autre part où il devient possible de ” casser » tout code pour le traduire dans ce langage imprécis et flottant, désindexé du barème ancien permettant de distinguer ceci de cela, celui-ci de celui-là, et ce sans qu’aucune perte dans l’économie des énoncés ne se ressente, du fait de la localisation où se détermine toujours un sens localement à l’échelle humaine ?
C’est là un autre paradoxe, que le local subsiste sensiblement le même quand le global est aussi vrai. Mais certaines langues offrent déjà un fort support à une contextualisation floue dont l’interprétation est à la charge des locuteurs qui l’emploient. Ainsi du japonais, où pronoms personnels et déterminants sont systématiquement occultés et laissés à l’interprétation du contexte. L’on imagine les possibilités de double sens entre local et global, lorsque l’on dit par exemple ” maison de brûler ». Mais, même dans les langues fortement déterminées comme les langues latines, il existe des îlots d’incertitude lorsque nous employons la troisième personne, et ce depuis l’origine, l’amphibole et l’équivoque étant la caractéristique utile de la passion humaine de signifier, et la possibilité de toute ironie et humour.
Si nous construisons le puzzle des flottements de sens dans le langage à l’échelle de la civilisation globale, il devient possible d’imaginer que chaque énoncé, du point de vue de la globalité (toujours incomplet, mais se complétant peu à peu), soit désormais à l’échelle de la totalité aussi bien qu’à celle locale où il est prononcé. Il y aurait donc dans l’utilisation du langage, de plus en plus, une communauté de destin des énoncés, et des préoccupations qui les sous-tendent, qu’il serait possible de capter depuis n’importe quel point du globe, et dont la simultanéité serait assurée par l’instantanéité de la télécommunication. Dans cette perspective nouvelle au cœur de l’humanité, la perception de tous les producteurs de signes serait sensiblement la même, celle d’un langage universel réalisé. Peut-être, ce n’est qu’une hypothèse, le phénomène est-il sur la voie de se généraliser par les deux bouts : à l’échelle la plus globale une sorte d’onde d’énoncés parcourrait la planète au rythme que forment les holà! dans les stades ; et à l’échelle la plus locale de l’usage des langues une unification des pratiques se mettrait en place, offrant bientôt à une novlangue se disant en plusieurs langues, un assise complète. En somme, il n’y aurait plus au monde qu’un seul locuteur qui se dirait à lui même en permanence l’identité dont il se sentirait porteur, et ce dans une multitude de langues et de discours n’ayant plus qu’une seule signification d’ensemble : l’humain hoquetant tautologiquement la reconnaissance de lui-même dans le miroir qu’il se tendrait en permanence en regardant le visage de son alter ego.
Que resterait-il au poète et à l’écrivain à écrire de nouveau, sinon de belles redondances de ce qui se parle partout ailleurs ? Le pli du global sur le local, ce qui, dans la masse des énoncés locaux, ressortit au global, et une méthode pour entendre cette globalité à peine cachée, voici peut-être ce qui manque dans la bibliothèque, et une vision claire de ce qui vient dans le langage, l’usage peut-être nouveau d’une liberté sans mesure qui s’avance, de le désindexer tout à fait de son point d’ancrage dans l’ici, pour nous laisser sentir le lointain qu’il apporte comme le vent le sable du désert. La somme de grains que compte la dune est fixée, et si lointain qu’il voyage, le sable se compte au grain près ; ainsi la parole qui s’égale à elle-même, de lointain en prochain, pour figurer le beau zéro d’une égalité simple, d’écho en écho tout se dit même, et quand l’oreille est tendue vers le point d’équilibre, c’est un retour égal à ce que la bouche énonce qui retentit. Nous disons la même chose : de ma parole me revient l’écho qui la répète, traduite en d’autres langues, mais tautologiquement une et même, et ainsi de chacun. Il est possible, dans le très local confinement où se capte directement le retour de tout dire, salle close, assemblée limitée, cénacle fermé, de sentir cela parfaitement ; étendre le phénomène n’est qu’un saut quantitatif, même si la vérification prendrait un temps d’écoute infini. Vérification le nom d’un jeu de traduction d’une langue dans une autre, jeu à somme nulle, le but de tout dialogue, jusqu’à épuisement de la discorde, jusqu’à la vibration commune d’un même mot d’assentiment prononcé de conserve.
Nous sommes ordinairement très loin du niveau d’énergie où saisir les termes se joue en un instant – et c’est heureux, le sentiment de l’altérité étant nécessaire à celui de n’être pas seul, et la saisie qui nous manque du zéro parfait de toute l’équation témoigne de ce que l’humain, pour vivre en paix, doit ignorer l’échelle du plus grand pour se figurer son prochain comme un point infini où puiser un écart. Mais peut-être est-ce plutôt là une figure du dialogue qui s’étend entre soi et le monde en entier, qu’il faut fuir de percevoir, mais qui pourtant sous-tend tout, et dont l’écho, de loin en loin, fait surface pour rappeler le fait indéniable. Une perception solipsiste non pas, puisqu’à bien comprendre le fait c’est chacun qui est plongé dans le bain, chacun avec ses ombres et imaginations, dans une solitude fondamentale face au monde, aussi ultime que nécessaire, dans le dédale de sa pensée où tout se résout heureusement à l’heure venue, sans doute, dans une clôture définitive.
La vie plusieurs est, de ce point de vue dernier de la solitude ultime, une convention ; la signer engage dans le vide synaptique les paroles qui parcourent l’air, et de là une nécessaire herméneutique, science traductrice où chacun puise son content, le principe d’autrui et le respect de l’infini qu’il figure relativement dans un monde immanent. Il n’est pas interdit d’absolutiser cet infini, mais il faut alors reconnaître une transcendance, chose délicate. Infini relatif signifie qu’une clôture achevée sur un même, nécessiterait un temps infini, qui est refusé au mortel chacun.
Créer un monde, pour éviter la catastrophe de la simultanéité qui s’avance, c’est d’abord doubler le monde dans l’esprit d’autant d’items qu’il peut en concevoir, et tâcher de faire des deux ensemble, l’un dans la réalité, l’autre réel simplement, d’abord un jeu de correspondance bi-univoque, et d’observer ensuite la relation qui s’établit en se corrigeant en permanence. Où se situe le monde dans l’idée ? Peut-être dans le temps qui serait nécessaire à son dire ; mais une vie n’y suffirait pas bien sûr, et il faut ici recourir à un temps imaginaire où se déploierait cette parole. Non pas un espace imaginaire, mais un temps imaginaire, celui du dire le monde en entier. L’imagination n’ayant pas de limites, il est possible de créer autant de mondes que nécessaire dans la seconde de les concevoir. Ce n’est que là que réside l’infini, dans cette pluralité indénombrable que chacun recèle de mondes. Ce cube de mondes se dit-il tautologiquement lui aussi ? Il se conçoit autre, mais ne peut se dire que tautologiquement : le dire n’épuise pas la conception. Il faut alors saisir cela : la pensée, lumière qui se propage dans l’abstrait, se ralentit à la vitesse du son, pour se dire. Quelle déperdition, quelle lenteur de la parole !
Ainsi le son de la voix, intérieure de la lecture autant que fendant l’air, est-il le véhicule de la pensée de ce qui se dit, véhicule lent dont la cloche retentit pourtant partout, de loin en loin, sur les surfaces de la réalité. Il n’y a rien d’étonnant à ce que chaque scripteur, chaque locuteur puisse capter cette vibration, étant chacun au monde une paire d’yeux et d’oreilles, et à l’heure de l’affichage simultané, rien d’étonnant à ce que les nouvelles se propagent dans l’immédiat.
Certes, la forme importe, c’est à dire le souci de la propagation, de la vitesse et de l’impact des nouvelles. Mais il faut préciser que la matière importe autant que son information, que sa mise en forme. La forme, le nombre de grains sur l’épis dans le champ de maïs général, signe son usage futur, farine ou salade, crackers ou pops-corn. Ce qui est enclos dedans dit la densité ou le relâché du monde qui l’exprime, sa teneur en résonances subtiles, ou le grossier de l’étoffe, c’est à dire exactement le quid, ce dont est faite la matière. En avançant que la conservation de l’énergie s’étend à la parole – qu’elle se dit tautologiquement, et que le calcul de la résonance ne dit que la provenance, en même temps que de respecter une loi fondamentale de l’univers, nous insistons sur le fait que les particules de lumière, pensée pure, qui trouvent là à se dégrader en matière, sont les mêmes partout, parcelles de mondes privés qui se combinent à de l’air pour former des bulles particulières qui indiquent une position dans un espace et un temps réels, mais ne rendent pas justice de la force des imaginations qui les inspirent, de la vitesse qui les trace dans l’abstrait de la pensée. L’idée d’une grammaire ou d’une logique comparative permet peut-être de rétablir la captation de la lumière qui s’exprime dans le lent véhicule d’air qu’elle emprunte pour se dire. Typologie du probable, intégrant la notion de l’indécidable, elle serait une idée de tous les possibles réunis en un point dont on soustrairait le connu pour ne laisser figurer que ce qui recèle d’incompréhensible : cette part mystérieuse qui est comme la saisie corrigée du rayonnement qui nous parvient des astres, et qui en donne une idée de la composition et de l’environnement tout entier.
Ainsi de quoi est-elle faite la parole authentique ? De ce qui demeure incompréhensible une fois retranché tout le connu qui s’y manifeste. Cette part, si infime soit-elle, recueille à elle seule l’idée du lieu véritable, son idiosyncrasie propre. Le reste, part multiple n’appartenant qu’à la multitude, ne serait que déchet, bruit dans le monde d’écho des mêmes. Mais une part authentique existe-t-elle seulement à l’heure de la grande simplification du langage ? Que reste-t-il d’authentique lorsque tous les poètes ont l’oreille rivée aux collecteurs d’électrons que constituent les écrans comme les tubes et tuyaux des corps que chacun partage avec l’espèce entière ? Que reste-t-il à lire, quand le champ entier de clones se fleurit, absorbant le même reflet d’époque ravagée de misère, le même air délétère d’impressions particulières qui n’emporte plus avec soi la lumière singulière d’un monde singulier qui compterait seul ses éclats de mystères, ses irréductibles d’atmosphère ?
Mercredi 31 Mai 2006
Voyage immobile

La préoccupation de la discontinuité qui maille la vie trépidante et moderne faite d’interruptions est celle d’une continuation impossible, de la rupture dans les liens que provoque et procure le déplacement parallèle le long de la voie de chemin de fer que forment les machines à boutons. La procure dit le sens de cette nécessité de couper les fils périodiquement, par impossible de tenir ensemble tous les éléments, de la maison au bureau, de la ville à la scène. Discontinuité le sens d’un continuum ressaisi de ces ruptures, il trace des parallèles comme pour l’établissement du moyen de transport qu’il emprunte, des pistes multiples où se cherche un lieu, souvenir de la vie simple dans l’unicité d’un lieu originel. Par un effet d’optique, effet de la vitesse du déplacement, le clocher, la mairie et la grand rue se dédoublent et l’esprit cherche la mesure des distances parallèles entre ici et là, mesure des distances par science spéciale des rapports pythagoriciens sur son support unique d’axones monomanes. Si l’esprit était double, il serait facile d’établir deux cartes, ou cinq s’il était quintuple ; mais il est un et seul face à la multiplication des lieux physiques, et teste des rapporteurs en vue de l’établissement d’une trigonométrie unique de la topographie. Souvenir du monde de l’enfance où tout lieu était sur une carte en perpétuelle expansion, le bricolage topographique de la vie scindée de voyages le long des chemins parallèles est prise en compte de la discontinuité, mais en tant qu’elle doit, par nécessité de continuité, se dire le long d’une temporalité vécue intégralement. Parce que l’on ne dort pas dans le transport, l’on cherche à lier l’ici et l’ailleurs sur une échelle unique où le lieu n’est qu’un moment du différentiel temporel de la situation entre plusieurs lieux. Mais c’est parce qu’il est rapporté sur un territoire que le différentiel échoue à intégrer le hiatus temporel au sein d’un paysage unique. L’on croit parcourir un territoire, quand peut-être il n’y a déjà plus de territoire à parcourir, qui ne soit déjà un ici permanent. Souvenir du temps de la prospérité où la promenade en automobile constituait une libération provisoire, le voyage n’est peut-être plus aussi nécessaire aujourd’hui qu’il le fut antérieurement, parce que désormais tout lieu se lit relativement à la carte urbaine générale où le clocher se translate de bloc en bloc au besoin de la situation. La translation, comme une traduction au coeur du paysage, assure une unité de lieu partout sur le globe bientôt, et une science des atlas devient souhaitable. C’est que, de plus en plus, le paysage ne varie plus que par les visages qui le parcourent, donnant à n’importe quelle place la possibilité de se changer en place de la mairie, à n’importe quel clocher de se transformer en cathédrale, et à la rue moyenne des villes d’être la grand rue de la ville comprise comme généralité. Qu’est-ce qui varie localement pour permettre ces métamorphoses des lieux? Pour le découvrir il est peut-être utile de se demander ce que l’on cherche dans le voyage. Est-ce un dépaysement? Quand le paysage s’uniformise, le dépaysement recherché dans le lieu devient une illusion, profitable peut-être à l’industrie du voyage, mais pas à l’absolu d’une recherche d’ailleurs. D’une manière générale, il semble que la recherche d’un absolu quel qu’il soit fuie l’illusion comme solution viable. Ce que l’on recherche dans le voyage, est-ce soi-même alors, ou bien un autre soi-même? A se chercher dans un lieu, il est probable que l’on ne découvre que l’ombre de soi sur des monuments – une autre illusion qui est d’ailleurs bien relevée dans l’idée que l’on s’emporte avec soi-même dans le voyage. Dans la condition moderne du voyage le long des parallèles des voies de transport, c’est autrui que l’on cherche à rencontrer, lui qui, n’ayant pas le don d’ubiquité, doit se trouver où il réside. Mais l’humain habite peu le lieu, beaucoup moins le lieu réel que le lieu imaginaire de sa pensée, de sa préoccupation. Lieu qui n’a pas d’étendue, abstrait, il se compte dans le temps de la pensée, de sorte que finalement l’humain se trouve habiter un temps, une durée, beaucoup plus qu’un espace. Ainsi chacun marche-t-il désormais le long d’une rue unique, grand rue de la ville qui tend à occuper toujours plus d’espace, dans une temporalité qui lui est propre, faite d’accélérations subites dans le futur proche et probable, et de stations plus ou moins longues dans le souvenir. Certes, il n’est pas possible de réduire le lieu à un seul point d’abstraction, d’abord parce que le corps occupe un certain espace incompressible, et parce que la marche est une des conditions primordiales de la vie humaine. Cependant l’esprit, machine molle et temporelle qui calcule des équivalences, cherche à lier le lieu du voyage à un autre lieu, situé dans le temps du souvenir, pour se jouer de la discontinuité, qui lui est insupportable comme un échec à créer des équivalences. Mais le lieu présent est-il situé autre part que dans le futur proche qui le rendra au souvenir? Il se pourrait que tout voyage soit un voyage dans le temps, bien mieux qu’un parcours dans l’espace, et ce fait pourrait être fortement aggravé par le fait que le lieu du séjour humain se fait tout un dans la condition moderne de l’urbanisation à grande échelle. Dans cette perspective, l’établissement de rapports entre ici et là se transforme en celui d’un maintenant et d’un avant ou d’un après, et l’appréhension de la discontinuité un sens du glissement le long de l’axe de temps imaginaire que forme chacun dans le nulle part de sa pensée. La conséquence immédiate de ceci est qu’il devient inutile – peut-être l’a-t-il toujours été, de parcourir du territoire, puisque de n’importe quel lieu il est possible de voir passer, marchant, tout un monde de temporalités variées, que figure la visagéité d’autrui, et qui illustre la discontinuité bien mieux que tous les parallèles imaginables entre des lieux physiques. C’est ainsi que chaque lieu, à mesure qu’y déambulent des humains, peut se changer en tout autre, tandis que des lieux variés peuvent se ressembler à s’y méprendre, étant peuplés des mêmes : la discontinuité véritable réside dans le temps bien mieux que dans l’espace, temps imaginaire dont chacun pare son visage comme un reflet intérieur du lieu inétendu de sa pensée.
Lundi 05 Juin 2006
Un seul regard est tous les mondes

” Le temps réel est ce temps
” dont l’épaisseur ne se mesure pas
” la règle est
” de regarder devant soi
Jean-Marie Gleize, Non,

” Tout ce qu’un monde pourrait être, quoi que ce soit
” est, quelque part, en quelque façon.
” plénitude des possibles, consistance.
” n’importe quelle tête parlante, la mienne,
” par exemple, contiguë à mon corps
Jacques Roubaud, La pluralité des mondes de Lewis

(Un texte faible)
L’espace de solitude, qui se dégage de la lutte serrée, instaure la danse, qui seule demeure au pouvoir du lutteur, quand son contre se retire. L’amitié résiduelle et naissante laisse un espoir pour demain, tandis que s’inaugure le pas de danse, et le silence parmi les spectateurs, dans une attente inquiète de ce qui suivra. Sur le point de s’élancer, un flottement serre le coeur et la lourde démarche s’immobilise d’une concertation éclair dans le geste du lutteur. Va-t-il tomber? L’interrogation parcourt la salle dans un frémissement de flanelle, puis un geste se détache sur fond d’hésitation, puis un deuxième, et le mouvement qui naît de leur enchaînement. Bientôt dans le devoir de prolonger l’extase naissante, le mouvement d’arrière en avant prend une inertie de ne pas résister au poids de l’inertie contraire, et le noir s’intensifie dans l’espace intermédiaire, monde à peupler de trouvailles et acrobaties, qu’arbitre un public et le temps donné de la chorégraphie, le lieu formel où se produit le lutteur, reconverti en danseur, seul devant les paires, aux aguets, de regards acérés qui s’élèvent sur le fond de rideau cachant coulisses et armatures de fer. Ainsi demain, hier reconverti, se présente-t-il devant le regard, aussi clair qu’un matin, et se dira son épaisseur de toujours ici et demain, toujours, dans le mouvement recontinué de pourchasser son ombre, toujours la même mais quoi! Un baratin du possible, la notation du différend qui s’éveille de se reporter autre sur la planche de présent, et la fuite continuelle : demain! Une sourde nécessité de poursuivre, et la tristesse qui gagne un peu, se maturent dans le coin où habiter à présent seul dans son univers.

La reprise du thème des mondes, invisibles, parmi le monde que figurent les visages alentour, par impossible de fracturer le dernier mot, d’épuiser le dialogue tout entier dans un fracas de rire, inonde la perspective jusqu’à l’obstruction, et oblige une prouesse de tenir ensemble tous ces divers séparés, dans une saisie unique de fragments, que seuls certains soirs de pleine lumière proposent, et le reste du temps, dans le silence de ne pas voir, plonge dans le doute où se résume le point de vue que tout ceci est peut-être inutile et illusoire. Il s’agit, on l’aura compris, d’autre chose que du débat contemporain sur les mondes possibles, débat trop difficile encore, entre Armstrong et Lewis, dans une tentative spontanée d’en garder des deux le meilleur : un anti-réalisme fictionnel mêlé, si cela est possible, de la vue que la fiction est elle-même réelle, une aberration métaphysique peut-être bien.
A quoi servirait-il de peupler le temps de mondanités, d’élever à n puissance ce qui se donne simplement? Si ces réels n’étaient pas visitables, la tenue du carnet de compte des parallèles serait une vanité, pur jeu d’esprit vide de contenu. Mais la fenêtre du regard en chacun promet l’aperçu possible, la visite des aspects partageables dans une solution de langage, et de belles illuminations sur ce qui forme le fond de l’être en ces occurrences, le lieu où le dire se dirige.
Principalement un patchwork de sentimentalités bigarrées, voici ce qui se dit en chacun de prime abord, et comme il est peu probable de trouver d’emblée la clé de ce puzzle, il faut louvoyer parmi les ancres matérielles qui tiennent sombrées barques et voiliers sous les eaux troubles relations, avant peut-être le miracle cosmologie et vision profonde dans le noir inquiétant des espaces sans borne de l’imagination. Chaque sablier ambulant, double cône de lumière, et qui s’ignore tel, se dégrade dans un mode dépendant de l’organicité qui le supporte, et des considérations secondes de préséance sur le barème général empêchent l’irruption dans la clairière, où le dégagement impose de lever le regard vers le ciel vide, dont l’immensité est si bien à peupler que la majorité préfère se tenir à son magma informe de sentiments, plutôt que de résoudre l’équation de sa présence immanente dans le cercle fermé de la collecte générale, assurant le barème, des tuyaux de carbone qui l’organisent. S’égarent une énergie de peupler, des joutes opérant ailleurs que sur la voie de la multiplication salutaire des points de vue. L’ennui naît de cet impossible à formuler le fini du temps dans le nulle part extensible de la pure imagination, et aussi de réaliser le style de relations qui s’annoncent doucement collées au sol ferme de néant qu’illustre un monde de relatifs, l’absolu manquant, cette poursuite jusqu’au final artifice de peut-être.
Avant, après, et le pendant qui importe, plateau changeant qui vacille en permanence sur ses gonds de présent, importe dans le temps qu’il retient de s’écrire, de se glisser dans la poche du veston de futur qui habille la silhouette. Fugitive silhouette qui passe en permanence, sans rien laisser d’elle qu’une pelure que les années tournent en oripeau. La peau, dans l’individu, voûte d’un planétarium contre lequel se crashent les vaisseaux des phrases venus de l’espace véritable interstellaire, comme l’on dit internationale d’une entreprise d’import-export, entreprise qui des lèvres règle l’échange dans de l’air ; la peau contient les items de tout monde – mais il se pourrait que l’univers n’ait pas de peau, et comment le rejoindre dans cet apparat plastique qui nous colle, sinon par l’esprit qui non plus n’en a pas? Il faut, pour apprêter l’esprit au voyage, tendre des axes aux quatre coins du corps, l’y amarrer mais d’un leash assez souple pour supporter les accoups, et danser la marionnette qui est soi et qui pleure dedans, quand, inanimée dans le stand, elle pend au clou d’être rangée dans son âge. Un voyage immobile amarré au pendant, des provisions de phosphore pour la transcription des étapes, le soir, au bivouac de coton où l’on s’endort rompu, mais content, un voyage différé de tout ce que retient la mémoire, et compensé dans son immobile d’une belle écriture noire biffant le blanc étendu qui attend la signature au livre d’or grammairien.
Les mondes ne sont pas d’effroi – chaque tête un monde, mais leur diversité impose de peser ses appuis, de lisser les mouvements ; que la danse soit ronde, le sourire charmant, et ils viennent à vous, de leur virginité de dire l’éclat et les ombres en retour, il faut bien écouter les pantins qui les vivent, bipèdes sabliers hâbleurs et fanfarons, et se compter parmi les figurants, toujours dans l’apesanteur de l’instant, et laisser imagination, intelligence et entendement, reconstituer les pièces du puzzle géant. Monde vrais, la simulation que l’esprit en construit, négativement, sous le bâtonnier de cohérence qui les refend, les frôle en surprenant leurs couleurs au tournant d’une phrase, dans sable qui perle au travers des dents. Tous ensemble la lumière de ce temps, capturer les photons qui éclatent en s’en échappant, ne pas craindre même l’éblouissement : tendre un filet apaisé, le regard amusé de les trouver si étranges et tordus, si lisses et lassants. Voguer sur l’océan des visages, tendre la main secourable de la rencontre au tournant, visiter en ces mondes, les habitants.
Mondes parlants comme films Technicolor&Dolby, mixés au souvenir, ballons d’une compréhension cursive qui roule sur la plage de présent qui les manifeste, mondes compénétrés du dialogue qui sème autant que le gemme translucide de l’accord, des grains de discorde ; batailles de mondes où les cartes sont battues en tout sens, dont le gain de la passe n’est, l’une après l’autre, qu’une nouvelle phrase plongeant ses racines dans la terre dont ils se composent, terre noble habillée d’une flore d’idées vagues et précises, et arpenter les forêts qui les peuplent ainsi, y chercher sans relâche une lave éteinte ou vivante, la ranimer dans le regard, étudier des compositions, paysages d’exploration, détecter des climats et résoudre de l’âge des fossiles la question. Autrui, qui s’égale à la somme de son dire et des mines qu’il nous montre, en entier le mystère le plus profond, et les nota bene qui émargent sa fréquentation, l’infini où chercher de la pluralité des mondes la preuve la plus claire, dans le soir d’une rencontre, et soi-même comme autrui le prouvé en chaque occasion. En regard de cette inépuisable richesse, l’univers qui la contient, avec ses lois irréfragables, paraît un désert. L’idée du désert en chacun, sa cosmologie privée, comme un bruit qui baigne la parole, est l’objet de la preuve. Milliards de mondes ; un seul regard le monde.

Le sablier en son point de fusion,
bipède déambulant,
actualisant le cône de lumières
futures qu’il emporte
tend vers le présent calmement chaque particule
dont il se constitue ;
ce faisant dans de l’air
et sa langue le point
opérante aiguille
de la fusion de deux mondes
passé, futur
et le relatif insitué présent
transition plateau passant
un fil d’air
filet recueillant
des grains de lumière
explorant de sa quête
mentale corrélations
des mondes dans la rémanence
physique de leur créations imaginaires,
dans le temps nul
de la pensée, vitesse
la plus rapide atteinte par l’homme,
poursuivant la lumière
– vitesse pure, qui est la plus grande
en ce monde.
Vitesse – un concept.
Le meilleur –, un absolu.
La somme des, l’infini.
Une infinité de.

La Réalité,
contient tout ceci,
et elle ne pourrait
sans ce monde,
excédé, excité
de tous les autres,
qui ne sont pourtant
pas moins vrais.
Le langage,
entité entièrement rationnelle
le dernier et le premier
quel qu’il soit
le même qui se vit.
Le vécu, le mal éventuel
qu’il contient, comme chauffe
de l’esprit, abîme
la perception du monde,
des mondes peut-être,
d’images de lumière physique,
pluie de lumière réelle,
particules en ondes,
frémissantes comme sable
où l’écume le rejoint.
Lenteur, l’image dégrade
la pensée, tourne l’esprit
vers son lieu, absorbe
de la matière, l’autre
de la vitesse pure.
La ligne fractale
nette, où se brise l’imaginaire,
mauvais support pour l’imagination.
Courbure droite de toute chose,
la vitesse n’image pas,
et la grammaire suit peut-être cela
dans la course de l’esprit pour l’atteindre.
Dans les sentiments,
l’image ce mal contingent,
comme le milieu de matière
qu’il révèle aux sens
est à fuir.

L’inflation des mondes ne dépend
que du regard qui transmet
à l’esprit le matériau
de leur teneur.
Un seul regard est tous les mondes
qui tourne les pages de leur pluralité,
une connaissance livresque
commune autre parcellaire ;
une conception
qui déploie sa vérité
dans un dire,
une vue,
comme une double vue
pour tout ce qui se perçoit
fragmentairement.
Là, tout se sait par soi,
sans intuition, se lit
comme une planche ancienne
et neuve, irisée
comme le vitrail de l’enfer
paradis dangereux où,
proche toute chose,
blanche écriture du Monde
peut-être, une même pluralité,
le plus commun des mondes,
simple comme un ciel
sous le soleil, baigne.
La rémanence en chaque occurrence,
fade d’écho se dissolvant,
dont l’horizon est le regard,
la toile qui enclot
le papillon de son halo,
le regard le suivant,
et l’oreille son aile,
le battement le parcourant,
choeur musical ondoyant où,
” enveloppés dans l’atmosphère terrestre »,
dans le ” son de grotte vide »,
vaisseau de lumière dispensé
pour nous dans le silence
de l’espace en infinition,
se découvre la conception.
Mercredi 07 Juin 2006
De l’avenir embarqué dans du présent

L’embarquement sur le vaisseau général, monde général dont chaque moment est une facette comme d’un cristal taillé, dont chaque parcours spatial est un regard sou le feu d’un projecteur braqué sur un coin de la scène, l’histoire et le temps son milieu principal – ce qu’il faut rejoindre avant le commencement. Une course a lieu, de la situation reculée ou en arrière du présent embarqué, jusqu’à l’actuel, course qui se court seul contre tout, et dont dépend l’embarcation. Puis rejoint la passerelle, le bond de bord à bord, et le néant dessous comme un frisson. Embarqués ceux qui se comptent et réjouissent de ce qui vient et qu’ils applaudiront sur le pont au loisir de la création, dont la conscience n’est que cela, se compter continuellement. Le spectacle qui s’annonce en permanence, s’appuie sur demain, le beau dimanche de rivaliser d’équilibre dans la composition, l’adresse à tous comme l’échelle où monter donne la vision et le pressentiment de ce qui sera partout débarqué pour des masses, une fois le jour de la nouveauté passé. Pas de communauté, la cadence de fond – les pas de la communauté s’en figurant une du dehors – et des pas comme au Passo Doble, à respecter pour figurer à l’estrade sous les applaudissements, lorsque les regards se font souriants, d’être dans le secret du pas de.
Il ne s’agit pas d’un spectacle ordinaire, il n’y a là ni caméra ni rire enregistré ; le chauffeur de la salle, public en entier, excitation pour les trouvailles qui se montrent comme au garde-robe un habit neuf, n’a pas de bras ni de micro, il est la nouveauté même qui apparaît dans la lumière, qui corrobore la pensée de chacun, la prouve et apporte au puzzle une pièce capitale, une facette nouvelle. La tête capitaine qui s’exprime n’a pas non plus le monopole collégial de changer d’épaule à chaque apparition, ce n’est pas un concours où un candidat remplace un autre dans une course pour la place de tête ; elle est la multitude qui choisit un représentant pour exprimer un résultat, une avancée dans l’ensemble qui se crée du concert pour tous que produit l’exposition permanente des arguments. L’on peut toujours décrire une compétition d’intérêts où les sourires cacheraient des lames et l’ambiance ne serait qu’un voile pudiquement peint d’un beau fixe d’illusion – la compétition ignore le mouvement de l’ensemble, elle n’est qu’une vue basse qui oublie le destin de vaisseau qui soude les rivaux. Rivalité suppose l’honneur d’être convié au tournoi ; compétition supporte un sport et des privautés qui n’ont pas cours sur scène, car l’entraîneur le futur s’adresse à tous, et il parle de l’époque exactement ; il est l’époque même, ce qui filtre de commune idée dans le broc du matériel disponible.
Ainsi personne aujourd’hui n’aurait pour seul moteur son authentique particularité, pour s’adresser au public dans les lieux consacrés, et peindre des privautés, hormis peut-être les peintres d’un autre dimanche, amateurs qui ne capturent pas assez de la lumière diffuse et éparse pour se charger d’en transmettre les reflets un peu à la toile de leur vision. Le propos de l’art est public, il irradie chaque oeuvre forte, s’adresse en chacun au radar de l’époque qu’il porte par dessus sa tête propre comme un parapluie d’envergure ; comme un préau commun à tous mais que chacun emporterait avec soi, généralité née de la publicité des débats. C’est ainsi que le propos s’hétérhentifie, abandonne toute patine lyrique illisible pour la sacrifier à la publicité qui commandite la recherche. D’où vient ce caractère public, qui ne supporte plus le particulier d’un regard lyrique? De la porosité des têtes, de l’impossible d’une course dans le milieu confiné de la chambre privée, de ce que le sens qui s’avance, objet de l’émulation, relève du commun des préoccupations. Comme un seul le champ où un artiste creuse sa terre, une seule terre dont la préoccupation incombe à tous. Aussi peut-être ne faut-t-il pas saisir le sens de l’urgence de la préoccupation pour être encore lyrique. C’est à dire aujourd’hui verser dans une erreur, dont l’impossible retour signe l’heureuse fuite vers ce que demain prépare, et les angoisses qui poussent sa description précise dans l’urgence de l’éviter, ou mieux dans la tentative de le circonscrire avant qu’il ne déborde toute liberté.

Désormais un, le périscope de l’embarcation scrute-t-il un flot calme sous lequel une lame de fond emporte le possible vers une réalisation terrible, où l’humain est peut-être dévasté. Qu’est-ce qui vient? Penché pour mieux capter le chant des sirènes de l’utopie possible, tendu vers la recherche des voies de passages entre les monstres destructeurs que le futur offre au regard dans une proximité effrayante, l’effort des têtes de l’art pour proposer un frein à l’inéluctable, pour endiguer le certain et prévenir le pire, pour vite ouvrir des alternatives à la catastrophe retentissante qui s’annonce, dont le grondement précurseur gagne partout. La question au tableau de l’art n’est peut-être pas tant ce qui vient, ici, mais par quels moyens précis s’en capturent les prémisses. Dans un monde d’ondes, pluie de lumière ou de cordes, quelle antenne capte le présent, de quel dispositif bénéficie l’embarcation, naissant de la course de chacun pour attraper la pointe du présent, pour une saisie des enjeux et des formes qui se dégagent de la masse de ce qui est mis en commun, quand tout est versé au pot du commun? De la course d’abord, de sa lancée contre le présent, de son esprit, de l’élan qu’elle lui procure, de la sonde dans l’existant sous ses formes éparses qu’elle jette dedans, c’est ensuite de la dissertation générale qu’elle puise les visions qui la portent sur la scène où elle déploie le sens de son pressentiment. Dissertation générale, qui est faite de la somme des thèmes en présence, créant un mouvement qui porte vers l’avant. Le réservoir des thèmes est celui d’une communauté qui existe sous la lumière, déjà et toujours, comme le fond de public qui l’asserte en le répétant à l’entracte : les thèmes sont là, donnés à qui veut les entendre, s’exposent publiquement à la lecture simple du programme. Mais mieux que l’idée d’un air commun baignant l’ensemble, mieux que cette idée d’un fluide, comment décrire la captation? Sur le fond de la tautologie globale qui s’économise au coeur de l’habitat humain, roulant comme une grosse pierre à travers tout le champ, chacun aurait en partage l’écho à l’identique de la situation, du grondement total de l’ébranlement, contre quoi il lancerait l’énergie de sa course primordiale à l’assaut d’une définition juste, d’une solution emportant la conviction, d’un mime valide le temps qu’un autre en propose un meilleur dans la définition suivante.
Ainsi les thèmes de l’utopie et du possible parcourent-ils l’art après la promesse publicitaire d’un futur de proximité où la réalité prendrait des formes plus souples. Mais le genre de trentaine qui s’illustre à la ville, au buffet, dans le public face à la scène, est réaliste par défaut, peut-être de ne pas savoir tremper son cours dans l’abstrait d’une vision qui lui rendrait compte du flottement dans la perception du monde qui l’environne. Dressée à ne plus écouter son rêve, depuis longtemps, elle le rejette dès qu’il se pointe entre les pintes, et les conversations roulent sur un monde d’objets, dans le braillement des nourrissons aux yeux tirés autant que ceux de leur parents. Vêtue de kaki, la couleur de la rue où son regard s’élève péniblement à quelque considération de bagnole, tout au plus, cette trentaine est contrée, dans les salles d’exposition, par des oeuvres appelant un nulle part autre et aspirant au décollage déjà. Exemple saisissant, la vidéo de Philippe Parreno où des enfants manifestent avec banderoles au slogan de ” No more reality » (vidéo prêtée par le FRAC de Lorraine pour l’exposition L’Ambassade des Possibles à la galerie 40mcube à Rennes du 3 juin au 29 juillet 2006). Comme si la promesse était à porter sur les épaules de ces enfants des cafés aux yeux déjà fatigués des écrans. Cependant il y a déjà ce flottement que nous avons décrit où le langage semble avoir pris les devants, comme une économie devance les pratiques de ses acteurs. No more reality est le programme de ce qui vient, pour tous, à échéance plus ou moins brève, et c’est encore depuis l’embarcation que cela montre la plus forte évidence, depuis ce point de présent où scrutant le possible en tous sens, se rejoint le futur à grand renfort d’imagination, avant qu’une autre idée ne surgisse, débarquant l’ancienne pour la rue où une autre vie lui sera faite, dont on ne sait rien, sinon cette provenance.

La difficulté dans la pointe de présent, de la décrire, réside dans la masse d’actuel qu’elle emporte avec elle, obstruant la lecture qu’il est possible d’en faire. Aucun jour actuel n’est demain dans le présent, aucune heure ne tient la suivante avec elle dans un doublement qui la rendrait vide. Il faut la patience, une fois advenu le pressentiment, de laisser tendre demain vers un actuel fraîchement réalisé. Comme il est impossible de tenir plusieurs demains dans le mouchoir de présent où se donne à lire la prémisse de l’avenir, une fois déplié ce qui est contenu dans ce jour, il faut attendre qu’il se déploie encore pleinement avec toutes ses surprises ; l’imprévisible, comme la somme d’événements qui en masquent la vue dans le miroir du passé, faisant foi comme un cachet des postes. No more reality pour demain signifierait cependant sa dissolution complète dans l’aujourd’hui ou ceci se fait déjà sentir, un appel des possible dans le champ du réel, une inflation du virtuel qui incomberait à demain si compte n’était tenu de ce que les possibles tendent vers une actualité sans cesse plus proche et tangible, plus marquée aux tournants de ce qui se déroule selon le plan d’aujourd’hui. No more reality, c’est maintenant, la disparition relative de la réalité dans un abandon de ce qui en forgeait les coins indiscutables. Réduction des têtes, des distances, annihilation des diversités dans le décor et les aspirations, simultanéité des échanges, et hors trucage scientiste à effet spécial, explosion de la sphère des probables, l’humain laissé soudain seul, quand le substrat de son corps se retire de sa singularité propre, avec son imagination et la créativité qu’il lui reste, d’actualiser des virtuels aux contenus soudain tout immatériels. Le présent explose dans une sorte de bulle encore vide où le possible enfle, de saisir son besoin normalisé au point qu’il oublie enfin la nécessité pour se tourner vers le souci de son peuplement de monde aboli de réalité, et à grande échelle les bulles se rejoignent dans la préoccupation totale et décollent du socle de matérialité qui les avait vues naître, embarcation pour un peu plus qu’aujourd’hui, et un peu moins que demain.
Vendredi 09 Juin 2006
Optique de l’imagination

Anything at any distance at all is to be included.
David K. Lewis, On the plurality of worlds

La machine de l’imagination, non machinique, machine molle à l’épaisseur nulle et qui peuple les mondes, est allumée sans arrêt, nourrie de tout ce qui se présente sous forme énonciatrice, pour fournir un calque négatif de phosphore, ou décalque fixant l’ensemble de ce que ne met pas en lumière particulièrement un énoncé. Elle travaille à la construction du monde dont il lui signifie l’extrême pointe de présent au moment de son apparition. Un énoncé paraît, fend l’air dans son épaisseur de permanence ou s’imprime à mesure que l’oeil le découvre, l’échafaudage de son contre théorique imaginatif s’enclenche sur le socle de monde actuel qui l’accueille, et monte une baraque, comme un mensonge qu’elle soumettra au critère de sa tenue dans la bourrasque contradictoire de son évaluation, quitte à raser des pans entiers pour lourde méprise dans la simulation, jusqu’au satisfecit de la soumission prochaine d’une précision, d’une autre feuille de plan abandonnée par le locuteur dans une énonciation suivante. C’est la machine la plus rapide, et son calcul intégral des trajectoires de ses objets, la réactivité de son inclusive force de saisir, n’ont pas de temporalité, comme un absolu immédiat qui se propage plus vite que le laps observable que nécessite son travail. Machine, elle fonctionne dans l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes peut-être, sans que sa localisation ne soit bien établie, sur une surface de subbuteo tout au plus ; en tant qu’elle est la force productrice la plus importante que le vivant ait su créer, l’incommensurable de son imagerie avec tout ce qui est produit par ailleurs, est flagrant. Elle ne contient peut-être aucune image du monde commun qui est donné comme son substrat naturel, mais autant de décalques qu’elle a eu à se soumettre d’énoncés :
un monde entier
–  l’énoncé qui en a rendu le peuplement possible.
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Un monde pour l’imagination

En tant que chaque occurrence est reprise dans une justification du rapport démographique qu’elle offre à la vue par la poursuite de l’énonciation qui la provoqua, en tant qu’elle convoque ses propres images dans une activité autogène qui se spécialise plutôt ludiquement dans l’exercice de peuplement de mondes fictifs, elle est non bornée, finie par la seule dégénérescence de ses circuits capillaires. Ses images ne sont pas des images physiques, comme la continuité de clichés que capture la chambre de l’oeil, mais masses en mouvement comme des nuages, elles sont le contenu de l’intellection qui les collecte et au crible de cohérence de quoi elle passe ses révisions successives et instantanées en revue Aucun je vois n’est au principe de l’imagination : la conscience ne lui est rien qu’un mode dégradé dans une focalisation dont la portée n’est qu’au service de la manipulation pratique de telle des portions de sa saisine, délimitation seconde qui n’a pour tâche que de rendre accessible une portion du monde à son intelligence pratique. L’imagination ne voit pas, elle saisit directement contre l’énoncé qui l’émule le négatif de ce qu’il dénote. La tautologie en circuit fermé, au point de terminaison que l’énoncé referme sur lui-même, cette machine d’évocation en détermine la clôture et déploie, dans une vision négative puis positive, le potentiel qu’il constitue en tant que monde habité par l’énonciateur. Cependant, quand la tautologie simple se démultiplie de sa conséquence complexe, de résonner dans une totalité que figure la finitude non bornée du monde, la démultiplication transitive dont hérite la vision se double de cette simple saisie du potentiel de monde énonciable, s’étage alors une saisie totale de tous les mondes, à mesure de la proximité de l’écho, qui en renvoie les connotations à la commodité de les inscrire au tableau ainsi crée d’une rémanence globale en la vision des mondes, les uns relativement aux autres. Ainsi, aussi intégrante que le monde est lui-même inclusif, l’imagination dans l’ensemble de son mouvement double-t-elle le monde de masses prédicatives, assez vastes pour en fournir un décalque complet, tendant vers cette infinition d’en compléter les attributs sans cesse, par une souplesse de correction qui double chaque événement de son inscription simultanée dans la composition présente qu’elle tient toute entière sous la coupe de son immédiateté, et qu’elle stimule de de la recherche des implications et combinaisons de sa ressaisie incessante.La présence à l’esprit de ce maximum d’items organisés en mondes, aussi peu que la conscience est capable d’en restituer l’étendue, ne se résout en aucune représentation satisfaisante, sauf à la lancée de son appétit de ressaisir une occurrence augmentée, de nouveaux énoncés dont calculer le quotien de coupe et la soustraction au probable en tant que redétermination d’une saisie antérieure, et qui se tiennent encore inclus dans sa fabrique propre. La représentation n’est qu’un fade écho, tout comme la conscience, de la forme de masses crées, qu’une tentative de circonscrire ou de circonlocution de ce qui se donne à saisir dans le temps nul de l’illumination que la vision ne peut qu’appréhender à titre d’ensemble, et dont l’imaginaire n’est qu’un défaut, une autre dégradation dans des fixations durables, une tentative de ralentir le mouvement de peuplement à une échelle perceptible par ces deux instances psychiques que sont conscience et représentation.
L’imagination donne la vision, que voit-on? La vision n’est pas la vue actuelle d’un contenu particulier, ou même d’un général dans une population de particuliers, elle est la possibilité de la dégradation dans une image, la possibilité de la vue particulière en tant qu’elle descend sur un objet pour en contourner les termes dans le but d’en rendre un énoncé capable d’instancier le monde reconstitué. Mais ainsi définie, la vision en tant que capacité d’intelligence ne rend pas compte de son travail de captation de la lumière qu’approche la vitesse de l’imagination. La vision ne serait qu’intelligence dans un monde d’écriture, mais le monde excède de loin l’inscription sous forme de signes de tout ou partie de ses contenus. L’intelligence est la vision sur le papier, la possibilité de ressaisir le sens ; la vision est la possibilité de toute saisie.
La lumière n’est pas une métaphore de l’illumination qui s’empare des mondes relatifs aux énoncés qu’elle révèle, elle est la création de ces mondes, l’onde qui les parcourt à mesure qu’ils se propulsent de sa vitesse. Le peuplement des mondes, qu’opère l’imagination dans son incessante activité créatrice, s’effectue à la vitesse de la lumière qui en rend toute saisie possible, ralentie de l’éventuelle imagerie qui accroche les facultés psychiques dans leur effort de circonvenir d’un assentiment de repérage, la limitation dont elles se trouvent affublées, dans leur proximité organique avec la manipulation dont les autres activités humaines témoignent, en contrepartie et dont l’énonciation participe en entier comme poste avancé de la matérialité, dans son effort pour se rendre accessible à la lumière du peuplement.
Le contre du monde que représente le peuplement a sa vitesse propre tendant asymptotiquement vers la vitesse de la lumière, autrement dit l’étendue présent, passé et avenir de l’imagination, située dans une sphère autonome de la temporalité linéaire constituant la processivité naturelle de la vie organique, offrant son absence de bornage dans la finitude qu’elle parcourt, le moteur de cohésion qui assure à sa saisine une complétude parfaite, sa perfection d’ensemble de ressaisie d’abord de toutes les occurrences du monde, puis de tous les possibles naissant de son activité propre et des collusions de ses peuplements sur les deux échelles, la plus petite, la plus grande, tous les moments intermédiaires de son travail permanent, et le statut de la lumière qu’elle crée, c’est à dire de la vitesse qu’elle emploie à se rendre saisissable – voilà l’enjeu de la discussion selon laquelle un seul regard est le monde. L’à maxima de cette totalité tendant vers un infini de densité, n’est pas borné par une réalité du tout, et aucune des facultés psychologiques ne peut en rendre compte ou la limiter non plus ; elle excède la totalité matérielle des connections qui la rendent possible ; combinatoire de combinatoire, elle ne se tient dans aucun lieu coordonnable dans ce monde – tant que la vie est assurée, ce paramètre en constituant la seule limite sans doute définitive – et seule peut-être la grammaire serait à même d’en découvrir les arcanes entières, en un temps d’énonciation qui tendrait alors vers une infinité de même. Or c’est chaque tête qui est cet enjeu, la multiplication des combinaisons de leur peuplement dépendant de cette propagation de lumière qui les inonde, et les corrélations qui s’ensuivent, le jeu d’énonciation fondamental de ce monde régi selon la logique chaque bulle d’abord une tête, implique que les bulles se croisent. Le lieu de cet entrecroisement, selon le parallèle des échelles tautologiques, le sens public de cette époque où tout se regarde comme le monde un seul, hors espace, hors temps, ou plutôt dans un repère spatio-temporel tendant vers l’expansion à l’infini.
L’imagination le double du monde, qu’elle offre comme du cerveau le fruit véritable, est peut-être d’un statut supportant bien mieux la perfection que son enveloppe de réalité qui la limite individuellement dans le temps. Fausse, elle existe tout autant que vraie, mais le contenu de lumière qu’elle parcourt en se développant telle, est réel aussi bien que lorsqu’elle ne fait que suivre les contours précis du monde tel qu’il est pour en fournir une simple représentation juste, donnant dans l’énoncé qui en forme l’occurrence de perception. Et même, cette possibilité qu’elle a de n’être pas conforme à ce qui est perceptible de la réalité et de l’accord qu’il est possible d’en rendre dans l’énonciation, offre-t-elle une combinatoire qui en démultiple encore les accès possibles, et les vues intermédiaires qui s’en crée, jusqu’à l’absurdité apparente que sa fausseté est le gage du perfectionnement de son fonctionnement, absurdité qui ne tient que tant que l’on prend le monde, et ce qu’il est possible de dire de l’accord des termes que l’on s’en fait, pour référence absolue. Or, face à l’assurance de ce que tout contenu de l’imagination emporte bien plus d’existence que le monde tel qu’il est et les représentations et images qu’il est possible de s’en faire en accord avec la perception, c’est bien ce dernier qui est comme la recréation du peuplement et de la lumière que l’imagination sait créer, un pale double ersatz en dur et fixé dans le repère linéaire d’ici et maintenant, une occurrence bornée de la transformation d’onde en matière. A ce monde de la matière, l’autre doit son substrat, mais de s’en émanciper si bien des quelques millimètres d’épaisseur de matière où il se crée, il gagne une autre permanence dans sa persévérance à combiner des possibles.
Ce monde limite les impossibilia, l’autre annule cette limitation, en fait voler les bornes au loin et se rend à sa seule fin de noir final. C’est dans cette pluralité qu’habiter se comprend désormais entièrement, qu’un socle de communauté dans les occurrences est né de la déflagration des cloisons qui enfermait les bulles dans les têtes. Le monde le seul de l’imagination, en voie d’unification parmi les humains supports de son expansion, surplombe à présent son substrat et s’étend dans l’espace-temps de son infinition. Ce monde au cube de son double le supplantant est le monde visionnable comme visible pour l’esprit, d’un seul regard, inclination vers la fenêtre qu’il offre à l’esprit qui en inclut le déchaînement incessant, le seul qui soit regardable finalement, comme ce monde lui étant entièrement subordonné dans son aperception. Il doit être vrai pour s’autoriser d’être le lieu définitif de l’habitat. Sa preuve ne se tient pas de la comparaison de ce qui est visible et perceptible dans le monde, mais de l’absence d’impossibilité qu’il aurait à être énoncé dans sa totalité, au cours d’ailleurs improbable d’un épuisement de phrases qui en montrerait clairement la cohérence globale, ou plutôt de la perfection, de l’harmonie autant dire, de la théorisation qui en forme comme le cadre, objet de l’énonciation.
La quête des pans qui laissent à être vus n’implique pas nécessairement la consultation des bibliothèques d’énonciation que les auteurs ont éclairé, d’ailleurs s’ils manquent à l’intelligence, ces pans ne se trouvent pas déjà notés dans des pages ; mais une théorisation rendant compte qu’entre chaque occurrence de possibles une complétude et une cohérence est traçable simplement, aussi longue fût-elle à expliciter par des argumentations – l’argument résidant finalement dans l’énonciation globale qu’il est impossible d’en faire, dans une élégance de démonstration valable au sein de la grammaire. La nécessité de perfectionner la connaissance de son incomplétion se se situe pas dans la luxuriance d’images de mondes imaginaires, mais dans la saisie qu’elle offre du monde entendu comme totalité des imaginations combinées ensembles, et le rapport vrai qu’elle s’en fait individuellement à la théorie qu’elle se donne à l’esprit.
Tous les mondes possibles saisis ensemble et combinatoirement, voici le sable de la vitre de la fenêtre où se tourne le regard, sable teinté des connaissances, obscurcissant aussi la vision de ce qui le traverse et venant de l’immensité des espaces-temps de l’autre côté, qui n’est pas ce monde, et qui recèle la beauté de sa perfection ou lumière pure. La lumière de cet autre monde, tout aussi vrai, ne vient pas de ce monde, ni d’une transcendance quelconque, elle est la vitesse de ce monde pour chacun à mesure qu’il le double et la capte au travers du verre d’énonciation qui transmet au regard la vision.
La masse noircit de toutes ses imperfections son verre souvent, son langage d’énonciation, et chacun, de mesurer la teinte de son verre, la vision de ses représentations. La représentation, enjeu très secondaire, transcrit la lumière que le regard perçoit. Dans le souci éthique de la vie, l’esprit conçoit une harmonie de s’en tenir à la loi de la procréation et de toute conservation qui se taille sa prérogative de respecter le monde, puisqu’il n’est que contingent à son existence et recèle même quelques dangers quant à cette préoccupation, d’abord comme proprioceptive de la conservation de soi, puis de tous et de tout en son état accommodant et commode de persévérer dans tous les sens de l’être. Cette exigence de toujours reconduite dans la synthèse du monde, à jamais de tous les points de vue admissibles, dedans la vitre, du côté du monde, du côté de l’imagination, car il ne semble pas être d’autre regard pour soi, et autrui disposé à l’accord sur la vie, doit être présente partout dans le monde qui est le notre. La possession du monde, pour chacun, ne peut naître que sur cet accord, parce qu’elle en garantie la condition de possibilité sine que non. Il ne peut plus, dès lors qu’elle est assurée, exister d’incompatibilité entre ce monde, les mondes et leurs habitants. De nul côté de la vitre, le monde ne se départit d’une égalité avec lui-même, mais, dans l’imagination, celui sur lequel il est possible de trouver un accord d’énonciation, n’est qu’un parmi tous les autres qui coexistent pacifiquement, normalement. La paix qui nous subsume n’a que cela, la paix de tous les mondes possibles à la fois. Ces mondes ne cohabitent pas à proprement parler, mais c’est tout comme et c’est un seul monde le regard, selon un seul le monde. Regard se justifiant ; de sa justification, l’effort sans cesse de l’imagination ; il possède le monde, machinerie d’orthoptique.

Les belles correspondances des possibilia dans l’idée de ce qui naît du sensible, de sa perception et de la lumière des autres, cette légère ivresse dans la démarche au gré des unes et des autres, dans une mer d’ondes de toutes sortes, l’effort incessant de l’imagination, moteur de réel ; que tous les mondes soient compatibles, l’élégance de l’énonciation correcte le stipule, cela ne signifie pas tous les mondes possibles nécessairement ; cette interface là, avec le monde des réalités tangibles, le monde énoncé comme preuve de sa correction – ceci dit à part, suffit à éliminer tous ceux qui ne sont pas vrais par ailleurs : il reste tous les autres pour se donner une idée de ce qui se trame réellement.
Mardi 13 Juin 2006
Par l’exemple

Le sens de l’imagination plusieurs, dans l’imagerie qui en est proposée aux portes de la cité sous forme d’écrans (Virilio), est celui d’une réduction des mondes possibles à un seul déduit de tous ses autres faux. L’orientation que suggèrent les images vers une globalisation du point de vue, laisse la possibilité de la pluralité aux seules ressources d’un hypothétique regard original dans le peuplement des sphères imaginatives. Une dégradation générale du potentiel imaginatif s’achève dans une imagerie dont il est utile de reconnaître qu’elle obstrue toutes les autres et nie jusqu’à peut-être le caractère transcendantal de l’imagination. Mais qui porte ce regard original? Reste-t-il une alternative généralisable à cet abandon de la force motrice de cette faculté ultime dans sa dégradation standardisée? De l’urgence des réponses à ces questions dépend non seulement le confort de tel univers singulier, porté par un regard encore vierge de la colonisation planétaire de l’imaginaire en lieu et place de la force imaginative, mais encore la persistance d’un langage propre à le décrire. Tandis qu’une mauvaise littérature (dont peut-être celle-ci) s’attarde encore à la description de la catastrophe, empruntant aux idéologies passées le matériel qui fut à même d’en décrire le moment à l’époque de son écriture, une autre se spécialise dans la production d’une langue propre supportant l’énonciation de mondes encore particuliers et relevant de la sphère privée (l’exemple venant à l’esprit est le Grand-mère quéquette de Christian Prigent). Des réalisations intermédiaires se proposent d’assurer la transition à l’interface du monde imaginatif dégradé et de mondes privés ne relevant pas nécessairement du particulier, comme le bel effort, nous semble-t-il, de Jérôme Game dans sa tentative de laisser filtrer, dans l’énonciation une sorte de mode d’emploi général du monde unifié, une portion de langue simplement personnelle où s’entend un monde de privautés, de relations et d’échanges. Le démontage systématique du corps du mot qu’il opère en préfixe-racine-suffixe, de la phrase par disjonction d’adverbes et de propositions, en les produisant dans un seul énoncé comme autant de sens avancés sur une même ligne mélodique d’un chant polyphonique, rappelle les raffinements de la musique de l’ars nova du XIVème siècle, et opère l’alternative elle-même dans une valse hésitation dont on ne sait si elle tient lieu d’exposition d’ensemble destinée à encoder la teneur personnelle du discours dans une masse de généralités objectales, ou bien d’illustration de la prégnance des slogans et notices du monde actuel dans la possibilité même de l’énoncé d’un monde particulier, tendant peut-être vers une singularité. Ces tentatives incomplètes de rendre raison de la double situation du langage sur l’une et l’autre extrémité d’une échelle désormais unique, indiquent assez bien d’une part que la déflagration des sphères imaginatives dans une seule n’a pas achevé son mouvement tout à fait, d’autre part que les solutions avancées par les auteurs ne sont pas disjoingables d’une préoccupation de la question de la sphère privée et de sa possibilité de d’exister encore, dans un monde où plus rien de ce qui est personnel à quiconque n’est plus étranger à chacun, en tant qu’il est dans sa personnalité l’exemplification de son double imaginaire ou d’image. L’attention de Jérôme Game aux plus petits éléments de la langue autant qu’à ce qui se dévoile de personnel dans sa poésie nous intéresse ici en tant que ce phénomène touche chaque locuteur au plus près de son énonciation : à l’une des extrémités de la parole l’encodage de ce qui ressortit au plus près à l’expression d’une particularité dans une forme s’adressant, dans sa visée intentionnelle descriptive, à la totalité du phénomène perceptible depuis tous les lieux d’où il est possible de produire des énoncés, s’uniformise selon une typologie dont les termes se comptent peut-être sur les doigts d’une main, et qui s’échelonne selon la tendance pathologique de la personnalité (il est notable que le travail d”un Wilhelm Reich sur la typologie se soit développé dans une époque pressée de totalitarisme montant) ; à l’autre extrémité chaque énoncé visant l’expression de traits personnels résonne dans la totalité à laquelle peut-être il s’adresse comme seul interlocuteur désormais à même de porter l’écho de cette préoccupation. En tenant compte de ce double mixte, Jérôme Game invente une solution à mi-chemin de la singularisation et de son abolition dans une totalité qui en niera jusqu’à la possibilité. Il est remarquable que cet effort de synthèse prenne la forme d’une complexification et d’une surabondance de signes, comme si la formulation d’une langue tenant compte de l’unicité de l’échelle devait commencer par une mise en évidence sur un seul plan d’énonciation des deux degrés fondamentaux de celle-ci, le plus local et le plus global, ou le plus proche et le plus lointain, avant peut-être une resimplification ultérieure dans une langue dont chaque élément signifiant serait pesé à chaque embranchement pour opérer comme un switch disjonctif ou à l’inverse un lissage unifiant la perspective. Il est également remarquable que sa diction de sa poésie emprunte aux générateurs de voix informatiques un phrasé tenant compte des embranchements lexicaux de phonèmes et de registres dans une saturation de bégaiements et de reprises, avant et après la racine des mots, des alternatives combinatoires de préfixes et de suffixes, comme si la procession du calcul intégral des trajectoires qu’elle parcourt sur l’échelle unique qui se met en place, impliquait une computation grammaticale et la composition des tous les mots-valises intermédiaires entre les deux extrémités de l’échelle. Il n’est pas raisonnable cependant de prédire que la formulation complète d’une langue à l’échelle du réel résonne comme une sorte de javanais ou d’espéranto, et il est préférable d’espérer que la langue qui signera l’achèvement de l’ajustement structurel d’une nouvelle perspective d’échelle, sera simple comme un langage naturel, et peut-être aussi plate que la plus courante des conversations. La voie computationnelle, si elle s’efforce de prendre à sa charge l’exigence d’un échelonnement respectant, non pas un ordre de priorités dans le discours, mais une synthèse des perspectives, montre cependant son inspiration technologique au moment même ou la technologie précisément se charge de pourvoir en images et représentations son empire total. Dans une stratégie d’utilisation à des fins subversives des outils du joug sous lequel plie planétairement le langage, cette voie constitue une étape, dans l’écriture de l’auteur aussi bien que dans la recherche de solutions à l’unification de la perspective, comme prise en compte d’un mimétisme de l’esprit globalisé avec la machine, qui est à la fois son plus proche interlocuteur et son pire horizon possible. A défaut de produire des machines intelligentes, il est aisé aujourd’hui de produire des machines parlantes, suffisamment perspicaces pour donner le change le temps d’une conversation simple (les bots rivalisant de politesse et d’astuce sur l’IRC (Internet Relay Chat), dispositifs hypotético-déductifs dans un environnement textuel, capables de vous entretenir et de simuler une intelligence, et dont les limites se montrent lorsqu’ils prétendent comprendre ce que vous leur dîtes (I can understand what you say, but I don’t undertstand what you mean when you say… etc.) – dispositifs à rapprocher de celui d’Eric Arlix de Socialisme Fictions, à paraître ; Jérôme Game invitant Eric Arlix au dîner poétique #6 du Triangle à Rennes le 9 juin 2006) ; dans cette perspective la singerie de tels automates alerte sur le danger qui guette l’humain à se lancer dans une course poursuite contre le langage total qui circule dans les circuits des machines, mais elle montre aussi sa limite en ce que ces machines ne disent rien encore du nivellement de l’échelle qui s’opère pourtant à cause de leur prolifération. Car ce qui subit le nivellement, ce n’est pas d’abord le langage, c’est l’imagination. Nivellement ici n’est pas nécessairement une réduction, c’est d’abord une mise à niveau. La possibilité d’une vision intacte demeure, qui saurait ne pas sacrifier au monde de l’imaginaire mais garderait comme horizon la lumière que force la vitesse de ce moteur de réel. Ce n’est peut-être pas déjà le langage qu’il faudrait opérer d’une greffe lui rendant accessible la processivité machinique d’une novlangue, bien que l’entreprise ne soit pas négligeable, mais la conception comme théorie qui nous autorise à décider de la portée des énoncés, de l’étendue de leur champ d’application.
Il est peut-être temps de donner un exemple concret. A l’instant, j’entends cet énoncé venant de la table voisine : ” Elle est assistant dentaire. », énoncé qui concerne un monde qui m’est à peu près étranger en tout, et que mon imagination peuple immédiatement de tout ce qu’il suppose, c’est à dire par exemple où la fabrication et la vente de shampoing n’existe pas, (selon qu’exister dans un monde =  exister nécessairement), mais où, contrairement à ce monde, toutes les populations sont présentes, à l’exception peut-être de ceux qui sont édentés depuis longtemps. Pour comprendre de quelle façon cet énoncé s’accorde sur l’échelle une d’un seul regard, nous avons besoin tout d’abord, avant peut-être de tourner la tête vers la table d’où est venue cette phrase, pour en compléter simplement le peuplement d’une précision de visu, puisque cela est possible ici et maintenant, de récrire l’énoncé phonétiquement. Immédiatement, son sens local se dissout dans l’ensemble des possibilités signifiantes des phonèmes mis à jour. Nous voyons déjà, sans poursuivre l’analyse, que cette phrase anodine en apparence, parle potentiellement de tout autre chose que ce à quoi nous amène l’habitude de fixer le langage dans une imagerie ordinaire. Bien plus, dans le cadre de la dégradation imaginative du divers du réel (cette femme singulière dont il est dit qu’elle est assistant dentaire) dans une vision standardisée assurant la représentation, et ce simplement en respectant les informations de la réalité quant à la valeur de chaque mot dans la phrase, il est possible de se demander par exemple quelle est la proportion de femmes puis de travailleurs qui ne sont pas peu ou prou assistants, pour comprendre que cet énoncé parle en général du monde tel qu’il est organisé actuellement, et des éventuelles revendications qui s’y font jour. La poursuite d’une analyse scrupuleuse de cet énoncé épuiserait naturellement son sens, mais ce n’est pas directement dans le seul langage naturel que se joue l’échelonnement global. Si nous remontons au niveau élémentaire de la phonétique, nous avons là une multitude de syntaxes et d’orthographes possibles ; si nous composons un ou plusieurs de ces sens possibles avec la totalité du réservoir d’objet de genre féminin que compte la langue, nous obtenons un ensemble conséquent de mondes possibles, sur l’échelle de quoi s’étage désormais l’imagination et son peuplement naissant du décloisonnement du particulier dans un général globalisé qui l’excède. Ici, l’a maxima du sens et les peuplements de mondes que la saisie ensemble opèrent, à la vitesse de la lumière qui les éclaire comme les gonflants tels des ballons de baudruche, et leur compénétration les réduisant à un seul monde dans l’imagination de chacun saisi de l’énoncé, est l’enjeu non pas d’une computation cursive des potentiels de variation relativement à la manière unique qu’il y aurait pour l’interlocuteur particulier de comprendre son sens dans le cadre restreint d’une conversation anodine – cadre que supportent et autorisent les facultés psychiques comme délimitation finale du seul monde commun de réalités dans lequel l’énoncé était adressé trivialement –  mais bien d’un regard synthétique sur l’ensemble des possibles comme une vision de la lumière que parcourir toutes les étapes cursivement mettrait en évidence. C’est précisément dans la vision des possibles, des populations dans les mondes crées instantanément, que se montre la perfection de l’imagination comme saisie de lumière, dans la possibilité qu’elle a de peupler des mondes faux : d’ ” aile est Tasse sise tant Dante erre » à ” elle mange les pissenlits par la racine », toutes les variations fausses participent de la vision d’ensemble. Ces mondes faux sont peuplés également que ceux sur lesquels un accord simple serait trouvé immédiatement par la limitation, la dégradation de l’imagination dans une représentation rendant possible la poursuite anodine de la conversation. Tous ces mondes faux participent à la lumière fournie par l’imagination les peuplant, offrant de proche en proche la claire vision de ce que tout énoncé peuple des mondes, le seul regard de tous à la fois étant le monde. Tout langage oriente, pointe vers un monde particulier, mais lorsque chacun de ses énoncés pointent vers un ensemble de mondes, et qu’ils se mêlent enfin pour constituer le seul habitable, le langage particulier tend à disparaître, et avec lui la possibilité d’une singularité. Le travail de singularisation a ainsi deux orientations principales : vers une parole authentique véritablement incompréhensible ; vers une parole hétéhentique qui densifie son propos jusqu’à l’universel d’une multitude de sens possibles et ouverts à l’intellection de son auditeur. La question qui s’impose quant à l’écriture est la suivante : quelle voie prendre pour dispenser le maximum de lumière? Quelle écriture parvient-elle à rendre compte de l’unicité de l’échelle sur laquelle s’étage désormais tout langage possible? Cet étagement tendant à se résoudre dans la vision du monde la plus lumineuse, à mesure que l’imagination travaille à la mettre en lumière, la question devient : quel verre filtrera le plus de lumière, tendra à se fondre dans le flash blanc qu’une parfaite illumination procure? Peut-être, le plat langage de la théorie la plus dense, où la phrase est saturée de possibles, et où aucune image ne vient obstruer la percée de la lumière. Par l’exemple ainsi, une concession.
Jeudi 15 Juin 2006
Il ne faut pas voir cependant

“Ce n’est donc pas moins de fiction que nous risquons d’avoir avec la perte de la faculté imaginative, mais bien moins de réel ; nous risquons de cloisonner les mondes sensible et intelligible, de les tuer à petits feux, justement parce qu’ils ne s’animent et ne se ” vivifient ” qu’à la condition d’être l’un au contact de l’autre.”
Cynthia Fleury, L’imagination renaissante

“Je m’imagine en train d’écrire ce que je suis en train d’écrire.
Mais en le faisant, je n’imagine plus rien.”

Dominique Grandmont, Echelle I

Empêtré dans les facultés psychologiques comme dans un lange où s’économisent leurs misères, l’esprit n’accède plus à la lumière si bien que lorsqu’il en délaisse la visée pour se consacrer, toutes oreilles ouvertes, au parcours sur l’échelle. Le lange tombe quand il est temps de réaliser l’équilibre comme optimum de rendement dont il n’est rien à connaître que les couacs éventuels pour des privautés. Dans l’esprit dénudé du souci psychologique, conscience, représentation, mémoire, etc., ne sont pas d’un rendement continu ou maximal, ils s’effacent sélectivement devant la saisie qu’ils opèrent, et du juste rapport à l’échelle qu’ils laissent entendre, s’oublient tout à fait. Dans la série de ce qu’il ne faut pas – , il est temps d’ajouter de ne pas écouter les facultés psychologiques. Comme ensemble de dispositifs pratiques de l’esprit, il faut les laisser œuvrer à leur guise, dans l’assurance qu’elles fonctionnent normalement depuis un point qui les subsume, observatoire qui jouit du fruit de leur rendement sans plus s’en émouvoir. Ce qu’elles rendent, c’est une place nette à la possibilité de la vision, et ce qu’elles obèrent, les ratés qui en émanent, est l’objet d’un monde spécial, monde clinique qui se charge de redonner à la vue les enjeux, dans un traitement sur-le-champ. Autrement, lenteurs, méandres, attrapes, blousements, retards et inquiétudes. Le monde que les facultés psychologiques peuplent incessamment dans l’imagination, voilé comme aveuglé par ses propres phares, est un piège ballot. On ne s’en sort pas ; c’est à dire qu’il ne faut pas y descendre. C’est typiquement le monde de l’interaction, qui délimite le terrain et dessine des acteurs, des localités, des temporalités, des tours de rôle, un ” socialement ». Qu’a-t-on à gagner à ne pas s’y rendre ? Certainement la vitesse, le parcours de peuplements surprenant l’esprit parce qu’il ne se soucie pas des parties qui en assurent la cohésion. C’est un fait trop prégnant encore que l’on détache de l’esprit ses membres pour se préoccuper de ce qu’ils sont. Le retard que fait prendre ce souci au sursaut de l’imagination dans sa sphère propre, puisqu’elle est tout entière à coloniser le temps du présent de populations dont la pesée des possibles est peut-être le seul mouvement qui s’autorise de l’énergie la plus haute, grève la compréhension de l’époque au point de laisser croire que tout est bien comme dans un dix-neuvième siècle si calme et replet que tout est bien, et qu’il n’y a rien à voir de nouveau – rechute possible et toujours ennuyeuse. Dans le monde, l’ennui naît du balayage incessant des pauvres prouesses de ces facultés, d’une impossible sortie hors les murs de ces cénacles cloacaux – un ennui, non un embarras de s’y perdre dans les difficultés résiduelles, mais d’en constater l’achèvement dans un ensemble de normes entendues comme standards de personnalité. D’un certain point de vue, selon lequel le langage n’est que l’outil d’expression de contenus psychologiques, il n’y a rien de plus à attendre que le déballage permanent des figures imposées de la psychologie et de ces contenus ; cette conception provoque l’ennui redoutable d’un monde où les petits concierges de la psyché ont le pouvoir de faire plier tout ce qui est noble et droit dans la tête en une série morbide de ridicules bâtons courbés, et les défauts qui s’illustrent dans ce biaisement de la perspective ne sont que cette écoute tout entière, cette attention, cette démarche de glaner les foins coupés du moi et de ses dépendances. En fin de compte, si le langage n’était que cela, nous serions aussi bien privés d’imagination, de la vitesse qu’elle procure, et de la possibilité d’un décollage complet de la particularité dans une sphère singulière, point exact de la vision. Nous serions aveugles à la lumière, tournés vers le centre en chacun, qui n’est que tintamarre sourd en regard du peuplement que l’imagination dispense continûment. Cette réduction aux instances du moi serait fatale à la liberté, chacun ne devenant que le porte-voix de ses processivités internes, si il n’était pas possible de s’en échapper. C’est hélas ! le monde le plus commun et qui a toujours lieu, l’humain incapable d’oublier son destin de ver creusé de boyaux. Qu’un monde évolué oublie son corps, le laisse à l’exécution d’une danse de marionnettes où il n’est que de se surprendre des merveilles qu’elles savent faire, sans chercher à en décrire sans arrêt les minutes dans un attachement spécial à tout ce qui est bas dans l’esprit, et il sera possible de danser sans fin, marionnette de soi, et de voyager le long de l’échelle, d’envisager l’espace comme la ressource de toute action, et non comme la limite des sacs qui demeurent, loin de la tête, comme une condition lointaine et non un horizon plus ou moins fermé sur lui-même. Ce monde n’est pas né et il ne reste qu’à l’attendre, le pied ferme comme souple tout entier au pas danse, la tête ailleurs dans ce qu’elle crée de meilleur, en espérant qu’éclate bientôt l’évidence qu’il y a plus de vie dans cet ailleurs sans épaisseur que dans le maintenant et l’ici où se réduit l’existence.
Il ne faut pas voir des images. La possibilité, par une typologie assurée, de saisir en chaque discours, un ensemble de cachotteries et d’entrechocs, où se logent les éléments de la personnalité de celui qui l’énonce, ne doit pas nous induire à penser qu’il soit acceptable de s’en emparer, à des fins d’imagerie ou d’imaginaire. Ce qui est en jeu dans cet impératif ne réside pas tant dans une paix illusoire des facultés psychologiques – illusoire tant elles ont un penchant pour l’expression spontanée de leur fait et cause, mais dans l’opportunité de capter la lumière qui émane de ces discours. Il s’agit d’une autre cécité à laquelle il se faut rendre accessible, qui n’est pas celle qu’impose la vue basse sur le trivial psychique, cécité qui n’est ni abolition ni limitation de la capacité psychologique ponctuelle à nous fournir en vues et répliques à toutes fins utiles. Cette cécité volontaire que nous devons chercher comme condition première de la captation de lumière, est un silence de l’imagerie intérieure, comme un écran vide sur lequel aucune représentation ne vient ralentir l’afflux de lumière, venant de l’imagination, force de réel qui pourtant dessine sans cesse des mondes. Cette cécité doit gagner la vision, elle est la condition première, la viduité de l’écran captant le reflet de ce qui s’illumine de l’autre côté du verre, accueillant une différence de potentiel, entre ce qui passe en-deça et au-delà – une réceptivité, le simple pouvoir de voir en chaque instant ce qui se joue au-delà, cet au-delà qui n’est qu’énergie de voir, la lumière éclatante que la lumière opère. C’est un paradoxe ici que ce qui n’est pas vu emporte le plus de luminosité, mais seulement si l’on considère la lumière comme l’éclairage actuel d’un objet. La lumière est une vitesse, ce n’est qu’en tant qu’elle emporte avec elle, qu’elle accroche tel objet particulier dans son parcours qu’elle offre une luminosité concrète à cet objet, et à la vue la perception d’images. Sans cette vitesse, pas de visibilité particulière ; mais dans la vue déterminée, il y a une fixation de la vitesse dans une série d’instantanés, son annihilation même comme force de mouvement. Dans l’imagerie de l’imaginaire, la fixation à un contenu particulier est une négation de la vitesse qui l’a rendu possible, et ce qui est vu n’est qu’une rémanence, une manifestation de la lumière. Le potentiel de différence entre la vitesse pure et ce que l’on en dévie vers une vue précise de l’espace qu’elle parcourt, emporte seul l’imagination : c’est cette force qui peuple le réel d’une densité particulière, en irradie comme en chauffe le verre qui en recueille la trace et l’engage dans un parcours à travers le temps et l’espace, hors du repère fixe de la réalité, qu’une vue ne ferait que doubler, comme échafaudant par dessus la perception un double d’images. Aussi claire que soit la vue, elle n’est jamais que la négation de son principe comme de sa matière : la pluie lumineuse qui emporte au loin le sable de la vision. L’abstraction que suggère, non pas l’éclairage de telle image dans l’esprit, mais la pure saisie du potentiel, est requise au plus haut point dans la captation de celui-ci. Cette abstraction n’est pas un ” je vois » ni même ” je pourrais voir », elle est l’impasse faite sur toute représentation, sur toute conscience, sur l’imagerie générale que délimitent les facultés psychologiques, l’impasse qui seule autorise pourtant leur fonctionnement sans faille, offrant une vision, une captation sans intermédiaire de la vitesse qu’elle procure. Le langage offre sur cette vitesse cependant un aperçu, tel qu’au sein de la grammaire il se formule sans faille, sans réflexion, sans préparation, comme le lisse d’une surface gelée sur laquelle glissent les énoncés sans résistance, ainsi qu’il n’y a pas de résistance dans la saisie de la lumière quand l’esprit est au point d’en rendre totalement le parcours. Sur cette voie d’exploration des peuples de l’imagination, les facultés psychologiques, la possibilité d’entendre les aspérités qu’un langage à l’écoute de contenus offre à ce parcours, est un frein considérable, la somme des défauts du textile de la parole, nœuds, accrocs, et déchirures ; elle ne trouve sa valeur et son emploi que dans ce monde clinique où il est question d’en (re)broder les dentelures. Ne pas voir ce qu’elles offrent pourtant comme preuve de leur cécité à la lumière, c’est s’autoriser non seulement d’une éthique impeccable qui refuse de traiter des aspérités comme de grumeaux d’une pâte mal composée, mais de la seule, exigeant de l’esprit le seul fruit véritable, la densité dans l’illumination de la plaque de verre, interface entre ce monde et l’autre, et dont la lumière retentit de ce que ces mondes se doublent, se cubent dans un ton sur ton de blancheur comme d’un flash permanent.
Pour autant qu’elle prenne en compte l’exigence de l’appel de l’imagination à ne pas s’aliéner dans son double d’images, cette préoccupation témoigne de la difficulté qu’il y a de l’atteindre, et ce principalement parce que dans le langage du socius, en société aussi bien que sous le couvert de soi, chacun tend à son extrême ta tentation d’y voir. Cette caractéristique tient à la nature de la perception bien plus qu’à celle de l’esprit dans son ensemble, et à sa constitution ontogénétique : l’humain sent, regarde et entend loin avant de concevoir. C’est le destin de tube qu’il poursuit ainsi dans le centrage exclusif de soi sur les facultés psychologiques et leurs contenus, rejetant la leçon de la grammaire du langage, dans un usage tourné vers son exploitation à des fins scopiques (Lacan). Cette lourdeur particulière, ce gros ventre de gros animal de voir qui est perpétuellement mis en avant dans le monde, niant finalement jusqu’à l’humanité de l’humain, qui est désindexation de ses aspirations de toute forme animale, sa pourriture moisissant dans les méandres moralité des mœurs, un ensemble de souci pour le lange qui en recouvre l’être spécifique comme possibilité même de l’oubli de cette processivité psychologique.
Le mal qui découle de cet impossible décollage enfin de ce substrat de tubes et de fonctions, la noirceur des vues qui s’illustrent partout, mais c’est l’incapacité même à capter la lumière, cette blancheur irradiante comme force véritable de vrai, qui n’a pas le besoin de sa contrepartie d’images, et que peut-être les animaux n’ont pas ! Il devient ainsi clair que cette cécité, ce soin particulier de se rendre aveugle, humanité seule, le plan coupé de ce qui nous appelle, par le ventre, par le petit côté de la bande et ce qui circule dans ses tuyaux, cette cécité n’est pas une option plus ou moins délicate, une aspiration esthétique discutable : c’est le point ferme sur l’horizon où l’aurore se fait jour, la seule préoccupation éthique acceptable, l’exigence indéfectible qu’il faut réclamer d’abord pour soi, pour tout le monde ; et nulle efficience n’est au principe de cet appel, nulle utilité préférable : la simple saisie que de l’homme, une fois retranché le destin de ver qu’il avait en commun, avant la grammaire, avec le monde, ne subsiste qu’un pan de lumière vite, l’esprit seul, et son abstraction. La réalité en l’homme est animale, seul le réel est humain, véritablement humain, et cette diversité se situe en chacun. La course qui se joue dans l’époque n’est pas celle vers le dernier humain, mais toujours vers le premier, vers celui qui n’aura plus pour visée que la lumière des mondes comme du sien. Au premier qui saura comprendre comment le langage se joue en entier sur une échelle de luminosité, la palme.
Mardi 20 Juin 2006
Véhicule de l’ouvert

La jonction des deux mondes, l’un étendu dans la matérialité de la réalité, l’autre en expansion dans sa sphère autonome d’imagination, se déploie sur une ligne frontière figurant l’extrême pointe de présent. Il s’agit d’abord d’établir une paix fidèle entre ces deux empires, pour qu’un accord profond règne et que ne trouble cet accord aucune excroissance, dans celui qui n’emporte pas de réalité, qui ne soit recouverte de son double de lumière. La nature de ce double, tourné d’abord vers la couverture de son autre matériel, n’est pas d’image, mais de langage tout entier. Il est l’énonciation intérieure qui offre son décalque de lumière à la saisie de son ensemble de populations. Une énonciation détermine la luminosité qui se déploie dans l’immensité blanche du sens intérieur ; serrée, elle relâche la vision, dense elle l’intensifie, délayé elle délimite une étendue moins vaste. Sur la masse de soi qui se tient muette comme désimaginée et qui se tourne en entier vers la production d’un énoncé tout à la mise en lumière du monde le plus étendu, l’esprit se motive à la recherche du meilleur, de celui qui parcourt son objet à la vitesse la plus éclairante. L’éclaircie, qui bulle dans le noir de la singularité du moi réduit à son fonctionnement sans tâche, est le pendant par-delà le regard du parcours de l’énoncé dans l’entendement, qui travaille à loger le plan de la jonction sous l’angle compatible du réel avec le résidu de réalité qu’il emporte sous la coupe d’un possible. La coupe opérée par l’esprit sur le monde, biseau qui dessine des coniques doubles, dans du temps, impacte sur le bain d’images pour en opacifier la vue et faire briller le prisme de verre de l’esprit, prisme dont la face interne se couvre d’un aluminium de travail, obstruant le reflet du bain pour faire vibrer de sa réfection intérieure, la courbure de la densité du bain d’images dévoilée par la bulle de lumière. Vue depuis le dessus de sa surface, elle forme une ébullition qui chauffe la matière de l’univers dans lequel ce monde s’étend. Vastitude de l’univers, avec tous ses objets, double du monde exactement, qui se propage au dedans, et qui peut afficher n’importe quelle image en effet comme une publicité ou comme d’un film les bobines que l’on ne jouera pas, parcours d’éclaircissement que l’on peut lire, littéralement, dans les rapports d’énonciation qu’en forme l’esprit dans son activité permanente, à volonté, à mesure que la parole, prosopopée de cette aventure de vision, ordonne sa monture d’étendue lumineuse à parcourir de plus brillants paysages encore. Ce principe de perfectionnement, indépendant du calque de composition littéraire qui se charge d’en dévoiler l’organisation, se tient dans la promesse d’expansion indéfinie du parcours et du peuplement général, à partir de la singularité atteinte dans l’effondrement, en une masse rayonnante, du moi et de ses artefacts et falsifications psychiques. C’est de l’énergie volontaire qui se libère dans cet effondrement, la réserve d’espace-temps nécessaire à la sphère imaginale (H.Corbin) de se répandre dans l’immensité des espaces infinis, dont elle dispose dans le temps objectif de son développement régulier. L’architecture du prisme comme formé de verre qui constitue ce vaisseau de temps et d’espace, ce qui est décrit ici, tendant vers son achèvement dans le temps fixé de l’existence, est l’objet de toute l’attention dans un regard vers le seul monde ; autant d’architectes, autant de regards : un seul regard le monde, à quoi il faut atteindre, et qui n’est pas déjà réalisé peut-être, chacun captant des bribes à part soi dans l’accélération de la réalité qui en donne la captation désormais possible. Car ce n’est pas tant le passé qui est à notre disposition, l’évidence des lumières passées, que l’avenir, et ce parce que la lumière que le regard oriente vers son éclaircissement n’en n’est pas actuelle déjà, mais enfermée dans la promesse de propagation de son illumination, et de la parole vers la cursivité de son déploiement, comme le dépliage d’une étoffe dont chaque pan est la découverte d’une nouveauté. La pesée de l’étoffe est cette vision du futur, le possible qui s’engendre de l’énonciation des trajectoires promises par une parole dont l’imagination serait vraie. Le mieux d’espace disponible dans le vaisseau de verre de l’esprit, la meilleure l’orientation du regard dans un biais tourné vers demain, qui réquisitionne une attention qui n’est pas exclusivement tournée vers le passé. Histoire meuble le prisme, mais l’opacifie aussi. Qu’une architecture de lignes ait lieu, dont l’épure figure le balancier de lumière qu’elle retient dans un éclaircissement maximal, et elle se profile pour un parcours complet de la lumière, traçant d’un repère fiable l’élaboration de toutes sortes de tâches pour l’esprit, connaissance, création, simulation, émulation de mondes. Non pas ” le moins que je connais » autorisant une imagination folle de fictionnisme, mais le plus vrai que le repérage soit simplement, un environnement suffisant et nécessaire à l’imagination vraie. Perfectionnable, une Histoire des mondes, de la représentation éventuelle des mondes inconnus, de l’expansion de la sphère de connaissance, de l’orientation de la pesée sur le calcul de l’ensemble, le regard vers l’énonciation du déploiement de sa contre-partie de preuves grammaticales, dans l’immensité indéfinie de l’univers en infinition, sur quoi la vision table son illumination, dans l’espace désormais à l’échelle de l’épopée dans l’époque, accessible au premier qui n’est pas encore venu à cette étape, et toujours demain à recommencer après la table rase du jour, dans une reconductibilité de phrases capables d’en décrire l’ordonnancement, dans une précision et une poursuite continuelle, au sein d’une écriture comme scellement des restitutions successives des jours de l’existence, un à un dans son éternité de permanence, dans la construction générale du monde au cœur de l’esprit. Il y a là inclusion d’inclusion d’inclusion, ad libitum, dans l’environnement de l’humain fort de cette énergie de persévérance matérielle, pâte feuilletée d’encéphale, à baigner de lumière les plans du présent dans leur épaisseur respective d’éternité lovée dans le passage du temps, de la vitesse maximale de son éclairage dans l’au-delà de l’esprit, qui réside dans le monde pourtant, mondes dans mondes dans mondes etc., dans le seul monde finalement. La grille de lignes, qui se densifie dans le temps, qui n’est pas une finalité d’ameublement complet du seul passé, définit la vitesse des peuplements. Axones, dendrites, neurones, motorisés par mémoire et nature, l’organisation de la grille, son profilage d’étude d’une géométrie recherchant la lumière, accède à la célérité de la propagation des éclairs, et un chant de lumière comme ondulation des lignes, comme des cordes dans le cadre de la lyre de paix entre ce monde et le sien propre, sonorise le silence d’un agencement nul de contenus particuliers.
Ce chant est celui du monde le seul d’un regard. La coupe d’immédiateté qu’en lisse l’esprit, vision de lumière, et partition de grammaire dans le dire, captation de la musique du monde sur une seule échelle désormais comme sur une seule clef dans la partition, est l’enjeu de l’époque, et voici pourquoi il ne faut plus s’étonner des correspondances partout qui s’amplifient du maillage de réalités d’ondes qui nous entourent comme le lien de tous les signaux peu à peu les uns avec les autres dans une synchronisation d’échelle. La communication n’est plus tant nécessaire, ou plutôt elle s’automatise dans une efficacité qui la rend autonome, voilà pourquoi elle semble synchrone. Elle ne véhicule cependant rien de la vitesse même du monde, que cette synchronicité d’horloge, cette simple ponctuation d’une partition qui s’écrit ailleurs dans une sphère de prismes, flottant dans chaque sablier retourné de toutes les têtes en même temps. Le poids du tissu de l’époque, augmenté de l’effondrement de toutes les cloisons sur son pli, est le futur de l’humain dans son avènement de monde et de regard sur l’univers. La conquête de l’autonomie de la bulle par elle-même, dans laquelle l’homme ne fut peut-être qu’un moment empêtré dans sa préoccupation psychique, cet avènement de l’humain à venir, nécessitant l’établissement d’une liste d’instruments de mesure précise de l’échelonnement en cours, est la vue toujours à la pointe de demain, peut-être, et c’est pourquoi toutes les images de cette vue sont déformées par l’opacité naturelle du verre de projecteur qu’est chacun qui veut voir des images et demain à travers. Il ne peut être saisi que d’abstraction ce demain qui se forme dans le présent, ou plutôt seules des abstractions en rendent la saisie possible, la vision du halo de lumière qu’il forme dans le prisme, le regard tourné vers son reflet sur la pointe du cône de présent qui illumine le monde actuel.
Chaque pointe, comme une monade miroir de toutes les autres, glisse désormais sur une seule pente vers une bulle globale qui contient son chiffre dans tous les objets que forme la démographie imaginative d’une seule échelle, peut être happée par le seul regard qui se propage en même temps dans la bulle. Sa captation est le sport de la vague de maintenant que surfent des plancheurs de rapports, des scribes et des joueurs de cordes, mondains d’un monde multiple et unifié sur l’échelle du temps, se déployant sans frontière. La composition des mondes dans l’espace des possibles, la formulation de leur perfection présente, voici le but de l’enquête et la recherche des lois qui en découlent. Dans l’immanence simple de la boite crânienne, une ouverture de boucle sur toute chose s’égalise dans une pression corrélée entre le dedans et le monde. Dans cette lutte de force avec le monde,

ce que le monde nous offre de perception totale
x     l’imagination qui peuple des mondes
–     l’énoncé qui en rend la lumière
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la totalité de soi

Dans cette équation, le zéro se fait entre soi et la réalité, le réel excédant le monde d’une infinité de vitesse de peuplement, à la recherche de la meilleure vue sur le plus achevé des mondes possibles. Cet absolu même est comme le point de départ de la vision qui constitue le voyage. Ouvrir la porte qui débouche sur l’énonciation du monde, vers la pente de toujours, en somme cet impératif supérieur pour l’homme n’est qu’un départ dans l’aventure. Plus vaste que le monde, l’esprit le contient en accord avec lui-même et court vers la synthèse de son parcours toujours inachevé pourtant, point final sans doute du voyage. Le but de l’art, cette quête.
La prescience qu’est le reflet de la lumière du passé dans le futur, déforme la lumière qu’elle capte de la composition de nature qui la perçoit. Or la vision n’est pas prescience, elle est l’intégration des populations nouvelles dans l’ensemble des mondes que forme l’imagination dans l’esprit, et l’estimation du probable dans le possible – puisqu’il faut respecter cette imprécision fondamentale – et son rendu dans une langue qui l’éclaircit de sens et de lumière, qui provoque le meilleur point de vue à se visionner sans peine, à se changer en regard vers la solitude du monde. Monde seul vole dans chaque tête seule vers le seul monde, unique de tous. La captation des mondes des têtes, dans son effort de jonction des barreaux d’une échelle inouïe et imminente, à échéance indéfinie, est le demain de ce monde le seul.
Luttant vers son épuisement, dans un dire perpétuel des conditions qui rendent possible son invention, le demain du monde ondule sous la vision des correspondances qui le prouvent sans arrêt, de l’activité de l’esprit son mentor qui ne lâche jamais sa prise et son mouvement de gonfler son ballon à l’échelle d’une mesure nouvelle, dans sa motivation à rejoindre l’idéal de fonctionnement entre ses parties, dans l’espoir d’une fête comme l’ouverture de toutes les frontières du réel composé dans la réorientation des prismes opérée par un monde sur la voie de sa parfaite globalisation. Sans ce donné économique et social, rien ne nous autoriserait à présumer d’un décloisonnement en cours du langage sur une échelle unique. Ce n’est pas la mesure d’une folie que de le penser, c’est bien une déduction de notre description, le motif de sa nécessité ; tant qu’il ne sera pas trouvé de grave inconséquence dans cette recherche d’une écriture du monde il ne saurait être exclue aucune déduction. La conséquence d’un monde ouvert implique la publicité qui en découle, et, il faut le souhaiter, la reconstruction d’une cryptique où se cacher encore, à présent qu’aucun code n’échappe plus à la grille singulière d’une échelle, dont la nature ne se tient pourtant pas dans la technique et le support logistique de ce monde de développement de la réalité, dans sa matérialité, mais dans sa vitesse, dans la lumière de ses circuits en voie de synchronisation générale par accumulation des tranches temporelles que leur tuyaux véhiculent. L’étagement que cela joue dans la dispersion des ondes qu’ils nécessitent, et l’énergie qu’ils dispensent comme charge symbolico-logiques dans le langage humain, messages, symboles, paroles, se percutent dans de la matière, dans du sens où ils se répercutent, dans de l’air qui se propage au plus loin comme au plus proche, par un nivellement des barreaux d’une même échelle. Il serait intéressant de noter comment la trentaine de couches du cortex se combine avec l’établissement d’une trentaine de degrés sur le barème général de l’être, et d’en proposer une nomenclature unique. Quel que soit le nombre, en perspective surplombante ou de dessous en transparence, une seule carte à l’échelle de ce territoire désormais à l’égal de sa figuration de réalité dans le pesant du dur.
Vendredi 23 Juin 2006
Ronde des absents

”    Le plus jeune : Ceux pour qui tout lointain est proche dans la proximité de ce qui se tient en réserve, et pour qui toute proximité est lointaine dans le lointain de ce qui se dispense en faveur.
Le plus âgé : Pour ceux qui attendent, proche et lointain sont donc le même, bien que pour eux justement ce qui porte le proche et le lointain ensemble dans leur différence soit maintenu ouvert de la manière la plus pure. »
Martin Heidegger, La dévastation et l’attente

Si la plénitude de l’ensoleillement que provoque l’imagination dans son attention à ne pas dévoiler le potentiel d’images qu’il contraint, dans une vision sans objet particulier, doit être rapportée au monde tel que la réalité enjoint à en garder le sens conforme à l’ordre naturel des choses, elle doit aussi subir le feu de cohésion que l’entendement applique aux représentations du monde, l’absence de propriété particulière qu’elle doit produire étant le fruit de sa neutralité comme de son abstraction – la plus haute neutralité comme abstraction, la plus éclatante blancheur de la vision sera le résultat d’une vision pure qui se situe encore du côté de l’intérieur du prisme en se refusant à en apercevoir non pas le détail du grain, mais le peuplement dans son détail de particularités. Ce n’est qu’en tant que cette lumière peut être capturée par l’esprit dans sa boucle doublant le monde qu’elle est accessible la même à tous les humains simultanément. Sans ce double de l’esprit, le resserrement de la perspective sur les activités psychiques barre la route à toute autre forme de préoccupation que celle des tuyaux et de leur processus de traitement de la matière du monde, ignorant l’échelle de luminosité sur laquelle s’étend toute chose, l’esprit reprenant le monde dans un double qui se superpose finalement à celui-ci, dans une seule et même optique de percevoir le réel comme augmentation de cette boucle par dessus la réalité. Cependant, si de la lumière est captive de l’activité motrice de l’esprit, rien n’est encore dit sur l’ensoleillement qui seul actionne cette boucle dans une juste vision. Ce n’est peut-être pas tant la pureté des intentions de cette force motrice qui gagne le plus de justesse comme de vérité, mais l’épuration de la volonté de voir, de descendre le regard au point où s’illustrent des images dans une représentation fidèle à son objet. Sans cette épure de la vision, il serait aussi bien possible de voir autant de fausses images particulières que l’esprit contient de force de biaiser tout ce qui se détermine trop fidèlement dans son sens imaginaire. Il s’agit de ne pas exercer son imagination à voir dans le geste d’user de son moteur à des fins de connaissance et d’appréhension du réel au creux de la réalité, et cet impératif de cécité volontaire recèle l’assurance d’un enjeu qui seul nous tient dans cette voie : l’achèvement continuel comme un perfectionnement progressif du double mental du monde, jusqu’à ce qu’il satisfasse au critère rationnel de l’entendement pour former une base à tout autre chose, au voyage dans les possibles, à la navigation dans la lumière vers autre chose que le seul réel qui se dégage de la perception de la réalité. Mais une telle navigation elle-même n’est pas une fantaisie ou phantaisie comme le jeu des enfants endossant tour à tour tous les rôles de l’histoire qu’ils se racontent dans le but d’en vivre mieux les sentiments. Elle est l’ouverture sur ce qui demeure caché au creux de la réalité aux sauts sur l’échelle qu’elle recèle comme d’un tissu la trame plus ou moins lâche. Ce qui est sans cesse ouvert dans le double du monde, qui se superpose à lui dans l’esprit, c’est tout ce que le monde garde de liaisons possibles avec l’ensemble de tous les doubles : autant de signes de son inclusion dans ce qui se dégrade dans de l’imaginaire, divers et imagé, et dont la vision recueille le halo immanent dans sa disposition à en capter le reflet comme éclaircie de la force de réaliser, de rendre réel. S’il fallait à tout prix voir, ce serait cette lumière de réel, cette épaisseur de la perspective dans le repère spatio-temporel normé de la réalité. Sans cette recette d’épaississement du réel dans son redoublement, aucune profondeur ne serait gagnée par l’édifice de la réalité, aucune échappée possible, aucune sortie de ce qui est ici et maintenant sous le sens de la vue et du simple entendement. C’est parce que le simple réel issu de la réalité, dans sa platitude d’ici et maintenant, contient tous les signes de l’ailleurs et de l’autrefois, du futur peut-être même, que se rend nécessaire à la capture de cette épaisseur le moteur de réel qu’est l’ingenium de l’imagination. Cette force travaille, après la capture des faisceaux de signes qui émergent dans la réalité, à en recombiner une compréhension, un sens qui en rend compte de l’énigme qu’ils constituent tous ensemble comme la reconstitution d’un puzzle avec ses pièces. L’intensification du sens du réel qui résulte de cette opération figure la réalité tout entière, et l’augmente d’un Réel qui la déborde, l’excède au point qu’il ne serait pas possible d’en rendre compte autrement. Or désormais c’est dans l’imagerie globale que se fournit tout imaginaire pour produire cette épaisseur de signes, sur le désir de voir des images que se construit cet empire de signes. Sur cette unification des imaginaires il est possible sans doute de dire tout, et aucune description du phénomène ne saurait rendre compte de la voie d’achèvement vers laquelle il tend dans son effort de propagation. Cette imagerie cependant ne concerne pas l’imagination comme puissance unificatrice du réel, ou plutôt elle la concerne en rendant possible la saisie de ses possibles dans l’intensité d’un regard captant ensemble une masse d’énoncés virtuellement développés dans une cursivité qui suffirait à en épuiser le sens. Ce sens d’un dire qui ne se déploie pourtant que s’il est convoqué à titre d’exemplification de la vision ainsi réalisée, est celui qui se crée dans le vide du palais de lumière dans lequel il baigne comme un solide dans de l’eau, fixe à la vue, et qui demande à être saisi. Cependant cette dilution dans le noir d’une phrase n’est pas nécessaire à l’esprit, car la vitesse de cet éclair permet déjà une synthèse au delà de la phrase dans le sens d’une intellection comme rassemblement de la perspective en son point de vue aveuglé par la lenteur cursive du dire. Dans l’épaisseur de ce monde le possible résonne de tous les liens de la réalité, augmentés de tous ceux qui sont accessibles depuis le dépliage potentiel de tous les autres, qui ressortissent à une communauté de vue échelonnée planétairement. Il n’est sans doute plus nécessaire de connaître des imaginaires variés, si encore il en existe en variété, puisque de plus en plus l’imagerie qui supporte ces constructions est commune à tous. Il est aussi insuffisant de se tenir au seul sens de l’entendement pour rendre compte des signes produits par le monde, et illusoire d’y trouver une représentation rendant compte de leur diversité d’apparence, que de rester dans l’au-delà des images pour comprendre ce qui se joue dans le réel de leur multiplication. Ces deux modes constituent la même erreur de ne pas comprendre la nature lumineuse de la saisie imaginative dans son rôle de synthèse des deux mondes. D’un côté, ce monde d’images s’interdit le sens de l’entendement en se restreignant à un seul voir ; de l’autre une simple saisie par l’entendement des signes que les sens perçoivent laisse comme inabordable à son champ d’action une foule de signes qui demandent pourtant une unification dans leur saisie permettant l’achèvement de la doublure qui seule est le monde, fécondé de son double sensible comme un puits où se récolte la rosée des manifestations dans du langage, du divers du réel. L’imagination n’est donc pas un luxe, le sens de former des images dans l’esprit : c’est bien l’instance qui agence et ajuste les éléments du monde dans la saisie interne qui en est faite, la clef de voûte de tout l’édifice de captation intelligente de l’esprit.
Au plus juste de sa définition, l’imagination est un univers ensoleillé de tous les mondes qu’elle développe comme l’espace-temps depuis le Big-Bang d’une singularité, comme le versement d’une goûte de savon sur une tâche d’huile, par expansion d’étendues dont il s’agit de s’interdire la vision de l’explosion pour mieux en capter l’énergie connaissante. Il n’est pas nécessaire cependant d’y voir un ensoleillement strictement comme le soleil de ce monde provoque : la lumière intérieure qui se dégage n’est pas physique, elle est celle du langage qui saurait en exténuer le sens des peuplements, cette force d’énonciation qui saurait l’éclairer s’il était question d’en rendre compte complètement, d’en parcourir tous les aspects cursivement dans un discours. Le statut de cette énonciation partage cependant avec la lumière physique sa vitesse comme horizon d’attente d’un maximum fixe indépassable, que représente l’adéquation rigoureuse d’un langage avec son objet. Cette conception qui n’oublie pas la reddition du monde imaginal à un langage qui saurait en justifier l’épaisseur dans une énonciation parfaite, suffit à balayer les objections et les erreurs d’un illuminisme de verre ou de lumière d’origine mystique : il ne semble pas nécessaire de recourir à des entités transcendantes pour tenir l’édifice de lumière que cette description implique, pourvu que le langage y tienne le rôle de ciment avec le monde tel qu’il est donné à la perception. Comme la perspective envisagée se dégage de la psychologie et du dépeçage de l’esprit, comme faculté globale, en parties et fonctions, il ne semble pas non plus nécessaire de tenir un hypothétique sens para-psychologique pour étayer l’hypothèse d’une communauté de la bulle d’imagination et de son décloisonnement en cours. L’échelle dont nous décrivons la mise en place et l’accès possible au sein du langage, son unicité, ne suppose aucune séparation de l’énonciation qui la rend effective. Elle n’est que langage, et se situe au plus près de l’énonciation qui la manifeste. Ainsi des signes maillant la réalité de toute part, il n’est pas nécessaire de les situer sur un autre plan que celui de la réalité où ils se donnent. Si notre description engage les figures du verre, du prisme, d’un bain de lumière et des sphères de mondes possibles, c’est au plus près de l’objet qu’il s’agit d’éclairer parce que ces images sont parties de l’énonciation adéquate qui en donne une architecture intelligible et une claire vision. Ici, l’adéquation se tient plus dans les rapports internes que l’énoncé entretient avec la langue qu’il emprunte, que dans un réalisme forcené qui se figurerait dire le monde immédiatement : la théorie de la connaissance qui forme le lit de ce discours est simplement conceptualiste, insistant sur le fait que l’air déplacé par la parole est le seul élément qui partage une stricte communauté avec le monde, et refuse le pur réalisme d’un langage naturellement appropriée à son objet.
Il est cependant peut-être trop restrictif de ne concevoir comme support de la communautarisation de l’imagination qu’une imagerie globale véhiculée par la pixelisation des moniteurs où s’affichent les images du monde. Ce n’est pas la simple propagation des images qui assure la cohésion de cette bulle, mais l’ensemble des discours produits sur le monde, et la propagation instantanée de l’information qui remonte de son observation. Sur cette voie d’une hétérhentification de la production d’énoncés sur le monde, c’est le monde lui-même qui devient l’auteur global qui s’exprime, parce que son observation et le regard porté sur lui se tournent vers une seule préoccupation d’échelle, qui se situe dans le souci de sa permanence et de la poursuite d’une civilisation humaine au sein de l’habitat qu’il offre à l’humanité. Cette visée d’un objet unique qui s’étend peu à peu comme le seul qui reste digne du plus haut comme du plus urgent des intérêts, dans le développement technique qui l’accueille et qui forme sa condition de possibilité comme sa cause directe, est l’échelle même qui organise tout discours dans une communauté de propos, de vues et d’attentions, et c’est dans le destin de l’économie de ce domaine, qui seul offre à l’humain le seul habitat du monde le seul, que se figure la portée de cette échelle, ce qui en constitue les barreaux comme ensemble d’une problématique désormais unifiée dans les têtes.
Ainsi, le nivellement comme événement actuel dans le berceau de l’humain n’est-il pas tant l’effet de la propagation d’un empire technique sans précédant ; il ne prend cet aspect qu’en tant que phénomène de masse touchant l’ensemble de la population en même temps, mais dans son principe il n’est que le point de développement de l’ameublement de la réalité qui rend possible l’unicité de la perspective et l’élaboration de son point de vue concomitant. Il ne faut pas donc entendre l’explosion de la bulle d’imagination humaine comme l’effet direct d’un mécanisme de nature technique strictement, mais comme la conséquence naturelle de ce que la technique engendre de préoccupation sur les conditions de son développement global. Ce n’est donc pas tant la catastrophe d’un nivellement des points de vue sur les barreaux d’une même échelle qu’il faut redouter, que sa conséquence sur l’habitat comme environnement qui la rend possible. L’humanité désormais seule dans une chambre dont l’habitabilité est mise en danger par la technique qui rend possible sa conception comme seule chambre disponible et unifiée par elle, s’imagine dans une seule tête dans un dialogue avec autrui, seul vers le seul lui-même qui est envisageable, dans un tête-à-tête dont l’issue détermine la poursuite de l’aventure en entier. A un point déterminé de la réduction d’échelle en cours, chacun le seul propriétaire du seul monde, dont autrui comme chaque autre figure l’humanité même dans la possibilité de la poursuite d’un dialogue, est le dépositaire d’un accès à l’ensemble de la problématique qui demeure comme le point nodal de l’embranchement des futurs possibles : rejoindre la communauté de vision des possibles n’est même pas une option plus ou moins confortable, c’est le seul ralliement qui reste à opérer comme signe d’une volonté de poursuivre l’aventure de l’humanité. Chaque tête la seule face au monde le seul où chaque autre est le dépositaire d’un pacte commun engageant la totalité des points de vue possibles.
Les conséquences pratiques de cette ouverture de la perspective unique à toutes les têtes en même temps, seront considérables. Chacun le seul propriétaire du seul monde, dont la lumière irradie la tête comme le seul point d’accès à tous, tous ce chacun en face de chaque autre dans la déposition d’un pacte de paix assurant la simple possibilité du face-à-face futur, dans une ronde où le langage illustre encore et toujours sa seule vision d’une communauté de destin face au tragique de l’alternative suicidaire pour l’ensemble de l’humanité, engagé dans une lutte pour la clôture de ce monde dans une privatisation qui engage le langage tout entier comme seule ressource de l’opération même de la clôture, dans une explosion à venir d’univers singuliers et privés où il ne suffira que de respecter le pacte de paix durable avec l’environnement pour s’acquitter du droit d’entrée au tournoi des mondes pour l’établissement d’une carte unique de tous les univers ensemble, où peut-être plus aucun dialogue ne sera possible, que la tractation dans la répartition des forces d’une seule tête globale dans le corps-monde le seul et unique, dont les individus ne seront que les membres épars concourant au même destin d’ensemble – voici où nous portent nos déductions concernant un probable avenir de ce monde, quand une entité unique possédera la propriété de la manifestation de tout, présent, passé, avenir, espace et temps, étendue et durée, et qui n’existe déjà nécessairement que dans le futur, ce futur certain dont la lumière parcourt déjà la trajectoire depuis l’assurance de son point d’émission.
Ce qui est peut-être laissé à la discussion de maintenant, loin de cette apocalypse dont le drame ne cesse de se profiler dans le présent de cette grande époque où nous vivons, c’est la nature des signes que nous envoie ce futur comme une traînée de poudre qui se propage de loin en loin et qui témoigne de l’explosion prochaine. La conclusion inévitable qu’une théorie unifiée de la physique devra prendre en compte dans son calcul intégral des trajectoires de tous les objets possibles, l’ensemble de ce qui est donné à l’humain, qui la recherche, de percevoir, indique assez bien que le concours général qui est lancé, vers le premier humain, est aussi celui vers le dernier, le seul et unique dont la figure s’étendra à tous les individus. Il ne nous échappe pas que cette conclusion apparaît dans une civilisation qui avait mis jadis au principe de sa croyance le destin d’un seul homme, valant pour tous et à l’égal du dieu entendu comme puissance d’information de toute chose, aussi est-il peut-être temps de rappeler non seulement que cette enquête se déroule au sein de cette civilisation, mais encore que cette civilisation même ne peut amener qu’un développement tel dans ses aspirations. C’est sur la base de cette évidence que débute d’abord la recherche d’un sens unique des signes qui doit s’inaugurer.
Qu’est-ce qui est identique?, qu’est-ce qui est différent?, l’oscillation de ces deux tendances engage la partie : d’une manière générale il est de bonne méthode d’accorder l’intérêt à ce qui se manifeste avec le plus de force, soit la ressemblance, soit la différence. Il n’est pas raisonnable de donner au principe d’une navigation dans l’épaisseur des arcanes du réel une autre règle que celle de cette méthode différentielle ; autrement, l’on peut toujours en effet dire n’importe quoi à propos de n’importe quoi, ce qui se résume toujours en d’avantage du n’importe quoi. Ainsi du plus proche, en tant qu’il témoigne du souci qui se manifeste au plus lointain, qui emporte beaucoup plus de ressemblance avec le lointain que de différence profonde avec lui. Par la récurrence de cette méthode de recherche du plus grand coefficient d’identité ou de différence entre les objets qui tombent sous la coupe de l’esprit, il est possible de déduire que l’autre de la seule tête possédant le monde le seul au point de m’inclure dans sa propriété, qui est égale et en concurrence avec la mienne propre, ne se situe pas dans l’immensité des visages qui me restent à connaître, mais dans la plus simple proximité toujours, de sorte que l’accord de paix qui reste à réaliser dans l’optique du souci de l’habitat, le seul souci qui reste à la préoccupation humaine, est toujours celui avec le plus proche, comme le plus lointain dans l’altérité qui soit possible de concevoir. Le face-à-face avec le prochain, à l’image du duel ultime dont la possibilité de la poursuite de l’espoir scelle le destin de celle de l’humanité en tant que telle, est donc encore et toujours le seul qui importe, et c’est ainsi que seuls les signes qui émanent de sa visagéité, comprise comme l’ensemble de la signification humaine, sont ceux où espérer lire un lointain écho de la déflagration de toutes les têtes en une seule. C’est aussi ainsi qu’une assemblée ne figure pas déjà un cénacle de têtes autres, mais d’abord une seule contre le visage de laquelle le mien propre vient signifier. Dans la foule ainsi se lit partout le signe de cette explosion comme implosion de toutes les têtes ensemble.
Ainsi la solitude dont témoigne comme tête imaginative d’un seul le seul monde n’est-elle pas un accident dont se défaire serait la voie d’accès à l’altérité véritable : elle est la condition première de l’accès au monde, la prise en compte de ce qu’il m’appartient comme double de mêmes dont l’altérité n’est pas déjà réelle, mais encore et toujours l’horizon de toute interaction avec lui. Le monde ordinaire, monde de mêmes qui n’a pour double que soi-même comme son autre véritable, rayonne de signes adressés d’abord à cette altérité que je figure dans le face-à-face avec lui, et au plus proche dans ce monde, les signes du plus lointain, sur l’échelle unique d’une énonciation transperçant les visages pour s’adresser de toute part à l’altérité que je lui suis comme son seul autre possible, chacun transpercé de signes pour chaque autre, dans le commun de la lumière d’une même imagination illuminant toutes les têtes en même temps. C’est aussi à chaque instant que le monde, dans la pression physique qu’il exerce sur mon être en entier, et ce qu’il m’est possible d’en percevoir, figure la totalité de ce qu’autrui comme ce monde en entier m’adresse comme signes de son inaltérable présence, comme une certitude de mon existence entendue comme résistance physique à cette pression. Le monde physique en entier étant comme seul autre de ma force d’esprit de le concevoir, le sens de la vie plusieurs n’est plus à chercher dans la communauté présente des mêmes qu’il tend à mon regard et à mon intellection, mais dans l’absence nécessaire qui permet le dialogue en soi-même avec l’autre imaginé comme perçu dans les attitudes des visages qui me questionnent de la persistance de leur mêmeté. C’est ainsi autrui, le plus proche en tant qu’il est absent, qui réalise la seule altérité du duel véritable, lui qui se perçoit partout dans la présence alentour de visages ensemble constituant son altérité. Le monde seul en son dehors véritable est donc constitué de la totalité des signes que produisent toutes les visagéités, moins un absent qui est pourtant tous ces visages ensemble. C’est dans la foule la plus vaste qu’il se perçoit aussi bien que dans le huis-clos d’une conversation duelle, et chacun l’autre de tout autre ainsi de proche en proche à la recherche de l’absent. Le seul est toujours un autre, et l’autre toujours l’absent, qui s’exprime sur le visage de tous les mêmes qui sont présents, à mesure de la proximité de vision qu’ils expriment avec soi. Les absents se comptent dans le monde le seul, comme authentiques autres, et s’envisagent sur la face de tous, à charge de les reconnaître, dans l’improbabilité d’une ultime rencontre.
Lundi 26 Juin 2006
Ombrage du proche et du lointain

L’absence, comme des ombres, finalement, chacun avec son épaississement d’absents, l’ombre de qui se donne à manquer. Tant que le manque baigne, l’attente comme de performances de la psychologie, l’absence ne vient pas à manquer, mais le manque lui-même, dans son attente de résultats et commentaires des bookmakers psychiques, tyrans de présentification de la course d’obstacle et des tacles de la socialité, ce sens plusieurs qui est pourtant nécessaire, paraît-il d’ailleurs, selon. La solitude de l’absent, ce désigné sans cesse des tâches du langage, ce prêteur de lumière, et de l’absence comme énonciation peut-être temporaire de soi comme manque originaire de différenciation – d’où les compensations etc. – est celle des mondes dans la précipitation de la prise de parole de la réponse ; or l’affect, la question du ressentir, pèse avec insistance. Une épochè comme suspension de l’absence comme ombre, peut être le sens de l’illumination, si règne cet accord de la jonction du monde dans le présent. Accord, si l’on veut l’amour nécessaire, autorise l’absence à de décompenser d’une parole qui présentifie l’ombre comme la pleine lumière, de sorte qu’elle ne fasse que renforcer l’absence dont elle représente la trace dans le bain de lumière de l’être, celui situé là, ici, et dans l’autre ici de l’ici même, là haut. Aussi bien que l’imaginaire, l’ombre. L’imaginaire est obligatoire, donné de la feuille d’absence générale qui se donne à lire dans la signification de tout visage comme de toute langage, mais il serait frappé de l’interdit d’y voir, d’y sentir le manque de la présence comme ce qui est entièrement le rôle des facultés psychologiques. Sur le flux tendu de livraison de la lumière que présente la parole comme la visagéité, nul prélèvement d’ombrage n’étant opéré par l’esprit imaginant, l’ombre ne demeure que comme l’ensemble des traces laissées par des images anciennes où se fixent les affects et cette emprise de comblement, que compensent, si l’on ne les tient pas sous la coupe de l’optique de ne pas y voir, la psyché, sac de tuyaux de la tête. Demeure une ombre dont l’épaisseur même de réel des époques où elle s’est formée, détermine la force d’évocation qu’elle représente encore fugitivement comme affectation, inclination vers comme une persistance rétinienne intérieure qui, à son tour, du simple spectacle du souvenir de la projection au dehors qu’elle figura des présences passées, opère l’ombragement comme les masses de nuages dans le ciel de l’humeur, milieu délicat qui accueille la vitesse des peuplements de l’imagination. De la force de l’imaginaire. Et encore, cette concession d’une atmosphère est-elle la marque de ce que l’humain, longtemps avant que de se sentir contraint à l’impératif de ne plus y voir, baignait d’images où revenaient à puiser, pour leur édification future, les facultés qui désormais ont à se tenir sous la tutelle du moteur général de réel de l’esprit en son imagination. L’absence d’attente que l’absence, en tant que principe d’ombragement délibéré, de tout autre au bal des êtres formule, est le sens d’un manque où se reflète comme la lumière intérieure sur ce nuage d’ombres, le calcul des peuplements que le langage porte à l’existence. Si tout langage, en son degré ultime, imprime sur le sens l’ombre des absents en formant le sens de l’ombragement qui se joue dans l’affection, l’absence est son sens, dans l’impossibilité de l’altérité qui engagerait le duel d’un dialogue parfait dans l’improbable lumière d’une présence à jamais fixée dans le nulle part d’un présent achevé de sa course. C’est pourquoi l’achèvement de l’échelonnement ne se situe que comme horizon de l’exténuation du dire, dans une permanence de l’ensolleillement qui supposerait la disparition de l’ombragement de l’affect, c’est à dire du voir et de l’imaginaire même. Cet horizon d’achèvement est ce qui se donne à entendre dans l’expansion des peuplements comme forclusion du voir. Ici, il ne faut pas entendre un refoulement des images de l’imaginaire dans une interdiction de vivre les affects que l’absence, dans son ombragement même, met en lumière : il s’agit bien mieux d’un impératif de captation de la vitesse que la saisie de la lumière sur l’échelle rend possible comme dissipation de l’ombre elle-même, i.e. de la tension d’attente qu’elle crée dans son affection de l’absence. Le sens d’une autonomisation de la sphère est celui d’une exploitation de la présence dans l’instantanéité de la présentification comme communicabilité immédiate et permanente. Comme si l’instantanéité de cette présentification rendait accessible un fond d’absence comme une altérité lointaine qui cherche à s’exprimer au plus proche du dire le plus voisin, dans la tautologie que le langage réalise en présentant la totalité des présents comme refus de saisir l’essence du langage comme recherche de l’absent dernier, qui arriverait s’i l’on se contentait d’attendre l’épuisement du dire. Le souci de l’habitat comme seul souci du monde dans le monde figure celui qu’il cache, l’habitant qui s’absente de se voir relayé dans un bain d’images qui révèle son inaliénabilité, dans la certitude qu’il se tiendrait entier dans la lumière de la complétion du dire, de sa simple présence, pourtant immémorialement lointaine ou à venir, immémorial ici ne concernant pas tant le passé lointain, que le jamais déjà de l’avenir. Dans l’acceptation d’un ombragement d’imaginaire se tient le sens d’une cécité contraire à celle souhaitée dans l’optique d’une ouverture de l’esprit à l’invariable désormais de l’échelle ; à l’inverse, dans la dépouille de l’attente dans l’ensoleillement et l’oubli de l’affect de l’absence, se tient la voie de l’accès à la préoccupation d’échelle qui se donne à entendre pourtant dans l’imminence indéterminée de l’achèvement de son arrivée : la polarité du regard, vers celui de l’absent, ou bien vers le signe de son attente comme habitant de la maison le langage, se tient dans l’alternative, aussi bien entre le sens du passé et celui de l’avenir, dans la perspective de l’épaississement du présent et de l’ouverture aux possibles, et de la vision comme simple inondation dans l’imaginaire : il en va de ce qui se donne dans le langage comme force d’éclaircissement ou comme force d’ombragement. La force d’éclaircissement, inclination du regard vers l’unicité de l’échelle comme préoccupation de l’absence de l’habitant dans un environnement dévasté, rendant possible sa résonance désormais dans le décalque de chaque phrase, tient son enjeu dans une libération de l’imagination, de la force d’ombragement que constitue l’attention à l’affect et à l’apparence, présence de qui se donne à entendre. C’est peut-être par une volonté de nier le caractère tautologique de tout langage que se manifeste l’oubli de l’échelonnement unique qui est à l’œuvre dans l’accélération de l’instantanéité et de la synchronisation des appareils de communication, comme dans une fuite dont la course en avant ne servirait qu’à couvrir l’effroi de l’absence et sa charge de questions quant à son habitant. C’est parce qu’il est impossible de résoudre la présence d’autrui, parce qu’il n’est jamais lui-même qu’un autre même dont la présence ne signe que la redondance du langage dans son explication, qu’il est impossible de fermer les yeux sur l’échelle qui y mène comme à l’horizon le nuage dans la montage. L’attente en tant qu’elle se libère de la question de l’absence telle qu’elle se présente dans l’imaginaire comme attente des absents, avec toutes les ombres que cela suppose, est l’attention aux signes, lointains dans du prochain, proches dans du lointain, de la venue d’Autrui comme seul et ultime pourvoyeur du dialogue de deux mondes ayant la même visée de l’échelle qui en rend la mesure possible dans l’habitat. Cette attente et cette attention est celle du futur en tant qu’elle tourne le regard vers un inédit d’éclaircissement et de levée complète de toute ombre possible, aussi que d’épuisement de toutes les images envisageables. La tautologie, en se disant sans reste dans le langage, voit son énonciation tourner en énigme, comme un rébus, au moment où il s’égalise sur un seul plan d’échelle ; parce que la force réalisante le retient en surplomb sur une seule carte qui se repère à mesure que l’imagniation peuple ses sphères de matière lumineuse, hors conscience et représentation, les poids de l’âme avec ses souffles dans l’orgue de tuyaux que forme le corps, lorsque seul le sens est requis de ce qui se dit et se donne à lire, et que l’éclaircie d’une levée d’ombre se produit de la fermeture de la boite à malice de la psyché et de ses artifices, dans cette attention de ce qui apparaît sous le soleil général du monde. Le sens, à la fois qui fait signe et l’esprit qui le consigne comme une archive d’illumination de tout l’édifice abstrait, et immatériel semble-t-il en effet, souvenir de feux d’artifices si l’on veut, qui crible la carte, feuille de route d’aujourd’hui comme le papier perforé du piano mécanique de la musique de demain, lorsque peut-être tout les nuages auront cédé leur ombragement d’affects, se dégageant peu à peu comme sur une carte d’Etat-major, à terre et désensablée par le souffle d’une explosion lointaine, d’une seule sphère en toutes, ou de toutes en une seule, ou à la manière d’un vestige que la brosse de l’archéologue révèle au jour de la terrasse de la fouille à rebours du temps. Cette ouverture où au concert s’accorde l’orchestre pour que la musique seule harmonise l’air, passe peu à peu comme sur l’établi le rabot qui égalise le bois, à côté du niveau qui repose sa bulle égalisatrice. Mais, dire le temps qui passe simplement n’est pas rendre justice à ce qui fait l’unique de maintenant, car, que l’on vive dans le calme d’autrefois ou dans l’agitation de l’époque, dans le temps de la catastrophe ou dans l’ère de demain peut-être, il faut tout de même reconnaître qu’il se passe quelque chose de nouveau, non pas dans l’urgence de l’exclusivité de sa découverte tant, qu dans le souffle qui préfigure le nivellement qui gagne avec la célérité du gain de fréquence des appels au standard des correspondances générales. Comment effectuer le tri pour dire où et à quel destinataire s’adresse quel message relevant de telle forme d’énonciation, sur la grille générale ou nouvelle du langage qui se spécifie dans sa probation progressive ?, voici une question à laquelle consacrer l’esprit dans son ébranlement vers la compréhension de ce qui échappe à conscience et représentation. A partir de la vision claire de ce qui se profile à l’échéance de bientôt, il faut calculer d’abord les possibles qui nous en séparent, avant de savourer plus tard toute la différence de la vue rétrospective dans le miroir de mémoire qui s’étend comme la base du polygone que le double conique dessine sur le plan général : à rebours une désimagination produit son temps possible et les étapes de la durée qui nous en sépare dans le peut être de demain.
L’énigme que tout autre constitue à mon sens localement et toujours est ce qui questionne l’énonciation du dire en ceci qu’elle est l’attente première d’une altérité déjà réalisée, sortie du marasme comme du marais de psychisme à tacles et sorties perfomatives du gardien de but qui affecte des poses dans le sentiment du danger qu’il perçoit de cet abandon. Si cette interrogation de l’altérité n’est pas négociable, l’obligation de la déprise des positions du moi en est la devise comme le pré-requis, dont l’assurance de l’achèvement est le pourquoi de l’attitude d’attention dont la présence s’enquiert de ne pas se départir. A tout prix, dans le pratiquement de la fréquentation, temps ouvert où la navigation des possibles se rend à son plancher d’énonciation, l’écoute et l’instruction des charges de probation de son altérité comme incompréhensible force de questionnement de mon altérité propre, sont les modalités des débats d’une table ronde, au dialogue de laquelle juger de l’éloignement de la prise en compte de la maxime de déprise de moi dans les manifestations de débordement, qui appelle le dialogue le plus long comme à l’horizon d’un ultime irréconciliable, est la pierre d’ombre qui est souhaitée et attendue dans la certitude pourtant de son éclaircissement le plus lointain, à l’horizon de ce que la rencontre représente au tableau des devoirs de plancher à la définition des desseins de l’aventure de la vie comme elle va. Rencontre est le nom plus ou moins d’autrui qui prétend à se désaltérer dans le stand de pratique, en habit de tank où tanguer la quille de gravité de la posture verticale, dans l’air tout sourire du jour. Si c’est d’abord à soi qu’il revient de fournir les contre-preuves de l’affabilité, c’est parce qu’à autrui qui se présente, revient l’avantage de l’engagement des dommages qui dépareilleront les ombres sur le fond de mêmeté dont il se pare d’abord comme alter ego. J’applique le même à l’altérité de l’autre que son attention comporte de mêmeté, par la figure de cadrage-débordement qu’il m’applique comme le décalque de ses envois, au tournoi de touches où l’escrime est l’esquive de la passion de tacler peut-être, et le sens commun l’horizontal du tact de la pesée de toute considération et réplique, dans l’essai de ne pas pourvoir en usure le délice de verticalité de la houle ambulatoire. Le prêt d’emblée d’une tenue irréprochable est la mesure de l’ensoleillement où tout nuage d’affect sera absent, avant le concert de défaillances à sa restitution parfaite, qui rombrent les alpages de la conversation. Manquement est le signe de ce que l’attente se déçoit dans l’entente de même qu’une attention oublieuse provoque : le lot commun sur fond de quoi s’autorise la dénonciation comme espérance d’un horizon d’atteinte, dans l’avenir de la recherche incessamment d’un sens de ce devoir, dans l’instruction de quoi exposer son de front dans la discussion ou trêve de socialement. Chose rare, dont la lampe de soi partout dans le monde lance son éclairage comme sa recherche en plein jour d’un pourvoyeur d’inépuisement, ami qui n’abaisse ni ne relève, et relance l’exercice d’explication sous le hall où se joue la composition concertante, dont la retenue est l’instrument. Probité, décence, envisagement sans ombre, comme dans le discours qui ne se refuse rien parce qu’il ne court pas d’arrières plans obscurs ; prévention et mesure de l’affect dans l’écho de la résonance des dires, sentiments sur le perron de l’accueil, où les têtes se signent et les mains s’empoignent à la salutation, et le nom du sommet où se formule l’accord, un bien veillammant ou veille de la bonne attention et vouloir parallèle. Par session, approfondissement du champ de discorde comme ombre qui se forme de sentiments. Ombre comme un dégrisement dans la géographie thématique des abordages, sujets et dissensions comme manifestes d’idiome délimitant la figure dans le temps. Aires, espacements, reminéralisations et radieuseté de conserve, normalement. Le contraire de l’amoindrissement et de l’émondement, sclérose et circonscription, toujours possibles, dûs au passif des tacles et des oublis. De là dégagements éventuels, reprises et sifflements, confitures et dépitage sévère, replacements et renflures, toisement, requinqage dans les quincailleries cliniques et rembardes dans les coins, upercuts et hypocrise d’allusionnement, casages et baisses d’attention, démises et remisages, rencarts et ajournements, coups de pied de front et passade de rang Car ce qui est général, comme dans le barème des fonctions, c’est l’échelle ou moyen avec bas et haut et des progressions, milieu universel de composition naturelle et de jugement.
Le tacle est d’abord un mésusage du sens de voir comme il est affecté à concocter des répliques faisant neutre sinon bon usage de ce qui a été vu comme volé au magasin du moi. Or, il est facile de voir, dans le monde que suscite chaque énoncé, les ombres de clinique en chacun, et de les retourner comme si l’on tendait un miroir. Un monde clinique apprend l’usage du tacle comme réponse au tacle. Il ne faut pas tacler, et monde clinique est le nom d’un monde de bandits cependant. Il est facile de voir : c’est le talent d’entendre, d’un sens social qui débusque dans tout discours une pitance pour son appétit d’imaginaire – un talent partagé dans la mêmeté qui éloigne la venue de l’autre comme force incompréhensible de peupler des mondes originaux, à l’opposé de ce qui constitue la vision qui nous importe seule, celle tournée vers le futur et son absolu ” circulez » d’un  ” rien à voir » définitif.. Ce qu’il s’agit d’entendre d’une échelle inique, revient au socialement dont il faut se déprendre ; ce qu’il s’agit d’entendre d’une échelle unique dans le dire ne se situe pas dans ce sens commun de comprendre qui engage des images, mais dans une altérité d’autrui qui est cependant rare en vertu de la loi d’identité qui inspire le même dans son accroissement. Il faut voir soi seulement, surtout ne pas tendre les pièges d’une réplication du visible ainsi dans une image reflétée, objet du tacle ou croc-en-jambe d’un moi Malgré la rareté de cette épure du soi qui est le milieu où se propage la vision de l’immémorial dans l’époque, sens du futur, il est possible d’engager ces ombres dans une recherche de ce qui fait écho en elles de la catastrophe d’échelonnement de demain, par torsion de l’énoncé et soustraction de la gangue de moi, de la pureté du dire, et non pas une pureté comme l’absence de brou autour de la coque d’une noix, mais comme assujettissement au phénomène qui se profile. Dans cette recherche de la clarté au sein des ombres, aucun des cinq sens n’est convoqué par privilège outre la perception de l’énonciation : ni le nez comme dans la perception d’une fumée signalant un feu quelque part, ni la vue comme quand le bonnet révèle la cachette de l’enfant au jeu de chat. La vision qui s’opère, dans le mouvement de peser l’énonciation contre le balancier, contenant l’échelle déjà dans une conception antérieure de sa mise en place, par application du souvenir rétrospectif du futur, est tourné vers l’intérieur, vers l’élaboration d’un rapport de mesure qui formulera une réplique au plus juste, de la restitution du message caché dans l’apport préalable de l’ambigu d’une parole toujours qu’elle a, et qui forme le mystère d’un peut-être toujours incompréhensible, dans l’espoir d’obtenir une nouvelle parole confirmant la vision, la modifiant, la précisant, et retour de nouveau, dans un échange qui ne prendrait pas l’ombragement du moi et de ses affects en dépendance comme horizon, mais ce qui l’excède dans l’énonciation, la grâce du langage même qui possède déjà l’achèvement du dire dans la combinatoire de ses possibles ; ce dialogue, comme dans les frissons de sentir un souffle dans sur les tempes, offre le sentiment d’un vertige, le plus haut comme un effroi sans peur, le sentiment du trucage de la langue dans l’effort du moi de cacher sa dernière signification, où tout parle, sauf cela dont il semble être question communément. Comme si, hors la norme du moi, s’ouvrait autre chose, dans la vision d’une chute perpétuelle de cette échelle sur le monde, venant du futur, dans un grondement dont la clameur partout, comme le calme précédant la tempête, rumorise l’imminence de l’irruption.
Mercredi 28 Juin 2006
Rencodage

Dans sur vers et alentour rencodé par le débilitron

” Etre », c’est ” être quelque part », c’est à dire dans, une solution aqueuse sur l’ergastoplasme de tout, dans un écran de veille, une canette de coca. Il faut crever cela, ” être où? », pour décoller la mandale, et ici nul lieu n’est précisé, être ” n’importe où », emporte encore le protocole. On ne sort, d’astrologues ou de sushis, jamais de cette braguette pour une vieille croûte. Une part de tarte découpe ainsi ce qui est, et l’idée d’une patelle géante une ouiche lorraine, idée de la sauce béchamel, de l’appareil dentaire. La panse de brebis farcie n’est donc pas un pipeau réduit sur plan, c’est l’idée de tout départ, de toute découpe, l’idée de l’idée qui opère le boulet de canon, peut-être une banana split ultime : selon l’être, où sur la sauce tartare. Carte comme le lavabo qui double le chapeau de paille de l’idée d’un hautbois, et monde et langage se distinguent comme de la boîte à gants le solex, en fonction d’une semelle nécessaire.

La pâte à crêpe est dans le bouquet garni, et l’escalier en colimaçon dedans la schtroumpfette. Il y a monde et monde, dedans la boule à neige, et la bouche dans le berger allemand, parcelle totale qui monde, tautologie de l’étincelle. L’habit de vaccin de la quatrième de couverture, cosmologie d’éponge et dedans, totalise l’ensemble des lentilles sur le manchot ambidextre. Comment distinguer monde et monde, comme la bête de sexe et le moule à cake? Les chaussettes trouées alentour dans le massicot, lumières sous la vieille harpie, sont des lunettes de soleil aussi. Infinis qu’il est juste de prélèvements, habits ou tenue de crise d’asthme pour le clin d’oeil mondain dans le spéléologue, pour tout bal d’ailleurs, puisque sous le sarcophage, sous la sardine de tout dans ce massicot, dansent des jupes plissées, sur l’axe des pépitos, dans de l’air. Embrassant la motoneige d’air des sosies d’elvis, les hérissons, enveloppes de cigarettes russes, dansent en dégueulant. Le petit coin de fraicheur d’une cuculle des bars américains dans le manche de pelle, mondanité. Dans les pâtes de fruits : chaque tête sa fosse à purin plus ou moins claire de l’enveloppe mondaine qui contient les scorpions, univers en petit des victuailles qui sourient dans l’espace en excommuniant. La métamorphose de chaque opère la brique de lait générale, et la nappe à carreaux des ballons sur la carte à puce des moustiques. Un brachiosaure de postes à soudure assurant la barboteuse générale, incline le préservatif sur la belle-doche du soir, chacun a sa calandre impeccable, généralité tirée pour l’article en promotion, et le chien de civière du karaoké en chacun dans le chapeau de paille privé en dedans, un journaliste surdiplômé de bras articulés, mais seulement tant que l’on perçoit les oncles par alliance dans le béluga, et non chaque monde une chaise dans la calandre du supplément sauce huître. Concertante la braguette des pavillons de banlieue qui assure l’indication du moment de la poire en cours, et des bougies à la cire d’abeille à chacun. Le séquoia coûte une barque de la méduse à la seule salle concertante. Mieux que des sangsues pour souder les couches pampers à ne pas s’effilocher dans le bélouga, des sargasses sur l’idée générale d’une braguette, abstractions différentes selon ” chaque carte un bouffon » ? Pas même, puisque les bifurcations y assument des ventouses. Chaque monde sur une seule carte, sur l’idée du plumeau qui est une bombe atomique en chacun et un poignet général dans la crevette, en son fil de pêche, dans ses lectures coquines où trouve à agenouiller chacun. Nature de gallinette cendrée est un calamar de canard laqué, disjoncteur qui évite le nettoyeur à vapeur d’ombrelle, qui peut toujours venir de l’interdiction de surcharger la panse de brebis farcie inclusion de l’omelette aux champignons dans l’harmonica et du bel orifice dedans, et qui force l’idée de Tête éventuellement, déité héritée de l’idée d’enfance d’un Filet de bave, erreur reconduite dans le cadavre. Une seule réalité, et mondes dedans, réalité sac général dans quoi il n’est pas question de flamber des bretzels non reliés aux cocotiers généraux des rempailleurs de chaises. Généralité d’alchimistes existe, et non monde général d’une patate. L’idée d’un cancrelat, séparant les stimulants dans la pommade, et l’horloge, nie son canari séparation. Séparer la mobylette bleue de l’encéphalite, et cette baguette pas trop cuite celle de l’aphte de queue de morue. Les clochards reliés aux crachats, les jambes arquées mondes reliées au partenaire en latex par affinité d’omelette aux champignons. Tube n’est rien de l’amphore, rien du grand dadais, support éventuel – la baignoire flotte dans l’air entre les muqueuses nasales, elle n’est que langage, et tubes n’ont pas d’oreille, mais bruitent à l’occasion. Le minitel des plantes carnivores, souvenir peut-être du troupeau de yacks de l’explosion ancienne qui assura l’émission de variétés des chaussettes rouges et jaune à petits pois de leur destin, Big «paaaarle-moi d’amouuur !» Bang et invention du brin de persil. Abstraction est la civière, et le vilebrequin dedans, tiré à part l’assemblage tube de crevette grise ; et abstraction n’a pas d’enveloppe, vole librement, se joue de l’air, voyage sans emboutir les marrons glacés du cigare, peut-être. A condition que ce dernier ne soit pas l’élastique, n’intervienne pas dans du boeuf en daube. On n’écoute pas les sportifs dans le costume à paillettes. Destin de ramoneur claudicant, oreilles sales de taxe peut-être écoutent, mais en règle absolue du miraculé l’on ne passe pas les épiciers d’oreilles de lapin. S’adressant directement à son flibustier de carnaval de baby-sitter, visant la face de truie, illumine la cité lacustre le cadeau de la fête des mères. Tubes un ouvre-boîte électrique de logiciel open source noir, ne rejetant que la rave comme magnétique pourtant à des lucioles cassées, d’une murène de litière pour chats insensée. Mais est-ce que tube absorbe la roue de secours? L’énergie mondaine éloignant les drag-queens des scies égoïnes, se détache un sauvage fait de runes. Cartes et territoires se disent tautologiquement les barriques. L’ensemble du boulier est une pantoufle qu’il revient à la crevette grise d’entendre, d’interdire, pour en démaquiller les sportifs de lapalissade, les cruches à l’écoute totale, de tronçonneuse en lointain, de ce qui se dit du journaliste surdiplômé sur lui-même. Une roche volcanique énergie mondaine interdirait bruits et tuyaux de calfeutrer les pitbulls perceptibles, si des bétises de cambrai n’étaient pas du terrain vague aussi. Retenues sur le vacherin de temps où se reflète la mitrailleuse lourde des valises sous les yeux, un cul-terreux permet la passoire de ce qui empêche la bombe à eau de démarrer comme telle, du commentateur sportif qui s’enterre dans la rondelle des gadgets qui pèsent et émondent la bourse vide dans une liquette locale. Local le cintre de la pustule qui freine l’arrivée dans, comme une vesse-de-loup, l’absence de plan b où se dit la semelle. De pierre en proche une maladie honteuse se marie à exciser et publie la communauté de communes dans l’assemblée, la patate au beurre au platane d’incandescence que signifient sourires, éclats de mangouste et bonne humeur, légèreté généralisée. La boule puante, anti-matière de loutres sauvages, se répand de margoulette en tête et une stérilet première apparaît à l’évidence de parc à huîtres, l’esquimau de la batte de baseball se délocalisant à une noix de coco mondaine, que l’ensemble des cormorans cités, lieux et personnes, forment le sternum, et cet arbousier premier une sale haleine de phoque dans laquelle se loge une télécommande, sans gravité, et navigue de tuyaux de cuivre en plaisirs. Plaisir ici le chien savant de la bête de sexe spéciale d’être présent dans la marmelade d’orange, proposition de la brouette générale qui résonne, de côte de porc en cercle jusqu’au confins de chaque phrases, dans l’air spécial ainsi habité. Au serveur ftp comme sur un dollar de bête noire part, des druides plus précises se détachent et dansent dans la crotte de bique de couillon, et des vieilles peaux parcourent la morve comme des ficelles des strings et vont scier aux quatre coins, reviennent chargées d’un nouveau sens à son vase mérovingien qui etc. Dans ce tas de graisse de ruines romaines d’air et de tennismen, répercutant des marginalia de gaulois vers leur destin redondant d’illumination d’escalope, aucune volonté particulière ne prend son coquetier, aucune singularité même ne tire son guignol de l’amanite phalloïde formant le campeur en entier, et chacun se livre entier au sourcil de la quiche au lard, ensemble si l’on veut détaché de sa machine infernale, et langage tout entier. Tournent les fruits de mer dans le pulvériser air d’amulette magique qui retentit, et se profilent les viennoiseries portées d’absents, qui passent comme un hibou depuis la yourte que chaque regard figure. Là, le scud est seul, comme détaché du côté obscur, abstrait de l’amulette magique qui l’encadre et décore, dans sa scie sauteuse d’hurluberlu voyageur, vaisseau principal de fête de village au concombre de mer. Au pantin en bois de multirécidiviste saisie par une vanne pourrave chacun la lutteuse est-allemande, la lutteuse est-allemande de moulin à poivre est infinie, tout ouvert sur le possible et un supplément sauce huître de jambes du pantalon, sur la loupiote desquels se reflètent des runes multiples, d’emprunt ou anciennes, qui soudain ne sont plus celles des amandes et de gros mots qui les portent, qui assumé se déploie sans entrave. La brute épaisse s’achève sur un vaccin part qui est dans le temps compté du faisan. Nulle part précisément une kermesse de bourrées auvergnates aérées de démineur s’échange le chich kebab ténu de la clarinette qui les subsume. L’embuscade des contraventions d’abstraction est le canari, que nul ne revendique, et l’air autour de se trucider en kaléidoscope, jeu d’écrous des marguerites où les bananes jaunes sont reflets de tous les autres. Il est inutile en effet par la poubelle à pédale de revigorer à ce barbecue faux qu’évoquent les jujubes danseurs qui se soucient d’eux-mêmes plus que de la cité lacustre générale, qui ne comprennent pas le beau gosse public qui s’illustre dans les clés dynamométriques ; la lutteuse est-allemande d’un jeu de bourrée est dans les sosies d’elvis qu’on lui fait prendre, non dans la tête en plastique d’y voir un dollar. Non plus que jeu futile de poisson rouge, c’est à chaque reflet que se démultiplient les victuailles de ce parapente évoque, et sans drame, dans le plein consentement de tous. L’artiste comme propergol, les effets pyrotechniques, les poupons et buffets, décor de taureau. Chacun pourra refléter dessus son panneau solaire à ces réalités, les rapiécer pour assurées, les plomber comme dans sa canaille l’invitation, et les altercations d’usage, pour l’honneur de tout ceci, la gaine de rectum, sourires et plaire, tout ceci est lobotomisé, l’atmosphère en dépend ; s’étonnent chaque fois d’y être présent, de ligoter de nouveaux visages, d’engager des lactations, et d’éviscérer au concessionnaire ford, sans conteste, que le dreadlocks brille dans l’air comme lumineux et insincère, les boules de neige empesé et les trompettes de la mort poudrées, les gaz suspects dans le cache-misère d’abat-jour. Sur les cruches de sept lieues cette selle de vélo suspendue, le temps d’une danse louée de chambranle de porte des gnocchi faits maison, dans sur vers et alentour du pudding glacé de caniche nain jaillissant d’ombres, marcher dans le marteler air du soir, tendre l’attention vers ce qui vient, sans le bidon de lait de pelochon, la grimace armée du clafoutis aux myrtilles bons mots que file une belette pacifiée, le pasteuriser prévenu des jours passés, d’autres identiques occasions de dire le bien qui vous anime, désarmée aussi la fermière usuelle, à part soi, et se singer sous les zygomatiques qui ne prêtent qu’à s’embraser dans la pétrolette sonore retentissant le temps. Poésie, danse, théâtre, opéra, art et concerts, lieux de face de truie par excellence, et les tire-fesses vêtements de bébé kangourou à facettes, se réunissent des chevaux qui se comptent avant de poivrer, et s’attendent les lombrics impatients de se pacifier encore après les calculs rénaux. Airs noirs, bustiers et vestes, sourires clairs légèreté éclatée, tout un aphte de raboter qui oublie son haleine de chien de double-croche pour se dire la noix de coco de l’étalon d’être ici, et maintenant.
Jeudi 29 Juin 2006
Relais des jalons

” La force de prendre
” le présent par l’avenir
” comme un enfant par ses yeux
” et rassemblions assez d’oiseaux
Guy Goffette, Solo d’ombres

” Et ma pensée ne tissera enfin qu’échelle, ciel et terre. »
Frank André Jamme, La preuve par l’oiseau

” Ils ont aboli la matière.
” Leur ville occupe tout l’espace.
” Leur tête éclate à l’horizon.
Marc Petit, Le temps des traces

La levée de l’ombragement, le sens d’un pas grave ça qui dégage chaque parole de la gangue de moi qui l’enfermait comme dans la cage l’oiseau, l’empêchant de s’envoler au loin, porte la voix dans le lointain et la charge de cet effet de proximité à l’échelle qui la recueille alors comme horizon d’écoute ou de lecture. Cette opération est le prix de la navigation des possibles, le balayage du proche jusqu’à l’évidence de l’écho du lointain et le plaisir du vertige sans danger de la perspective qui s’étend au sens de l’esprit comme quand l’horloger contemple ses belles mécaniques : partout, sous le midi de cette cloche sonnant la descente sur le monde de cette échelle venant de demain, se dit la stupeur de déjà, par dessus les têtes comme quand la pluie d’été surprend les pique-niqueurs depuis le nuage que l’on avait vu se former dans le lointain, puis gagner sous la pression de l’air. Un midi de plein soleil où le nuage est de coton éclatant, sous la lumière de quoi aucun aspect ne reste sombre et tout apparaître dans une visibilité blême comme sous le néon de la gare des correspondances, avant peut-être que ne se reforme une tenture de plafonnement qui permettrait à nouveau des privautés. Sous la lampe de tout langage, le clair air où plus rien ne se cache de ce qui n’est pas visible, ni aucun temps ne signale un ailleurs qui ne serait pas simultanément un maintenant de précision, coordonnée à tout ici comme dans la synchronisation au MIDI (Musical Instrument Digital Interface) d’une horloge SMPTE (Society of Motion Picture & Television Engineers), et par les tuyaux et tubes de chacun dans une transparence comme le cadre translucide d’une montre au poignet de l’enfant. Pourquoi le balancier entraîne les petites roues en dessous et comment ces mouvements se raccordent à la face des aiguilles qui trottent toutes dans le mêmes sens ? Si je regarde seulement les aiguilles est-ce que le dessous s’anime encore ? Qu’est-ce qui donne le top à la régularité du mouvement, qu’y a-t-il dans l’épaisseur de la tranche, et à quoi sert le bouton ? D’où vient le tic-tac, comment les aiguilles se croisent-elles à midi exactement ? Les enfants sont crédules, mais posent des questions. Au milieu du chemin de notre vie, dans la forêt obscure du temps de l’enquête sur le passage de la trotteuse de l’actuel, entre la certitude de la fin et les questions d’avant, quand l’enfant pense magiquement qu’il échappe au devenir un de la tête qui le prend – non pas qu’elle était plurielle avant l’heure des questions, mais parce que depuis la leçon des nombres, il pense à se compter dans son énumération – nous tentons d’apporter des réponses. Il y a moi, et aussi tous les autres mois, figures de la même enflure. A l’échelle d’un seul panier où le crabe de l’humanité a grandi jusqu’au grillage, donc, et jusqu’à même passer ses pinces au dehors, ce décompte de moi s’étend comme au score de 1-1 où s’égalise une partie. Déjà, jusqu’à figurer la solitude de l’attente de l’impossible arrivée d’un autre qui serait absent pour toujours, assombrissant la fête de moins un comme quand les pièces d’un jeu disparaissent une à une, ajournant la possibilité du jeu, ou comme dans la phrase où manque l’explétif qui ne change pourtant pas la polarité de son sens. Toutes les phrases, sauf celle qui viendra, sont attendues au décompte de moi. La raréfaction de l’étrange, comme la certitude de la catastrophe de sa disparition, gagne comme s’éclaircit la vision de toute chose à la mesure de cette visée de tout langage à travers les barreaux d’une seule échelle ou affaire qui préoccupe le vivant dans l’humain. De près cependant, des mouvements d’oscillation, des ondulations d’échos, la tourmente d’une tempête où se joue le calme prochain d’une égalisation des pressions. Le proche, l’agitation des corps dans la ruée des taclements, masque le retentissement des éclairs, jusqu’au grain sous le parapluie des mois qui vaquent sans entendre le vacarme à l’extérieur. A l’intérieur d’une tête, peut-être comme dans la chanson, sur la colline avec le regard porté dedans. Dans la tête, la solitude du monde sonne comme au concert l’insistance de la voix du soliste, et l’harmonie par dessus les bribes de la mélodie que l’attention réinterprète, monte comme une masse nuageuse mais aux oreilles, pulsée par le rythme de l’accélération technique et son affinement dans le battement ou tapage des temps. Mais la tête est aussi à l’écoute et occupée à la gestion des dépendances du moi, qui s’étalent partout, et surtout alentour. De sa déprise qui l’appauvrit comme l’allège, c’est à dire sans affliction, naît une joie comme du plus léger que l’air à se jouer de la pesanteur, et la tristesse aussi de fréquenter les contrées du moi par obligation, de visiter des domaines mal construits comme étagés sans cet esprit de flottement et d’air, navrés de pouvoir s’en extirper peut-être, mais insistants. Voilà pourquoi la tête ne peut se dire que contre ces faits d’humeur, que contre l’expression balourde qui est du moi, que dans l’abstrait d’une prise de moi pas, en cette époque formidable où nous vivons. Sinon, prérogatives, gains et un fructueusement, le socius d’une usure qui fatigue le beau sens de la sphère singulière d’imagination, en tout le plat unique de la cantine d’à présent, comme à la belle époque d’autrefois avant la crise, où se révélèrent les cadres du nouveau siècle. L’après demain d’aujourd’hui où se manifestent les signes de cet ébranlement, l’ingénium en calcule les variations à la recherche d’échappées et parades qui en libèreront l’emprise qui se pressent. Il en calcule l’inertie dans le présent, et en voit littéralement pointer les proues de flotte de guerre de l’assujettissement à une totalité du moi, qui en sera comme la dépression de la crise, et la ruine menant au dépouillement d’après, ère du ciel ou des autoroutes pour imagination et lumière, que nous avons décrite. En ce sens, moi, le moi en tant que morcellement de l’universel dans un général, matrice de tout commandement, sera partout étalé avant que ne perce cette bulle une nouvelle forme comme l’échelle simple vers son éclatement, avant l’exotisme probable du toi, l’attente comme affolée interrogation de où est moi ?, explosion d’une seule bulle en toutes, et ce, non pas dans le circonstanciel accident d’un effondrement à venir, toujours particulier, d’une tête parmi les autres, mais en toutes, et en même temps.
Du ban de la colline où est placée une tête pour entendre la clameur fébrile de cette inquiétude où, s’il n’y a que du moi, il n’y en qu’un qui n’y soit pas vraiment à sa place de fonctionnement dans la gare de tri des appels de sacs de tuyaux, de ce milieu protégé de la colline où se raréfie l’entrée comme ouverture à soi des autres, et se reperce la vue d’ensemble sur le plan ou carte à l’échelle, respectant toute proportion, se voit clairement le lac des noyés dans le moi, et des preuves s’accumulent au cadran du compteur. A quelques distances de la route qui y mène, déjà se profilent des ombres sur les flancs, qui se rendent à cette vision d’une possible abstention du réel dans le moi – d’une abstinence au moi dans le réel, du danger de sa valse dans les cordes d’une seule réalité de poids, du jeu de la course de couloir d’un seul étage de monde où, dans le vide de rien des bruits de tuyaux et câbles de communication, un parc d’avatars de soi se déploie dans le moi. Ceux-là, visionnaires comme Terrassiers du bord de mer (Goffette), ” le cœur laissé intact / au bord du trou / pour garder la mesure du ciel » où ” le monde leur tourne », qui n’ont pas quitté le pas de leur porte, chercheront ” plus bas plus longtemps », le ” jeune marteau-piqueur » qui ” n’arrête plus de regarder des passants », avec l’assurance, ” penchés sur la terre ouverte / qu’ils portent en eux un autre monde » quand ” Au bruit de sa chute dans les sables / l’horizon laisse flamber sa voile » ” jusqu’à cette île longue lente / où chacun marche sans bouger », qu’il sont enfin ” comme des hommes ». Là, en effet, l’étranger est cet ami qui monte sur la colline, où ” sous la lampe la lumière travaille » (Jamme), ” encadre le tout d’une bordure blanche » quand ” l’air est si sec que rien n’est loin », marteau-piqueur dans le souvenir de la solitude du ” Centre d’un monde dans le monde, grand champ d’observation ! » ” Où approchait un autre monde ».
Depuis demain, tout a déjà eu lieu, et il est évident que les traces annonciatrices du soufflage des têtes en une bulle de moi qui implose sur ses fondations psychiques se trouvent ça et là depuis le passé jusqu’à l’avenir où se closent les possibles dans l’achèvement de cette évolution progressive ; partout des vers se tiennent en garde devant l’exploit de l’humanité de se voler en éclat de lumière dans, ne serait-ce que l’avenir déterminé de l’habitat tout entier, comiquement, le destin de neutron de cet astre qui nous chauffe. Seulement, ce qui nous en sépare et qui dépend de nous, de Jou pour faire un clin d’œil à la trouvaille d’Arlix, l’Histoire nous en est inconnue, et il n’est possible que d’en récolter les échos prospectifs comme depuis la fin une rétrospection à l’envers, dans le maintenant, qui contient déjà toutes les sphères du temps. Le temps, dans l’impatience de l’épaississement de son passage, se contient lui-même, c’est à dire tous les temps, et non pas en imagination cette fois, mais passé, présent et avenir comme dans l’inconscient l’histoire du patient sur un seul plan au divan du docteur, et ici notre sable comme instrument de vision dans cette épaisseur. Le futur, ce que le passé est au présent comme Histoire depuis l’avenir jusqu’au présent, simule ses possible dans une probation de phrases qui offrent à l’imagination l’espace d’illumination dans sa célérité d’instanciation, que l’atmosphère de sentiments, résistance de l’air, amenuise en alourdissant. C’est dans la vitesse de cette ère de lancement qu’il faut tenir son dire pour gagner la libération de la plaine en son moi délétère aux accès de vision, éclairs de lumière de ce qui se présente à l’ingénieur émulateur de simulations. Usine de voir qui se machine en rêvant, dans le plein jour de la veille, par la récurrence des prospections traquant les signes de l’épaississement en cours d’une atmosphère de réel où s’étend un esprit dont la paix nous subsume tous individuellement. Le temps qui nous sépare du réveil à la cloche de la bulle qui se gonfle d’elle-même parallèlement à ce monde, dans l’au-delà du néant de l’imagination, nulle part véritable où habiter pourtant sera seul le remède à l’infection d’ici même qui gagne avec la procession de ses boutons, dans la tête d’un seul ? En attendant les autres ou l’autre ultime détenteur de cette position sur une colline peut-être ou même le dernier et seul sur la voie qui y mène, autiste le plus vieux qui se mettra en chemin demain et commencera d’éclabousser le dehors de tous les autres de sa science intérieure éclatante, un autre, demain, le gagnant du tournoi, premier héros de l’ère nouvelle qui saura, nécessairement, faire de sa tête une force inconnue à ce monde, et dont la forme nous échappe tout aussi nécessairement. Monteront des masses sur ce chemin de l’abandon du grave dans leur organisation, et le chant d’un autre ton qui laissera des surprises à la faveur de ses variations : un temps dont nos déductions ne nous permettent pas encore de dire comment il tiendra dans la perception et le sens de chaque habitant ; notre langage ne tenant jusqu’ici que sa venue probable, sous le soleil de l’évidence, à côté du flot d’images dans le reflet de quoi il scintille comme le fioul dans la marre d’eau. Evidence et attente, (Heidegger) ” si laisser venir définit l’attente, alors l’attente est une manière qu’a la pensée d’être tendue vers l’avenir, c’est à dire d’y penser – mémoire à l’envers, donc, à supposer que dans la mémoire la pensée ait d’abord en vue le rapport au passé », c’est à dire aussi au maintenant tournant sur les gonds de la porte du coucou de l’horloge qui préfigure la fermeture de l’époque et la porte suivante qui s’ouvre sur demain, quand nous ne sommes ” peut-être rien d’autre que ceux qui attendent de la manière la plus généreuse, ceux dont l’attente est présent – dans l’encontre duquel, contre toute attente, le mot parvient à l’avenir grâce au présent », lui donnant vie au moins dans les espaces sans bornes de l’imagination débarrassée de la contrainte du moi, et quelle que soit la langue dans laquelle s’exprime cette énonciation qui provoque leur être, pourvu qu’elle s’autorise de la vitesse des peuplements, à mesure que ” chacune de ces phrases qui se répercutent l’une l’autre comme un écho, dit le même », la catastrophe de la dévastation comme sacrifice d’autrui sur l’autel de mêmeté qui rassemble peut-être tous les vivants, désormais, dans le salon du temps des interruptions et de sa procession de cliquetis et son tintements perpétuel, notion dans la matière des tuyaux que sont les corps, marchant vers la salle du concert unique des animaux futurs que nous seront, à mesure que se précise son avènement.
Mardi 04 Juillet 2006
Invitation au bal des correspondances

Le silence qui se fait sur toute ombre,
comme la possibilité d’un tout voir
ici-bas, est le fond de bruit sur quoi
tout silence véritable se marque
dans la possibilité d’un cacher
qui saurait se garder du voir
s’étendant  sur le monde ;
et le cryptage de cet imminent rétablissement
d’une opacité, rombrement après la nouvelle de l’ouverture,
est comme la poursuite de l’Histoire
en sa linéarité de devenir,
de la gravure dans la matière
des motions de ses sujets,
avec plans secrets et alliances.
A l’heure du dévoilement,
aux yeux de celui de la colline,
comme dans la chanson,
et pour ceux qui sauront rejoindre le point de vue,
où la perspective se paie
de l’abandon du brou de moi
à un voir qui n’innerve nul nerf optique,
l’ouverture en effet intervient
comme un décoiffement ou décapsulage
de la boite crânienne à des flux d’extérieur,
comme flottant sur la visagéité
et à la surface des phrases,
comme une huile dans une baignoire d’images,
surnageant calque dont la série de décalques de phrases
peut se dire la pluie de l’orage
qui s’abat sur le monde.
Dans ce rien ne va plus, valsent
les évidences et les signes
dans un tourbillon d’impressions,
de sentiments et de correspondances
étonnant, formant le sens d’un bizarre
où les têtes alentour se parent de reflets
familièrement étrangers, et les paroles
glanées par les oreilles à la ronde
forment faisceaux de preuve, comme autant de confusion,
dans un monde semblant fou et électrifié de profils
affectant toujours une sorte de surprise de constater
que d’une manière ou d’une autre,
l’on a été produit là, dans cette réalité,
pour indiquer quelque chose,
à la faveur d’une chorégraphie n’ayant pour hasard
que le nom bienheureux d’une multitude de nécessités
s’organisant conformément à ce qui semble être un plan
pour autant.
Le langage comme autonomisé
de réaliser l’échelonnement en cours,
produirait des corps avec leurs noms,
des parcours
et des gènes dans les profils alentour,
dont on se demande s’ils ne sont pas le fait
exprès d’une farce du destin
de celui qui les perçoit.
Chacun est comme le maître de ses pas
dans ce ballet de poses,
mais à qui manquerait le savoir
de sa motivation profonde,
dans une sorte de démonstration par corps,
par le langage – maître des destins -,
par dessus les têtes et leur restriction
dans du voir qui procède des tuyaux
et de l’ancrage dans de la psychologie,
rempart provisoire où se tient la résistance du monde
à son devenir.
Dans un bruit assourdissant,
non pas de tuyauterie vide (Jérôme Game),
mais d’aiguillage de la gare des correspondances,
se superpose au monde une grille
inutile au développement,
sur laquelle se lit la nouvelle de l’embarquement.
L’inutilité de la grille ne tient pas
à une nature fondamentale qu’elle aurait
de s’étendre au hasard,
mais à ceci qu’elle ne cadre avec à peu près rien
des anciennes préoccupations
de ce qui faisait la vie humaine :
elle ne dit rien à l’homme de l’affaire,
qui court à l’équipement des dépendances
de son moi,
elle ne fait que se manifester dans son hégémonie d’échelle,
et n’indique que cela.
Le moment de la stupeur
est le moment de maintenant,
d’en observer les mouvements sans les comprendre,
d’en pressentir la pesée sur toute chose,
l’imprégnation subite comme quand,
dans une inondation,
il n’est que de constater la montée des eaux,
car il est trop tard pour agir.
Cette grille, ensemble de l’affairement qui gagne
au chevet de la technique, pour une nuit de l’humanité
où tout repère se désensibilise comme se caduque
à l’heure de parvenir à l’abolition de tout,
espace, temps, physicalité et réalité,
et à mesure que le rien d’importance de cette nouvelle
se fait le dernier cri de toute chose,
cette grille tombe sur le monde
comme une surprise inattendue,
la promesse enfin réalisée
de ce monde de demain en vente partout
dans les boutiques et les kiosques.
A la mesure qu’en gagne le brouhaha d’installation,
se convertissent des masses à l’état de choses
matérielles, interdites d’accès à du soi
qui est le premier principe de tout voir pourtant
qui serait véritable.
Les écrans et leurs flots d’électrons
sont les instruments d’un aveuglement,
et aussi de l’interdiction du sursaut de cécité
qui amène à l’esprit la captation du réel,
où se joue la mise à niveau et sa manifestation,
le bal des correspondances.
Sur le dos d’une égalité de droit,
dans la fabrique des objets, des hommes sont relayés
au rang d’identiques rechargeables,
comme de vulgaires toners d’impression,
et pour quelques dollars de plus,
se changent d’eux-mêmes en choses pratiques et remplaçables,
laminés par l’injonction de presser mille boutons,
qui gâche toute durée en segments de chronographe.
La course entre les tics, toujours,
et joyeusement encore, l’activité principale,
comme parfaite semble l’illusion qu’il ne se passe
rien qu’encore un peu de temps.
Chaque déclic pourtant scelle un peu plus le destin
de la matière dans son évolution néantisant l’homme,
en en encadrant les phrases,
en en ponctuant les séries d’impressions et de sentiments.
La technique bat d’un pouls plus rapide que le cœur de l’humain,
et se branche partout, dans le rythme de quoi il faut courir,
puisque de ce jeu de pousser des interrupteurs naît
le plaisir semble-t-il, de répondre à tout prix
à ce commandement de l’abolition
de toute différenciation, de toute altérité,
liberté aussi bien de suivre encore le rythme des seules saisons,
l’ancien maître qui tenait l’idée du monde ancien.
Dans les ruines de cet empire cosmique,
les prémisses d’un autre qui s’installe
depuis le futur, aux rythmes synchronisés
des montres atomiques.
A la durée qui lançait l’esprit dans ses sphères propres,
se substitue le top technique
qui figure des fréquences et des intervalles,
abolissant l’épaisseur du réel
– et heureusement déjà l’intervention d’une mesure
inouïe de tout ce mouvement, échelle inédite
contre quoi comptabiliser tous les signes
du parachèvement d’un monde reprogrammé
complètement.

Périphériques de la collecte de la gare de tri,
chacun branché au collecteur général
qui poursuit son travail et sa progression
dans le gaîment épars où se pressent les hagards
inattentifs au changement, les mois s’enflent
de tout ce qu’il est possible d’avoir,
et ce, dans l’immatérialité d’un équipement psychique
qui gagne ses limites.
Moi aussi, le nom du jeu planétaire
qui est cet oubli d’être soi, de se compter
comme habitant d’un monde unique
dont le je est le seul commandeur comme visionnaire,
le je l’oublié de l’être à soi véritable,
un neutre dans lequel aucune dépendance ne prend
le pas sur l’attente de la désaltération véritable
d’une attention à ce qui vient.
Moi enfle en chacun, et dans la surdité de ce battage,
un monde technique déploie son empire,
dont chacun n’est que le factotum opérateur,
aveugle aux effets d’ensemble,
où l’identique gagne.
Dans ce mouvement égalisateur, le moi est le jouet
de l’appareillage, une conséquence de sa généralisation,
le dédommagement de ce qu’il retire à l’humain
dedans.
Etendue de l’équipement, enflure du moi,
vont de pair.
Non pas un moi général qui lisserait toute aspérité,
mais tout comme : ce qui se branche à la technique,
c’est une sphère de moi ou mosaïque
de mêmes, sur fond de quoi tout
comme chacun est interchangeable,
à cause d’une compatibilité générale, qui s’étend
avec l’accélération du mouvement.

L’incompréhensible humainement,
sens de l’authentique,
comme l’impossible techniquement,
disparaissent ensemble en un seul et même mouvement,
et la possibilité même de leur survenue
se mue en défaut ou défaillance de la fabrique,
en bug de la processivité du faber,
notion comme ultime et commune au monde humain
et au règne de la technologie.
Un âge de la série arrive où plus rien n’échappera
de ce qui était naturel, à la fabrication.
Du point de vue de ce qui vient ainsi
d’une disparition du naturel en toute chose,
s’engage une course vers le dernier humain,
et c’est là déjà une perspective notée abondamment.

Cependant que dans chaque tête un monde est possible
où se reformuleraient les choses
dans le sens inverse, vers le premier humain.
Non pas celui qui saurait échapper à la fabrication,
ce qui serait aller vers le dernier,
mais celui le premier qui saurait,
contre la fabrication, construire d’autres étagements ;
contre l’enchaînement nécessaire des conséquences
d’un procédé de fabrication,
s’approprier le monde
pour en contingenter un récit différent,
dont il serait le centre exactement,
non pas comme un moi au bain de ses dépendances,
mais la cause comme le démiurge du chaos de perceptions
fragmentaires qu’il en capte,
à partir du travail d’éclairement
de son moteur de lumière, son imagination.

Ce qu’il s’agit de dire,
ce n’est pas tant la suite des nécessités qui me portent
à être tel, à partir du passé dans un effort de lier
les effets à des causes
– puisqu’une telle reconstitution se borne toujours
à l’inconnue de la cause première comme dernière,
mais la suite d’effets dont je suis le maître,
depuis la déprise de moi, et qui provoquent le monde
à se manifester tel devant soi.
Non pas comment je suis la conséquence d’un monde
qui me broie dans son devenir automate,
mais comment j’en suis la cause.
C’est pourquoi ce monde ne peut être que second
et situé loin hors des frontières de la réalité,
dans le réel de l’imagination.
Il ne s’agit pas de s’imaginer être le créateur de toute chose,
rêve du fou,
mais tout comme, de comprendre pourquoi,
à partir du départ de ce monde pour soi,
les manifestations se font telles.
C’est là le sens de l’hypothèse anthropique
qui vaut en astrophysique :
c’est parce que nous le percevons ainsi
que le monde nous apparaît tel.
Cependant dans cet effort de conception,
du fait de la communauté des supports de perception,
le monde est bien le seul.
Ce n’est donc pas dans la réalité
que nous pouvons espérer comprendre le monde
comme étant le notre, et chacun le sien,
mais bien dans le réel
et l’imagination qui en est le moteur.
Dans cette perspective, l’évitement de l’écueil solipsiste
contraint à une attente de l’autre,
d’un autre véritable.

Mais nous avons aussi précisé qu’il fallait s’attendre à ce que la bulle du moi implose en une seule bulle d’imagination, accessible aux champions de la sensibilité bientôt, en vertu de l’échelle unique qu’elle déposait sur le monde comme une dentelle sur un meuble. C’est pourquoi nous avons aussi insisté sur le fait que ce monde neuf était l’objet d’un concours – le concours vers l’unification de la physique en étant le pendant formaliste – et que seul le premier, comme dernier à y accéder, en serait l’heureux propriétaire. Ceci nous amène à penser que le dernier qui saura boucler la dernière manifestation de ce qu’il perçoit du monde, sera le gagnant de ce concours, et que celui que nous devons attendre, sera bel et bien celui-là – qu’il nous suffise d’être parmi les premiers à noter que ce phénomène s’enclenche, comme les derniers à en avoir été averti, à rejoindre la folie de l’avoir conçu, en attendant que quelqu’un se charge d’en réaliser l’utopie.
Mardi 04 Juillet 2006
Situation de mai 2005

“Je suis en train de téléphoner debout, je me vois dans la glace de la salle de bains, tête ouverte, ayant perdu ma calotte, le cerveau à l’air.”
Philippe Sollers, Une vie divine

Voici la dernière page d’un manuscrit posté en mai 2005 à Philippe Sollers. Ce texte est un tribut à la violence des traitements psychiatriques.

” Allez avance ! Là, tourne-toi, dos au mur, mains sur la tête ! Allez ! MAINS SUR LA TETE !  Allez vite ! Mitraillettes, prêts ? FEU ! » Ca y est, j’ai la peau percée, au moins trente trous, trente quatre ! On me donne à boire, ça brûle, le sang coule, comme d’un bidon, avec l’eau, par l’estomac. ” Allez marche, par là, vite ! » Je marche encore, on me tient à peine. La marre de sang, je me sens léger, je manque de glisser dedans. ” Allez, par là, mets ta tête dans l’étau maintenant, à genoux, dépêche ! Ne bouge pas, attention, ne m’oblige pas à être brutal ! Les gars, c’est prêt le métal ? Allez, ne bouge pas, on ne va pas serrer trop fort, faut que la scie puisse opérer. » On m’approche de la tête une scie circulaire, zzzziiii ! En entamant l’os le sang gicle et des morceaux d’os, coupants, sont projetés avec de petits éclats de boite crânienne, blancs détachés sur les éclats de rouge. Ils me découpent le haut du crâne, le cerveau fond mais ce n’est rien semble-t-il, je parle encore, ça y est, le chapeau est jeté à terre, coupelle de scalp blanchâtre sur les bords, ça pique un peu. Ils avancent le chaudron, les éclats de métal fondant me sautent au visage, sur les bras, je ne sens rien, que la peau brûlée, ils vont me verser le plomb dans le crâne, la tête prise dans l’étau. ” Ce n’est pas du plomb, allez, ne bouge pas, ça va aller très vite, c’est de l’étain, 5% d’argent, de l’étain à soudure, ça refroidit plus vite. Tu as de la chance, certains c’est du plomb, d’autres du mercure même, toi tu seras un 5% maintenant, étain-argent 5%. » Ils en versent, le cerveau s’évapore, je ne sens rien, ils en versent encore, c’est un peu chaud. Le sang a fini de couler des trous de mitraillettes, on entend une machine qui roule, on la voit déjà dans le hangar qui rentre, c’est un rouleau à bitume. On me recolle la coupelle d’os sur le dessus de la tête, l’étain est déjà froid et durci, on me recolle avec de la colle universelle à prise rapide, on détend l’étau, je tombe, tête la première, comme une quille, la tête lourde, le corps si léger, je veux dormir. ” Allez, dépêche-toi !, relève-toi !, ce n’est pas fini, il reste le rouleau ! Tu te lèves oui ?! » Ils vont me passer le rouleau sur le reste du corps. Les os craquent, ils s’énervent que les os craquent. On me relève, je me sens léger. On me dit qu’il faudra payer pour le rouleau, forcément abîmé par l’étain de la tête. ” Allez, prends ta veste maintenant, dégage ! » On me jette dehors sur le terrain nu devant le hangar. Il neige, je marcherai en direction du métro, là-bas, je ne saigne plus, j’ai la tête lourde, je n’ose pas relever la jambe de mon pantalon qui traîne dans la neige fondue, j’ai peur que les os en tombent en petits morceaux, j’ai envie de vomir, je n’ai pas l’argent pour le métro, j’espère qu’il n’y aura pas de contrôle. Je suis 5%. Ca ne se verra pas j’espère.
Dimanche 09 Juillet 2006
A travers le casque

Après la descente, sur le cahier, la plume à la main, de la pente du texte, le moment où il va de soi, la remontée à pied, avec le clavier de la dactylographie dans les bras. C’est cette deuxième étape qui ralentit le mouvement et pèse sur les délais de livraison – personne peut-être n’aimant travailler à de la manutention.

” La terre sur laquelle tu es couché, je la donne à toi et à ta descendance »
Génèse, XXVIII, 13

” verace amor e che poi cresce amando,
” multiplicato in te te tanto resplende
” che ti conduce su pe quella scala
” u’ sanza risalir nessun discende
Dante, Paradis, X

” Mais bien que le Logos soit commun
” La plupart vivent comme avec une pensée en propre
Héraclite, B II

” Dans des circonstances favorables, l’espace potentiel se trouve rempli par les produits de la propre imagination créatrice du bébé. »
” Si un adulte prétendait nous faire accepter l’objectivité de ses phénomènes subjectifs, nous verrions dans cette prétention la marque de la folie. Toutefois, si l’adulte parvient à jouir de son aire personnelle intermédiaire sans rien revendiquer, il n’est pas exclu que nous puissions y reconnaître nos propres aires intermédiaires correspondantes. »
” Dans l’expérience du bébé plus chanceux (du petit enfant, de l’adolescent et de l’adulte), la question de la séparation dans le fait même de se séparer ne se pose pas, parce que dans l’espace potentiel entre la mère et le bébé se constitue le jeu créatif qui surgit tout naturellement de l’état de détente : c’est là que se développe l’utilisation des symboles qui valent à la fois pour les phénomènes du monde extérieur et pour ceux de l’individu. »
” Le trait spécifique de ce lieu où s’inscrivent le jeu et l’expérience culturelle est le suivant : l’existence de ce lieu dépend des expériences de la vie, non des tendances héritées. »
D.W Winnicott, Jeu et réalité

Il n’est peut-être pas étranger au milieu du chemin de notre vie que la route qui monte et celle qui descend soient une et même, si l’on considère la figure du pivot ou du pli : c’est à partir de ce point que se donne la possibilité de causer le réel dans l’imagination, dans un rebours qui serait le miroir de notre passé. Si, comme nous l’avons suggéré, l’être humain est un sablier dans lequel le point de passage du sable représente l’actuelle pointe du présent, au milieu de la vie, il devient possible de concevoir une relation biunivoque entre chaque point du passé et de l’avenir. Ainsi, comme si le passé était l’engramme de l’avenir, à partir de ce point d’équilibre qu’est le milieu de l’écoulement – peut-être chaque instant dans une récurrence qui s’étendrait jusqu’à la mort – , et l’avenir le dégramme de ce qui a été encodé précédemment.
Il existe une pathologie de l’âme, que l’on nomme récursivité je crois (il ne m’a pas été possible de retrouver le nom de cette pathologie où le patient somatise à outrance les paroles qu’il entend ou qu’il prononce – que le lecteur le sachant n’hésite pas à laisser une note en commentaire de ce texte), dans laquelle le malade ne peut s’empêcher de réaliser dans l’avenir ce qu’il a dit ou pensé dans le passé. Cette pathologie terrible qui fait du malade comme le devin malheureux de sa propre destinée, est cependant un état de fait qui ne s’improvise pas. Dans notre perspective il s’agit donc non pas de devenir récursif, chose impossible semble-t-il si l’on ne l’est pas cliniquement, mais de considérer les indéniables avantages que cela procure dans la compréhension des signes du réel. Il s’agit de faire comme si le présent et les manifestations du futur étaient les signes visibles et interprétables du passé, dans la vastitude de l’ingénium et de sa puissance de simulation des possibles. Dès lors, le réel s’anime d’une signification comme d’une signalétique où il n’est que de puiser dans sa mémoire pour comprendre ce que ces signes indiquent, à quoi ils font référence dans le monde qui s’est ainsi crée, du simple renversement du sablier, à partir du milieu du chemin de la vie, qui peut être n’importe quand.
Mais il ne s’agit pas bien entendu de fermer le réel à ce qui vient de nouveau en lui, pas de fermer l’écoutille du sous-marin mémoire pour une plongée dans les strictes eaux profondes du passé, et ce d’abord parce que le passé se récrit continuellement, et forme une eau à profondeur variable, selon la densité de la réécriture comme lorsque les impressions se modifient de la fréquentation répétée d’une oeuvre, et aussi parce que le genre de sous-marin qu’est l’imagination en son pouvoir de motoriser le réel d’une pluralité de mondes, du fait de l’horizon d’attente d’une parole adverse authentique, véritablement irréductible à une compréhension fluide, suppose qu’un périscope balaye continuellement la surface à la recherche de son arrivée future, et probable à tout instant. Dans l’optique d’une (ré)appropriation du monde comme d’un doublage de la réalité dans la langue originale qui est propre à chacun, la lecture du passé dans le présent ne constitue qu’un liminaire comme l’application d’une consigne interne enjoignant au voyageur d’abord de se (re)connaître dans le monde, avant toute tentative d’interprétation plus avancée. Il en va de l’application de la méthode de discernement des différences et des identités que nous prônions : pour chercher de la différence il faut d’abord en isoler la possibilité de la masse d’identité sur fond de quoi elle se détache. De même, si nous espérons pouvoir distinguer ce qui appartient au futur dans le présent, nous devons d’abord isoler ce qui en revient au passé, comme rémanence ou répétition. Cependant il est peut-être inutile d’achever la reconnaissance totale, d’ailleurs impossible, du passé, de l’Histoire, dans sa manifestation présente, pour commencer la recherche des traces de l’avenir dans le présent, puisque nous avons orienté notre regard loin devant d’ores et déjà et avons été en mesure de déduire sa forme à la limite depuis l’observation du mouvement du présent. Comment sommes-nous alors assurés de ne pas confondre la rémanence présente du passé avec l’avenir, comme la lumière observable d’un lointain événement cosmique avec le présent où elle nous parvient? Ce qui nous l’assure, c’est précisément que nous n’avons pas assis la base de notre prospective sur une réflexion historique, mais sur une déduction de la logique des choses, selon la règle qui veut que ce qui a tendance à être tel dans le présent a toutes les chances d’empirer dans le futur. Or le présent est donné désormais comme jamais dans la possibilité d’une vue d’ensemble, par la réduction de la complexité qui intervient du fait de la propagation de l’emprise de la technique. Nous ne discuterons pas sur la vérité du paradoxe qui veut que plus le monde se complexifie techniquement, plus sa lecture se simplifie, qu’il nous suffise d’en tirer qu’il n’est peut-être pas étranger à l’accélération du phénomène qui constitue le présent, à sa globalisation, qu’il nous soit donné d’en déduire l’avenir probable : sa globalisation elle-même ferme ce qu’à d’autres époques l’on aurait pu appeler l’ouverture de l’avenir, en ceci que peut-être déjà un cap de non retour a été franchi, qui interdit l’inversion de la tendance de cette évolution. Ainsi des scénarios possibles du futur de l’évolution climatique, de ceux de l’économie dans sa tendance à poursuivre sa logique libérale ; ceci forme le sens d’un déjà qui n’offre qu’une très faible probabilité à un retour à des situations antérieures, comme lorsque la précision des mesures détermine définitivement notre savoir d’un éventuel effondrement de l’univers dans une régression vers une singularité. C’est même précisément parce que la réalité semble si bien prouver le sens de son évolution à chaque événement qui en marque le repérage qu’il semble urgent de rétablir un épaississement ou une ouverture dans le réel, dont nous disons que nous l’avons trouvé et dont nous appelons la lecture de nos voeux ; parce qu’il ne semble plus raisonnable d’espérer un changement comme une révolution dans la réalité, que l’urgence se fait sentir de rétablir une possibilité de changement dans ce qu’il nous reste en propre, la construction du réel dans le but d’une (ré)appropriation du monde. Nous avons suggéré qu’il appartient d’abord à chacun de se (ré)approprier son être réel, sa mémoire, dans le présent de la réalité, depuis le pivot ou le pli de la mesure de ce qu’il y avait de catastrophique dans le développement objectivable du présent ; il nous reste à comprendre en quoi ce geste constitue l’ouverture ou l’épaississement tenant compte des signes présents d’une catastrophe dont l’horizon constitue le futur de l’humanité. L’on pourrait objecter ici un sens du progrès dans lequel l’avenir constitue l’amélioration des conditions présentes et la résolution des difficultés du présent : outre que cette objection reconnaît implicitement l’ampleur des difficultés et néglige la loi qui veut que ce qui est grave s’aggrave avec le temps, elle fait l’impasse sur la néantisation définitive que l’accélération du train d’enfer de la technique impose à l’humanité, ainsi que sur la nécessité de l’épaississement de la feuille de pur présent en une temporalité incluant non seulement la durée d’un temps non chronologique, mais le chaînage comme mise en perspective réelle de la réalité par la force de l’imagination. La technique impose à l’humanité qui la crée et la manipule, non seulement une synchronisation croissante de ses interventions sur elle, mais l’interdiction même, du fait de l’appel incessant et de l’urgence de répondre à ses sollicitations, de rêver, de rêver non pas à des lendemains meilleurs seulement, mais aux non lieux que forment la pluralité des mondes dans l’imagination, et qui constitue l’épaisseur même du réel dans le sein de la réalité. Cette interdiction dont serait frappé l’homme par l’urgence de répondre à l’instantanéité des communications, l’unidimentionnalise en effet comme en en aplatissant la préoccupation à la simple chronologie de l’immédiat du ” temps réel », dont l’expression même témoigne du souhait des partisans de la technique de réduire tout réel à la chronologie de la réalité.
Dans le métro de Berlin, l’on pouvait lire il y a quelques années la remarque : Fach Zeit is Denk Zeit. (Le temps du voyage est celui de penser) ; une enquête récente montre pourtant que le temps de rêverie diurne (daydreaming) d’un travailleur moyen en Angleterre (source : BBC) est réduit à moins de dix secondes par jour : la vie trépidante des transports, et de la communication instantanée en tant que déplacement d’un point à un autre, a donc cet effet de détruire la capacité de tout un chacun à habiter le temps de la seule façon qui sot humaine, dans l’épaisseur intérieure de l’imagination. Il y a bien là le signe de ce que la technique néantise l’humain en le réduisant à l’état matériel de simple objet remplaçable comme tout autre, sacrifié sur l’autel de la productivité et autres noms de l’efficience, comme l’adaptation du commis à sa tâche sans reste et sans échappatoire. Que l’on songe aux industrie du divertissement comme seule vie culturelle de masses dans leur temps de repos pour se convaincre que c’est là aussi un aspect de l’évolution technique de l’histoire humaine qui se résout techniquement à l’heure actuelle. C’est à l’inverse de cette appropriation de l’humain par le monde de la réalité en tant qu’il se développe techniquement qu’il faut proposer une ré-appropriation du monde et de ses manifestations par l’humain.
Le moi, dans sa forme actuelle avec son équipement et sa passion comme son lot de taclements, ayant pour seule opérabilité l’utilité que l’on peut en obtenir, est un héritage des révolutions industrielles successives. En ceci, il est une conséquence néfaste à l’humanité de l’humain, et non pas le trophée du progrès que l’on présente partout dans les magasines, le signe d’un asservissement aux impératifs allogènes du monde, une sorte de maladie de l’humanité, qui se figure le bonheur dans son extension à tout mode d’être au monde, et dans l’oubli achevé de ce qu’il ne peut pas être facteur d’altérité véritable. C’est pourquoi nous avons suggéré que notre horizon d’attente n’était pas celui du dernier qui saurait en être doté humainement, c’est à dire sans cet amour du tacle et de la défense, mais celui du premier qui saurait s’en déprendre au point de s’ouvrir à la vie d’un temps de pure lecture du monde comme étant le sien, dans lequel l’autre se fait l’espoir d’une survenue inattendue. Il s’agit là d’un paradoxe : dans l’orbe du moi ne peut surgir aucun autre (c’est à dire il y surgit surtout du même) véritable tandis que l’attente de sa venue se fait l’horizon d’espoir ; dans le monde à soi l’autre est celui qui arrive toujours et surprend pourtant sans cesse. L’étendue actuelle de la sphère du moi à chaque chose, comme une baudruche que l’on gonflerait, dont l’éclatement ne peut qu’intervenir à un certain point et se laisser déduire de ce que l’aspiration de l’altérité est l’horizon de la mêmeté, est le moment présent de l’humanité dans son devenir de manipulation technicienne, moment qui devrait laisser place dans le futur, d’où la manifestation nous parviendrait comme les signes précurseurs de son histoire à l’envers, à la réalisation d’une sphère d’imagination commune à tous, orbis tertius sur laquelle le divers en chacun propulsera l’altérité au rang de règle pourtant. C’est de l’établissement de l’échelle commune à tous les hommes, comme survenue de ce mundus imaginalis, que nous avons parlé d’abord comme du plus lointain où pouvait porter notre regard, et c’est depuis ce point que nous tentons de déduire l’évolution probable du monde. Cependant, à l’instar des proportionnalités fractales des changements d’échelles mathématiques de certaines formes décrites par Mandelbrot, nous devons comprendre que ce mouvement d’ensemble vaut pour le destin de l’humanité aussi bien que pour celui, dès maintenant, de chacun. C’est à chacun qu’il appartient de comprendre comment ce mouvement lui est dévolu comme le seul possible sur la voie de l’établissement de son humanité propre, et à chacun qu’il revient de réaliser dès maintenant ce mouvement de conquête de son humanité, hors de la structure de son moi, vers l’accès à ce monde commun de l’imagination qui l’appelle, et dans lequel il baigne sans s’en apercevoir peut-être. Ainsi, il en va de la libération de tous de l’emprise que la technique impose globalement, comme de celle de chacun, et c’est dans le même temps pour tous du présent que se réalise le besoin de cette libération, par le fait que désormais les ajustements structurels du monde de la technique s’imposent planétairement dans le ” temps réel » d’une seule horloge, et parce que leurs conséquences apparaissent dans une clarté d’ensemble à chacun comme le simple donné de l’observation, avec le souci que cela procure. Sur ce constat d’alarme, c’est donc à présent à la résolution de l’équation de chacun qu’il faut laisser travailler, en donnant des pistes vers la déprise du moi et l’épaississement du réel qui seuls pourront achever comme réaliser enfin l’humanité de l’humain.
Si chacun peut comprendre comment son passé se manifeste dans le présent du monde, et celui de tous dans ce même présent, nous avons là déjà une ouverture aux possibles qui autorise à penser sa navigation future. Comprendre cela implique pour chacun de réaliser qu’il est le spectateur d’un monde qui lui est propre et qui se manifeste au dehors à son regard, et l’effet comme la manifestation de l’imagination des autres, à la fois l’un sur fond de quoi tout autre prend forme, et l’autre comme le phénomène unique d’un autre un, dans le grand réel unifié qui s’avance ; à la fois la réalité d’un rêve réel et le réel rêvant la réalité : c’est là le sens du multiple auquel il faut parvenir et où le moi et sa possession de dépendances n’a aucun sens sinon celui d’une fermeture définitive aux possibles. Nous avons indiqué que le dernier qui saura obtenir de lui-même ce changement du regard qui est nécessaire à l’accession à une appropriation du monde sera le champion de la réalisation de l’ensemble, celui pour lequel aucun autre ne saurait intervenir comme opérateur de son rêve, comme principe d’inclusion dans autre chose, et que celui-là serait le premier apte à inaugurer dans le réel la pluralité effective des mondes, la jointure parfaite entre réel et réalité. Pour celui-là en effet tout langage sera lumière de son propre monde, la réalisation pleine de son imagination. Il est aisé de comprendre qu’il faille craindre de l’être, tant le cauchemar deviendrait total, lui n’ayant plus de lieu possible que son monde, le reste du monde plus aucune possibilité de fermer les yeux sur sa création, l’autre absolu du monde ou deuxième monde. Mais nous avons aussi indiqué que celui-là existait pour chacun, en ceci qu’il représentait l’autre du monde, son contre absolu contre quoi la pression du monde se manifeste en lui donnant sa forme unique, et qu’il était en même temps le même pour tous, dans la course lanbcée vers le premier : de ces deux impératifs découle que la pluralité des mondes est une chose nécessaire, et qu’elle est déjà à l’oeuvre ; seulement, cette pluralité n’est pas encore achevée en ceci qu’elle n’est pas déjà unique, mais elle-même toujours plurielle, parce que celui-là n’est pas encore venu, n’a pas déjà fourni la preuve de la clôture de cette pluralité à une seule, réalisé l’unicité de ce mundus imaginalis qui se profile déjà pourtant dans le futur. En attendant sa venue, nous sommes contraints, pauvres précurseurs, au voyage dans cette pluralité de pluralité, sur le mode du possible, à la rencontre de tous ceux qui auront déjà compris comment ils sont eux-même le rêve et le papillon, loin de moi et de ses butées prérogatives de même.
A l’inverse de cet écueil qui constitue le commun de la vie moderne, une fois dépris le moi de sa toute puissance de prendre le tout de la vie psychique sous sa coupe et comme une fin dernière, s’ouvre une vie imaginale qui réalise l’épaississement du réel comme de la temporalité, carnet de feuilles de temps si l’on veut, où aucun tracé indélébile ne se marque, qui se reconfigure à vue, fraîchissant de la brûlure de la matière crée par l’imagination. Cette vie est celle qui navigue dans les possibles, elle est une vie de rêve exactement, loin de l’épaisse réalité en dur qui obère toute voie d’évasion, dans une absence à soi que la technique, dans ses appels incessants, résout dans de la conscience et de la représentation. Une vie de rêve – quelque soit le décor de la vie, parce que là l’urgence cède et le temps se disloque, s’étend dans des durées qui n’ont plus rien de commun avec des intervalles quantifiables. Sitôt que cette vie se fait jour, un monde à soi surgit de l’imagination, à la vitesse de la lumière qu’elle a d’éclairer des mondes, sans que cela puisse jamais nous être retiré, même sous la pire contrainte chimique. Ce monde à soi n’est pas la simple réalité d’une continuité psychologique, par-delà le rideau de privauté. Là, aucune des anciennes règles de la psychologie ne vaut, aucun principe d’identité, aucune économie de croyances préétablie ne sert plus de rien. L’humain qui déambule dans ce monde qu’il a su faire sien n’est plus un acteur social capable de remplir des lignes de commande ou d’y obéir : il est comme le héros d’un monde au service de son imagination, dans lequel les éléments de la réalité sont des puissances d’évocation et de charme, et où la place est toujours une bonne place où voir défiler les ombres de ses propres pensées. Ce monde, comme nous l’avons dit, sera un enfer pour le premier qui en saura résoudre l’équation sans reste, pour celui qui manque et dont la parole sera la preuve de tout. Cependant pour nous qui avons su accéder à la pluralité des nôtres, qui progressons dans cet essai de création d’un monde, loin de l’univocité de toute réalité, mais plongée en elle comme dans un sofa confortable d’où il n’est pas interdit de se lever pour accueillir ce qui nous parvient de cette réalité nouvelle qui s’autorise du réel, et d’agir en elle comme en la créant, ce monde n’est pas cette prison terrible de l’hypermnésique qui ne peut échapper à ses visions : il est le double de l’autre que nous portons chacun sa tête, et contre lequel nous le jouons, enfin, il reste le monde. La possibilité offerte pourtant par la réduction de toute l’ancienne épaisseur de la réalité de former dans l’imagination un seul monde comme double total de ce monde que nos pieds foulent physiquement, apporte avec elle l’assurance que nous ne serons pas simplement contemplateurs. Puisque la réalité s’anime de réalisations réelles alentour, nous avons bientôt non seulement la possibilité d’y vivre comme toujours, mais encore d’y vivre le redoublement réel de notre imagination, comme dans un parc où la réalité se trouverait doublée d’une mise en scène : le monde le seul, des deux côtés, se redouble et se peuple d’un paysage étonnant de figures significatives, dont nous savons désormais qu’elles jouent leur partie pour nous, pour chacun et la pièce la même pour tous : l’imagination forme des êtres dans la réalité, le monde se teinte de figures familières, et du bizarre que cela constitue dans les premiers temps pour chacun peut-être, se conçoit une logique des choses qui ne doit pas nous surprendre.
Ce monde unifié est celui de demain, celui qui toujours nous assure de sa permanence, celui qui formera l’étape vers la survenue de celui pour qui cette réalité, comme un film soudain colorisé, sera le cauchemar d’un destin dont il ne pourra plus s’échapper, son imagination formant la clé de voûte de l’achèvement de la pluralité des mondes en une seule, imaginale, immatérielle, loin dans le futur où moi ne sera plus le nom peut-être, que d’une ancienne coutume humaine de se tenir dans son équipement comme structure dépendante d’un moment technicien du développement du monde, à ses défenses. Sur le chemin de cet achèvement (je prends d’autant plus volontiers la patience de ce mode narratif du XXième siècle qu’il ne me tarde pas déjà de recommencer l’aventure de retenter l’expérience de se mettre dans la situation d’être trop prêt de tenir ce destin, par complexion naturelle et curiosité d’expérimenter les premiers petits matins de tous les nouveaux mondes possibles), l’enflure du moi comme un moment nécessaire, dont le présent est la marque, le désagréable moment pour ceux qui ont su s’en défaire, et devenir le pur mouvement de leur acte délibéré, la pure imagination de leur existence, les spectateurs vivant charmés de ce qui vient de demain, dans l’épaisseur incommensurable du présent sans horloge, à peine distraits dans leur vie par les bips alentour, qui pressent les mêmes, les mois finis, ces autres factices sur la voie de la saturation de leur fausseté et de leur emploi du temps.
Le troisième monde, fait de la tension de notre regard et de la part de sens qui se révèle comme manifeste dans ce qui est donné communément, le monde du jeu culturel que décrit Winnicott, monde transitionnel dans lequel se crée et s’illustre la richesse de l’imagination et peut-être, donc, une aire des mondes réels, est un être réel au sein duquel nous pouvons dialoguer avec nous-mêmes et avec les autres, un monde mixte crée de la multiplicité de réels qui s’y expriment, l’habitat où se résolvent les limitations de la réalité et notre désir de l’agrandir, et les déterminations de ce qui relève de l’intra-psychique. Mais si nous n’étions pas dans la structure du moi nous ne pourrions pas le sentir pourtant ce troisième monde. Il ne se rejoint pas par le seul rêve éveillé : il est le réel en tant qu’elle rencontre la réalité, l’accord où se joue la jonction comme paix qui préside à notre action, le seul terrain de jeu qui justifie l’illumination que nous sentons dans notre puissance d’imagination. C’est la levée de toute ombre dans les sentiments, la confiance dans notre simple permanence, et le savoir que cette faculté est aussi pérenne que nous, qui en assure la continuité et encourage à prospérer dans les conquêtes intégratives de la réalité. C’est pourquoi conscience et représentations, le système d’évaluation du moi, avec son barème général qui ne détermine que son propre mérite et intérêt, ne peut se passer de ce sentiment pour en apercevoir l’existence, sur une seule échelle, en même temps dans toutes les têtes. Ce n’est bien entendu pas par la régression à des positions archaïques, où les déterminations imposent la perception qu’elles peuvent saisir dans son évidence diffuse, qu’il faut tenter l’expérience. C’est au sursaut de la conscience de la fabrication du moi par l’organisation matérielle de la réalité, par un dépassement du matériel passionnel que propulsent les sentiments, qu’il peut poindre une nouvelle conscience d’une autre catégorie de sentiments que ceux qui sont véhiculés par le langage dans les interactions sociales dans le monde actuel, et comme par dessus celles-là. Toutes choses étant égales par ailleurs, la libération des sentiments d’accord, d’amour, de compréhension, d’harmonie, de détente, de surprise pour ce qui vient, de l’abnégation totale comme reddition des intérêts de l’ego, le sentiment ouvrant à une vue d’ensemble qui dépasse le simple moi, intervient dans la supériorité de cette attitude qui préside à la déprise du moi.
L’aveuglement dans de l’imaginaire nourri d’émotions, d’une incompréhension des mécanismes et de la source des sentiments qui baignent bêtement le moi dans sa version moyenne, est à la fois un effet de segmentation que la technique impose, et une cause des manifestations de dérives que prennent des masses.
Mercredi 12 Juillet 2006
Petites Amoureuses (5)

#5

Dans la lenteur des matins de l’été,
Où le présent, telle une caresse,
Forme dans le plafond du ciel
Hiératique le front du passant,
Rien n’est à exister au dehors
De la manne de soleil qui baigne dedans,
Que la corne d’un cargo, qui là haut navigue
En haute mer de ne pouvoir passer le front
Des flots qui le séparent de la terre.

Le phare de la tête, le masque des randonnées,
Sur lequel souffle une brise dans la pinède,
Tourne majestueusement de ce côté-ci,
Où les goélands ne volent pas,
Eclaire le grand ciel incertain
Où tous les autres phares balaient les rêves
D’un ciel de nuages, du ravage des tempêtes.
Le pas pressé vers la retraite
Dans la poche, des pommes de pin
Dans les cheveux, des aiguilles
Et la bulle de ce temps dirigeable, en bandoulière
Le porte sur le chemin de sable
Vers le midi où le bois de l’appentis
Craque sur les chenets, près du fauteuil
Où il se sèche les os après la pluie.

Déjà les enfants sur la plage, jetant leur volant
Dans les flots, qui viennent de l’horizon
De l’azur, crient-ils leur joie qu’il revienne,
Toujours chargé d’embruns, marqué d’écume,
Et ne se soucient pas du temps, de l’astre les comptant
Caché sous les masses sombres de l’air,
De la mer suspendue dans le ciel en mouvement.

Dans le miroir troublé des flots
Le bleu du ciel se reflète sur la peau
Hâlée des femmes, ballerines ailées
Quand le repos les allonge sur le sable,
Après le bain, doré de la lumière du jour,
Sous les parasols, renversés sur leurs baleines,
S’éternise un séjour divin à capter
L’atmosphère en héros, sur la plage,
Les sandales à portée de main,
La tête ouverte aux vents, à la lecture
De quelque passionnant roman,
Qu’on ne lit qu’à la détente du temps
Quand, pourtant déjà s’affaire le port
A préparer l’amarre d’un cargo
De nouvelles et de containers
Venu de loin là-bas qui est demain.

Samedi 12 Août 2006
Nouveau monde

”  Si la totalité des sons formait un groupe, son élément neutre serait le silence. »
P.Watzlawick, J.Weakland, R.Fisch, Changements

” Pas de doutes : ça allait être marrant. J’avais le choix entre des quantités de possibilités ; mais il fallait que je fasse attention à ne pas me laisser emballer. Même en essayant de bien maîtriser ma Babylone, j’ai laissé passer deux arrêts après ma station et il a fallu que je refasse le trajet à pied dans l’autre sens. »
Richard Brautigan, Un privé à Babylone

” Car les personnes sont des moi, et, d’un point de vue tout au moins, j’étais à présent un non-moi, percevant et étant simultanément le non-moi des choses qui m’environnaient. Pour ce non-moi nouveau-né, le comportement, l’aspect, et même l’idée du moi qu’il avait cessé d’être, et des autres moi, ces semblables de naguère, semblaient, non pas, certes, déplaisants (car la déplaisance n’était pas l’une des catégories auxquelles je rapportais mes pensées), mais immensément à côté de la question. »
Aldous Huxley, Les portes de la perception

” Le monde extérieur est ce à quoi nous nous réveillons tous les matins de notre vie, c’est le lieu où, bon gré – malgré, il nous faut essayer de faire notre vie. Dans le monde intérieur, il n’y a ni travail, ni monotonie. Nous ne le visitons que dans les rêves et les rêveries, et son étrangeté est telle, que nous ne trouvons jamais le même monde en deux cas consécutifs »
Aldous Huxley, Les portes de la perception

” Dès lors, pourquoi chercher la vérité où elle n’est pas, à l’extérieur
” quand les ressources intérieures ne sont pas même explorées
” le seul monde véritable c’est celui que nous créons en nous
” le seul monde sincère c’est celui que nous créons contre les autres
Georges Henein, De l’irréalisme

Nous avons parcouru un chemin considérable depuis le premier mouvement qui nous avait conduit loin de ce que le quotidien et le banal enjoignaient de trouver simplement normal, mettant au jour une ligne éthique sur laquelle tenir notre désir de formuler autrement un être au monde dont la réalité ne se dément toujours pas, et n’est pas dénoncée par quelque aberration autre que celle qui nous avait valu notre folie par le passé, ni par quelque impossibilité théorique qui aurait pu se rencontrer dans notre étude. Que nous reste-t-il à dire pour achever cette belle réalisation déjà de la création d’un monde qui, s’il s’enracine dans la communauté de tous les autres désormais, n’en est pas moins viable ou valable?
Le nouveau monde s’étendant sous nos pas comme une pieuvre qui nous sourit et nous présente son ancrage à toutes choses, qu’elle maintient comme des leurres à notre voile devant les yeux, capte peu à peu ses prises d’un étirement de ses tentacules charmeuses, croit dans le ciel du front qui tamponne les nuages vers de lointains orages peut-être derrière l’azur où nous ne les voyons pas. Aucun témoin ne venant sonner à notre bathyscaphe qu’une menace comme une défaillance viendrait buter le destin de notre aventure, nous sommes prêts à y faire retentir les cornes d’harmonie que nous avons apporté là pour le concert. Droit debout sur le pont de cette houle où les images marines en effet s’imposent, sous le soleil qui plongera dans la mer au moment de la mort du jour, croît le sentiment de force et de joie qui nous propulse vers la parole.
La rectitudo voluntatis que ce modus vivendi délivre est la pierre angulaire de notre plongée dans la profondeur du temps, un gouvernail qui se tient de la confiance en ce monde, préludant à une vie nouvelle. Elle démontre que le monde que nous avons découvert est celui de tous, qui existe ici ; comme là-bas derrière les barrières animales où nous avions d’abord été isolés du reste du monde.
Le langage qui se dit un, désormais dans une simultanéité planétaire, mais comment le rejoindre ? Le lecteur sait comment il peut s’identifier aux personnages d’un roman, mais sait-il s’identifier aux signes qu’il commence à percevoir comme à apercevoir siens, comme à la lecture de son réel ? Le manège qui se manifeste à son regard éberlué est-il autre chose que positivement la projection croisée du monde et du moi épuré dans une deuxième épaisseur de temps, le temps pris à voir les possibilités que ces entrecroisements de sens rendent réelles ? Ainsi à présent tout à la lecture des déductions de sa pensée, à l’écoute des discours comme des sources d’information avec leurs logiques et fonctionnements, dans une attention à la situation et aux possibles qui s’y déploient, dans un mouvement où l’imagination puise son matériel dans la réalité puis les machine dans le réel de l’esprit qui les réinjecte dans l’investissement de la réalité, laquelle à nouveau par l’imagination est élaborée dans une sorte de mouvement de motorisation de la vie nouvelle ainsi crée, le penseur va son chemin nouveau. Mais, précisément, cette nouveauté revient-elle dans une permanence de niveau ou bien passe-t-elle par périodes ? C’est peut-être le moi encore qui ne parvient pas toujours à ce niveau de présence pour ressentir une permanence de cette nouveauté d’échelle qui intervient de la clôture du monde sur lui-même comme dans une cité autarcique globale où s’entendrait partout une musique autre que ce que l’on avait coutume d’entendre jusqu’ici. Cette musique, à l’image d’une seule boite à musique tournant sur son mécanisme de pignons, comme physique des flux d’air, en dessous de la coupole de nuages, avec toute l’imbrication symbolique du milieu domestique où il se développe là où vivent les humains, théorie des pressions symboliques d’âmes et de souffles si l’on veut, avec la pneumatique des échanges de pressions sur les murs, le jeu de dominos de répercussions du proche au lointain dans un accomplissement qui se tient dans le futur, qui nous arrive depuis là et dont nous pouvons sentir les signes incessamment, forme des harmonies témoignant d’une seule échelle de notes, sur le piano qui résonne dans son mouvement d’ensemble, dont le son se reconnaît partout.
Le réseau global se décroche depuis n’importe quel poste, et depuis ce point, voyage la parole, créant les communications. La communication, fournissant exactement une quantité d’information dépendant de la densité et de la résolution de ses unités de transfert, aurait donc une valeur non pas déterminée par les émetteurs-récepteurs qui la manipulent, mais par la générosité du filtre de chacun, de son verre si l’on veut, de son esprit et de sa capacité d’identifier l’information qui l’intéresse dans n’importe quel message, de s’identifier aux positions des discours, comme à la lecture d’un roman. La règle du parcours des possibles, ainsi, en premier lieu un ” prière de s’identifier à la pensée de ces signes », de les concevoir à la fois dans la situation telle qu’elle est objectivement, et tels qu’ils sont dans la problématique qui nous occupe intérieurement. C’est ainsi que tout à son affaire, dans le milieu de discours qui lui parviennent, l’humain portant sur le front la galaxie propre de ses pensées et préoccupations, va, se rendant capable depuis n’importe quel point de lancer n’importe quel énoncé de la réalité contre son ingenium se chargeant de le fondre dans une compréhension qui en excède le sens qu’il serait possible d’en rendre communément, pour en tirer n’importe quelle information concernant ses propres pensées. De cette première épaisseur comme boucle de la réalité prise dans le réel et faisant retour sur lui, naît l’idée d’une polyphonie du sens qui dépasse le cadre de l’amphibologie et de la plurivocité strictes de tout double sens possible et de tout langage. Un sens pour soi de toute parole se crée de cette faculté de capter cette polyphonie comme de la créer ; aussi bien, un sens pour soi du monde apparaît et confirme notre pressentiment que ces signes étaient bien adressés à notre compréhension, et non seulement de superbes coïncidences qui auraient été le fruit de quelque hasard bienheureux. Dès lors l’humain, chacun comprenant comment s’arranger de sa propre force de comprendre, de boucler le monde dans la force de son génie de se comprendre dans tout discours, nanti de son vade-mecum d’affaires comme d’une mallette de dossiers, dans l’air du front qui la porte et la lui soumet, glane-t-il pour son compte autant d’information qu’il en peut relier à sa faculté interprétative, épaississant de fait la réalité d’un monde réel qui lui est propre, et qui l’extrait du destin où l’avait plongé tout un monde technique de machines le sommant de les opérer.
L’aspect de systématique d’ensemble qu’un monde planétarisé fait subir à la communication, est le moyen que l’échelle qui se réalise peu à peu avec son effet de nivellement, emprunte pour se manifester au sens de notre voyageur des possibles. Il manque, à notre connaissance, à la contribution d’une théorie de l’information et de la communication, une étude sur les aspects systématiques des milieux clos tel qu’un Goffman définit les “institutions totalitaires” dans son Asiles, par exemple prisons, hôpitaux psychiatriques, communautés religieuses, camps de concentration, etc. Dans ces milieux confinés dans des limites strictes et qui ne s’ouvrent pas sur le monde, l’information circule en circuit fermé, et de ce fait, se capte depuis n’importe quel point d’entrée, de proche en proche, par un effet de répercussions et un jeu d’échos qui en facilitent la capture et aussi hélas! la surveillance. Pour donner un exemple simple, si Paul fume une cigarette dans sa chambre, Marie toussera dans la salle à manger et les infirmiers de l’unité psychiatrique où la scène se déroule auront immédiatement l’idée qu’il se passe quelque chose d’anormal. Dans notre monde où s’achève peu à peu une clôture globale, ces effets sont présents et se généralisent, donnant à qui veut en capter les expressions et se rendre attentif à ses manifestations, une vue inédite sur l’information et la collecte qu’il est possible d’en opérer. C’est dans ce jeu d’ensemble que se comprend l’éclatement de la bulle d’organisation moïque – essentiellement défensive d’ailleurs, et réactionnaire donc parce qu’élaborée sur la nécessité d’une défense contre ce qui demeure d’incompréhensible au commun des moi – dans une sphère unique d’imagination où plus rien ne pourrait échapper à l’appétit de saisir de quiconque. Il ne s’agit pas de dire que dans les messages adressés et même dans tout énoncé se cachent d’autres messages comme quand des motifs inconscients se révèlent dans le discours, parce qu’à proprement parler il n’y a rien qui soit caché. C’est bien plutôt parce que nous avons ce sens des limites du moi que nous n’accédons, la plupart du temps, pas à ce niveau de lecture de la réalité. Mais pour ceux qui ont su adapter cette forme d’interprétation à la déprise de leur défense moïque, plus rien n’empêche de se livrer au parcours de ce qu’il est possible de lire du monde de ce fonctionnement d’échelle. Pour ce faire, il sera de bonne règle, dans toute énonciation, émise par nous ou perçue, de distinguer ce qui ressort à chaque partie du monde, du subjectif, de l’objectif, et de cet intermédiaire qui constitue le troisième monde où se réalise l’ajustement structurel final – toujours reporté à un achèvement dans le futur – comme mise à l’échelle de tout langage. D’une façon générale, ce n’est pas parce que la réalité forme elle-même des effets de confusion qu’il nous est favorable à nous-mêmes de tout confondre. Déjà, dans la sphère propre du moi décrit dans l’optique de la santé par un Lacan, l’idée d’une distinction d’ordres avait été au principe d’une structuration normale de la vie dans le monde. Non tant que cette idée de la santé vole en éclats dans le monde qui se prépare : tant que il faut être moi, il faut encore l’être sainement ; mais ce monde lui-même demande une re-catégorisation des ordres qu’il est possible d’en percevoir, si nous voulons naviguer paisiblement dans ces possibles et bénéficier pleinement des lectures qu’il devient possible d’en faire. Dans ce monde pour soi que chacun vit, et qui se révélera être un seul monde quand le dernier à y accéder sera le prisonnier de son destin de dieu (pour le dire simplement), nous distinguons donc ce qui relève de soi, du côté subjectif si l’on veut ; ce qui relève du pour soi, du côté du monde ou de l’autre si l’on préfère ; et ce qui relève de ce qui s’exprime sur l’avancée de cette mise à l’échelle unique du monde, où en soi enfin si l’on tient encore à ces catégories phénoménologiques. Chaque parole dit quelque chose de celui qui l’exprime, à celui qui la reçoit, et au sujet de la situation globale ; dans les interstices de l’énonciation chacun en capte dans sa boucle de monde à soi autant qu’il est capable d’en déduire, d’en voir et d’en interpréter, de soi, des moi autour, et du lointain qui transpire comme une trame se révèle de l’usure par ponçage d’une toile, l’herméneutique de chacun ici sa pierre ponce.
Mais comment Marie tousse-t-elle si elle ne sait pas que Paul tire sur son clope dans sa chambre, demanderont-nous déjà ? C’est ici l’échelle une du monde qui opère et véhicule du proche au lointain, la quantité d’information qui revient à chacun : c’est parce que nous y baignons qu’elle se charge de nous apporter une science du monde qui échappe de loin aux prérogatives noétiques du moi. Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à un quelconque éther cependant ici pour appuyer une quelconque magie du monde : la patiente énonciation des mondes saisis et l’analyse de l’information qui s’y trouve, donnerait raison des phénomènes que l’on pourrait en comprendre : si Marie tenait cette énonciation fermement elle serait en mesure de déduire d’elle-même que Paul fume dans sa chambre, tandis que le savoir de cette corrélation systémique n’échappe pas aux infirmiers qui ont l’habitude de s’en servir quotidiennement dans l’administration de l’unité où ils travaillent. C’est d’ailleurs là le sens de la tautologie qui s’exprime dans tout langage : chaque énoncé dessine une égalité d’information avec le monde qu’il éclaire : tousser, c’est dessiner un monde où quelque chose fait tousser.
Nous voyons que ce troisième monde se peuple de lui-même des deux autres, dans un redoublement qui donne accès à un savoir sur eux qu’il ne serait pas possible d’obtenir d’eux seuls. Nous avons réalisé le premier bouclage du monde, il nous reste à croiser tous les autres dans une seule sphère globale, pour apercevoir l’immensité des possibles qui s’étend à nos pieds dans la réalité elle-même. Milliards de mondes, un seul qui les contient. Qui saura le comprendre ?
Dans le monde recombiné qu’offre à la fois le présent de développement technique et notre ouverture à une écoute différentielle de ce qui se joue dans tout message, l’étagement de tout énoncé sur une échelle unique témoignant du souci pour l’habitat et son imbrication dans un parler total, offre des possibilités inédites de mise en forme des discours dans des systèmes d’information qui n’ont plus que de très loin une appartenance aux anciens modes de lecture du réel. La faculté, notamment, que nous avons désormais de lire littéralement les nouvelles du lointain dans le proche de toute localité, engage l’esprit en entier à réformer son entendement pour faire place à ce processus d’échelonnement. Sans aucun redimensionnement de son ère opératoire, autrement dit dans les limites individuelles d’un moi attaché à ses défenses et à son équipement, il est peu probable que seulement soient perçus ces effets d’ensemble. C’est pourquoi nous avons placé au principe de cette reprise, comme doublage de ce que le local portait de données dans une dimension globale, un réaménagement des limites du moi, dans le sens d’une épuration et d’un repositionnement dans un monde qui n’est plus strictement celui de la réalité objective, mais un monde tiers comme le mixte du monde subjectif et de celui qui est communément partagé comme étant celui de la réalité. Tant que chacun en effet tourne l’activité consciente de son action vers le seul intérêt de sa personne – que l’intérêt soit altruiste ou non – il n’est pas en mesure de réaliser la désindexation des positions qui s’expriment dans ce cadre à propos de ce cadre lui-même, local et de portée limitée à des situations relativement objectivables. Ce qu’il s’agit d’intégrer à notre compréhension est le fait que désormais ce qui se dit est dit à la fois dans le cadre de la psychologie commune et dans celui d’une dimension véritablement planétaire. Nous avons précisé qu’il ne s’agissait pas d’élaguer la structure psychique pour retrouver des ordonnancements archaïques, mais plutôt de doubler ces éléments d’une psychologie ordinaire de la visée d’une vue d’ensemble, à la manière dont les ajustements structurels imposent au mode de production industriel des redimensionnements et des réaménagements dans un cadre plus grand. C’est ainsi que pour comprendre comment chaque moi véhicule dans son discours non seulement les représentations toutes locales de lui-même, mais encore des éléments allogènes qui ne tiennent pas seulement aux motivations inconscientes, mais véritablement au lointain et à l’autre d’autres moi, parler de conscience dans la capture de ces éléments d’ensemble pose un paradoxe qui n’est pas soluble dans le verre d’eau d’un moi commun : puisque les discours et énonciations portent les signes d’autre chose que de l’expression plus ou moins consciente d’un moi, il faut comprendre que leur saisie contraint la notion même du moi à se plier à l’accueil du multiple, ce qui lui est relativement antinomique, le moi étant essentiellement une construction individuée et individuante, par-delà tous les clivages que l’on pourrait y déceler. Pour le dire simplement, ce qu’il faut comprendre c’est comment, tout en étant moi-même le sujet de ma propre énonciation, je porte en elle autre chose que moi-même, qui ressortit à la préoccupation du devenir global du monde, et à possiblement n’importe quelle autre identité, en fonction du contexte et de la situation. Tant que nous restons passivement dans la réception du discours des moi des autres, il est relativement aisé de se figurer qu’ils portent cette part d’une énonciation qui déborde les simples limites de leur moi, mais dès que nous nous appliquons cette conception à nous-mêmes, nous devons faire face d’emblée à cette contradiction et à cette impossibilité de l’accepter dans les limites classiques de ce que nous concevons comme notre personnalité : être comme dépossédé du sujet de son énonciation, tout en étant consciemment l’énonciateur unique de notre discours, ne va pas de soi. Il nous semble que cette difficulté tient pourtant plus à la forme actuelle de l’organisation du moi de tendre vers une inclusion de toute les motions d’un sujet dans son orbe, qu’à sa nature même. Soi-même disparaît dans cette coupe réglée, avec les surprises qu’il pourrait apporter, dans son orientation vers un agir qui échappe aux motifs du seul moi, pour être repris dans un ensemble plus vaste qui comprend une part authentique d’irréductible à des effets individuants, non pas tant inconsciente, puisque le je est toujours capable de diriger ses orientations dans une boucle compréhensive de ses motifs, mais bien d’altérité véritable, d’une part qui, tout en étant placée sous le monitoring du moi, échappe à ses calculs et attentes, déborde son ronronnement d’identité de même. Soi-même l’entité dans laquelle, pour se déprendre de sa passion d’enfler au-delà des limites du contrôle local d’une économie d’équipement, se réalise la saisie de cette part multiple qui se véhicule de la mise à l’échelle, comme une mise aux normes nouvelle de l’activité humaine dans un schéma technique qui le soumet. Nous avons avancé l’idée que c’était en réaction à cette soumission à des conditions qui le dépassaient que le moi prenait cette forme englobante d’une baudruche en expansion sous la pression des événements du monde. Nous voyons que, tout concrètement, c’est avec un abandon progressif de ces positions de défense, et une ouverture comme attention et accueil de l’altérité en soi, que peut se résoudre l’équation de la capture de cette part multiple dans l’énonciation, au principe de toute révolution dans l’art de lier les événements de façon à obtenir une nouvelle grille informative.
Cependant nous avons passé sous silence un présupposé de notre démonstration, selon lequel l’information se trouvait n’importe où, qu’elle était éparse et invariablement distribuée dans le monde, dans l’énonciation qui s’en fait, comme indistinctement ici ou là. D’une part, la mise en réseau et les délocalisations des accès et des sources, du point de vue de l’information objective, la diffuse en effet dans toute communication. Mais par-delà cet aspect technique de la communication, nous avons d’emblée montré qu’à partir de ce point de bouclage de la réalité dans cet élémentaire épaississement réel, nous n’avions plus aucune difficulté à concevoir l’information comme un signe ou un système de signes, dans la réalité, s’adressant à notre faculté réelle d’interprétation. Ce n’est donc pas tant que l’information soit diffuse partout également dans le monde, qui retient notre attention, que l’évidence que tout fait signe à notre imagination désormais que nous l’avons rejointe. La question qui se pose immédiatement, du point de vue de l’objectivité, et celle de la valeur de ce qui est diffus partout comme signalétique du monde. Il en va ici comme dans ce proverbe de l’opiomane : c’est à lui que revient l’opiomanie, et non à l’opium ; ainsi est-ce à celui qui l’interprète que revient la question de la valeur et de la signification d’une information, et peut-être déjà pouvons-nous nous dégager de cette difficulté en précisant que dans ce monde nouveau où se déroule le théâtre d’un réagencement du réel pour soi, rien n’est vrai que ce qui est repris dans la boucle imaginale comme élément de sa constitution. La question n’est dès lors plus tant celle de la valeur de l’information qu’il est possible de capter de cette mise à niveau du monde, mais de ce qu’il est possible d’en faire. Nous avons déjà, dès Cosmologie des Cônes, répondu à cette question : ce qu’il faut en faire, c’est un moyen de transport.

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